Objectif : 1 million de "like" sur cette page

/ le 16 septembre 2013
Objectif : 1 million de "like" sur cette page
La page Facebook de soutien au bijoutier niçois mis en examen pour avoir tué un braqueur affiche plus d'1,5 millions de "like" à ce jour. Fake ou adhésion massive ? Pourquoi acheter des fans sur les réseaux sociaux ? La mobilisation virtuelle est-elle le reflet de l'opinion publique ?

 

C'est le site d'information Rue 89 qui a soulevé le lièvre, mettant à jour le titre de l'article au fur et à mesure des derniers développements. A l'origine il y a cette page Facebook, soutien à Stéphane Turk, le bijoutier niçois qui a abattu mercredi dernier l'un de ses braqueurs qui prenait la fuite.

Créée par un anonyme, la page a atteint en moins d'une semaine plus de "like" que celle de François Hollande (près de 400 000), Nicolas Sarkozy (plus de 850 000) ou encore Plus Belle La Vie (1 130 358), déjà un exploit en soi.

Stats de la page Facebook lundi après-midi / Capture d'écran

Samedi, le site d'analyse Socialbakers montrait qu'une grosse majorité de ces "like" provenait de l'étranger. Des incohérences relevées par les médias, immédiatement conspués par certains utilisateurs de Facebook sur le mode "sales vendus de journalistes menteurs à la solde du pouvoir en place." Refrain classique.

Depuis, Socialbakers a pu affiner ses statistiques, en obtenant des données plus précises de la part de Facebook. L'écart entre les "like" français et ceux provenant des "other countries" se resserre, ce qui tend à prouver la véracité de la mobilisation numérique massive pour le bijoutier niçois.

Je like donc je suis

Conséquence logique de cette adhésion massive à la cause du bijoutier, plusieurs parodies grinçantes ont vu le jour sur Facebook, dont une page de soutien à Emile Louis, un "chauffeur d'autobus qui ne faisait que son travail". Plus gentillet, le groupe de soutien au Lapin qui a tué un chasseur, qui revendique plus de 30 000 "like" en moins de 24h.

Vibrant plaidoyer pour la légitime défense, capture d'écran


Au delà de la parodie, que dire de cette subite mobilisation numérique ? Ceux qui "likent" d'un clic derrière leur écran seraient-ils prêt à descendre dans la rue pour défendre le commerçant justicier ? Pas sûr, répond Olivier Cimelière, consultant en réputation numérique et auteur du Blog du Communicant.

Plusieurs études montrent que le fait de "liker" n'est pas perçu comme un engagement profond et durable. C'est un geste impulsif. On clique quand quelques chose nous révolte ou nous amuse à un moment bien précis. Les plus engagés vont commenter ou partager, mais ils sont minoritaires. En revanche, une telle mobilisation Facebook après un fait-divers est totalement inédite en France. Cela révèle tout de même une tendance de fond. Ces internautes expriment clairement leur ras-le-bol d'une justice qu'ils estiment trop laxiste.


 

L'achat de fans, fausse bonne idée

Dans le cas du bijoutier niçois, l'hypothèse de l'achat de "like" semble de plus en plus fragile, ne serait-ce que par le prix : entre 11 000 et 15 000 euros pour un millions de soutiens. Mais l'opération est très simple. Une rapide recherche en ligne vous amène sur un site comme celui-ci :

Tu n'as pas d'amis ? Achètes-en pour pas cher © boostic.fr

Pour générer du trafic, les marques ont régulièrement recours à ce type de services qui pullulent sur le web. Pour tester leur efficacité, l'agence de marketing Heaven avait créé de toutes pièces la marque "Planète Mars Kebab", le Kebab n°1 sur Mars. Avec en prime un spot que n'aurait pas renié Kubrick :
 
Planète Mars Kebab © Heaven

 

Résultat : plus de 100 000 vues en quelques jours, gros carton sur Youtube. Sauf que vérifications faites, la plupart des profils étaient des fakes, de simples robots complètement cruches. Ces "bots" sont faciles à détecter par certains blogueurs. Dernier exemple en date, l'agence de pub "Farid et Fred" prise la main dans le sac après avoir "gagné" 5000 followers d'un coup.

 

Depuis, le système s'est amélioré, certaines sociétés proposent par exemple de laisser de faux commentaires clients sur des sites touristiques comme TripAdvisor ou Booking.com. 

 

L'objectif pour les hôteliers est d'attirer le chaland ou de dézinguer leurs concurrents. Le plus souvent, les commentaires sont rédigés par des salariés malgaches sous-payés qui n'ont jamais mis les pieds dans l'hôtel en question.

 

Profitable à petite dose, la triche sur internet s'avère totalement contre-productive quand le pot-aux-roses est découvert. Dans ces cas là, l'image et la crédibilité de la marque sont sérieusement écornées. Que cela ne vous empêche surtout pas d'apporter votre soutien franc et massif au lapin qui a tué le chasseur.

Suivez Sébastien Sabiron sur Twitter : (@sebsabiron)

/ le 16 septembre 2013

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