Orson Welles est ressuscité

Par Augustin Arrivé / le 08 août 2013
Orson Welles est ressuscité
Des bobines inédites du papa de "Citizen Kane" viennent d'être retrouvées par hasard dans un entrepôt italien. "Too much Johnson" (1938) était censé avoir disparu dans un incendie. Un projet inachevé d'Orson Welles en cours de restauration.

 

Pordenone, sa cathédrale gothique, son château du XIIe siècle... C'est là, dans le nord de l'Italie, que se tient depuis 1981 un festival du cinéma muet, les Giornate del cinema muto. Ils risquent d'enregistrer un record d'affluence le 9 octobre prochain : on pourra y voir une oeuvre d'Orson Welles jamais projetée, retrouvée récemment dans un entrepôt de la ville.

 

La restauration de Too Much Johnson d'Orson Welles © George Eastman House, 2013

 

Losqu'un tournage de film se termine, en général, l'équipe en plateau applaudit, et on fait une petite fête. Quand il s'agit d'un film d'Orson Welles, il y a encore plus de raisons de se réjouir. Primo parce qu'il y a des chances que le résultat soit très bon. Secundo : parce que la filmo de l'ami Welles compte presque plus de projets foirés que d'aboutis.

 

Nachiketas Wignesan, prof de ciné à l'université Sorbonne Nouvelle Paris-III, en a dressé la liste, aussi large que le réalisateur : scénars jamais finis (L'Odyssée et l'Iliade, en 1949, ou Alexandre Dumas, en 1971), ou restés dans un tiroir (Henry V, en 1947, ou Taras Bulba, en 1961). Le premier d'entre eux date de 1938, il s'agit d'un film prévu pour être projeté en prélude d'une pièce de théâtre.

 

 

Too Much Johnson a été tourné à l'arrache en juillet, à Manhattan, avec un budget minuscule. Welles offrit l'un des premiers rôles à son épouse, Virginia Nicholson, et il engagea les comédiens de la pièce comme stagiaires pour ne pas avoir à les payer. Tout allait bien jusqu'à ce que la Paramount, propriétaire des droits théâtraux, réclament du rab d'argent pour la partie filmée, et que certains acteurs grognent à leur tour.

 

Le réalisateur renonce au film, ajoute deux scènes à la pièce, et en avant la musique : Too Much Johnson est joué au Mercury Theatre, à partir du 16 août 1938. La critique est unanime : c'est nul. Le show est déprogrammé. Et la pellicule, jamais projetée en public, est jetée dans un coin de carton.

 

Too Much Johnson, d'Orson Welles © George Eastman House

 

Quatre heures de rushes que ce brave Orson emporte avec lui près de Madrid, où, le succès aidant, il s'est installé. Il les ressort à la fin des années 60, dans l'idée d'en faire (enfin) un montage pour l'offrir au comédien principal, Joseph Cotten. Ca n'aboutira pas : sa villa est ravagée par un incendie. End of the story, croit-on.

 

La suite, désormais, vous la connaissez : une deuxième copie subsistait, quasiment intacte, à Pordenone. Le festival de la ville remet la main dessus par hasard et la confie au George Eastman House, une boîte de restauration des environs. Cette découverte n'étonne pas Patrick Brion, historien du cinéma et fondateur du Cinéma de minuit, sur France3 :

 

Patrick Brion, historien du cinéma, spécialiste du ciné américain © Jonathan Landais, Le Mouv'

 

Les cinéphiles devront attendre jusqu'au 9 octobre pour découvrir cette curiosité historique. Les chasseurs de trésor, eux, ont encore du boulot : on est toujours sans nouvelles des pellicules de Importance and Henry, par exemple, autre film d'Orson Welles projeté au milieu d'une pièce de théâtre.


Par Augustin Arrivé / le 08 août 2013

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