Municipales : les ratés de la campagne

Par Augustin Arrivé / le 17 mars 2014
Municipales : les ratés de la campagne
Les élections municipales approchent. Premier tour le 23 mars. On dit que les derniers mètres sont les plus durs, mais les débuts de la campagne ont également été émaillés de quelques maladresses. Retour sur les plus gros fails du scrutin.

 

Jean Pichai, candidat UPR à Pau (64.000)

La campagne des municipales a commencé très fort dans les Pyrénées Atlantiques. Jean Pichai, adepte des médias numériques, postait sur Youtube, dès l'automne, une vidéo pour "le rejoindre à sa liste dont il occupe la tête de liste". Mis en scène avec épure, ce clip de campagne en imposait grave. Candidat UPR (Union Pour la République), il a le mérite de savoir se relever après un échec : le voilà à nouveau en piste malgré l'échec de sa candidature lors des cantonales 2004 (il avait fini dernier avec 1,98% des voix) et aux législatives 2012 (0,46% seulement des suffrages exprimés).

 

 

Il ne fera pas mieux cette fois-ci : malgré un petit succès médiatique (près de 30.000 vues sur la plate-forme de Google), Jean Pichai n'est pas parvenu à rameuter suffisamment de monde pour boucler sa liste. Dommage. Rendez-vous au prochain scrutin.

 

Marie-Louise J., candidate FN à Enghien-les-Bains (95.880)

C'est une info de nos confrères de France Bleu 107.1 en Ile-de-France : une personne décédée figure sur la liste Front National de cette commune du Val d'Oise. En 32e position sur la liste mais tout de même. Marie-Louise J. est morte le 18 février dernier à 96 ans, trois semaines avant la clôture des listes. Jean-Michel Dubois, le candidat tête de liste, prétend ne pas avoir été prévenu. "J'étais en voyage en Outre-mer."

 

 

Aux municipales 2008, le même Jean-Michel Dubois avait obtenu 8,6% des voix. Autant dire que sa candidature pourrait énormément peser sur les résultats. Mais aucune contestation n'est possible : le préfet du Val-d'Oise ne s'est pas rendu compte non plus de la méprise et a validé l'intégralité des noms.

 

Rahan, élu EELV à Besançon (25.000)

En février, un mensuel local, La presse bisontine, révèle qu'un vice-président EELV du Conseil d'agglomération du Grand Besançon a tourné un film porno. Son nom ne filtre pas, seulement son pseudo : Rahan. D'après vous, qui est-ce ? Un million et demi de vues. Le principal intéressé explique que cette sex-tape date d'avant le début de son engagement politique et qu'elle n'était pas supposée être diffusée sur Internet. L'opposition se régale :

 

La majorité, elle, ne rigole pas du tout. Jean-Louis Fousseret, président du même Conseil et candidat à sa propre succession à la mairie, parle sur sa page Facebook d'une "atteinte à la vie personnelle d'un individu" et "fustige ces méthodes" destinées selon lui à "polluer la campagne électorale" et à "détourner les Bisontins des vrais débats d'idées". On soupçonne le mystérieux Rahan d'avoir été éjecté des listes depuis.

 

Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à Paris (75.000)

NKM est devenu un mème pendant cette campagne, particulièrement depuis son entretien au magazine Elle dans lequel elle évoquait son amour pour le métro parisien, "lieu de charme" riche en "moments de grâce" et dans lequel on fait "des rencontres incroyables". Les détournements moqueurs n'ont pas tardé, mais c'est la candidate elle-même qui s'est le mieux parodiée, en prenant le soleil dans les pages de VSD. On aime aussi beaucoup cet epic fail de son attachée de presse, envoyant par erreur à une journaliste de FranceTVinfo le mail destiné à NKM dans lequel elle dézingue une demande de reportage :

 

 

La droite a répondu par un tumblr, #HidalgOUT !, mais honnêtement, on n'est pas au même niveau.

 

Vincent Feltesse, candidat PS à Bordeaux (33.000)

Le dernier maire de gauche à Bordeaux, Jean-Fernand Audeguil, a quitté la mairie en 1947. Et 67 ans plus tard, Alain Juppé est plus populaire que jamais. Vincent Feltesse, président PS de la communauté urbaine, chargé de le détrôner, n'y croit pas trop. Dans un entretien à l'AFP le 28 février dernier, alors que les sondages lui donnent 30 points de retard sur le maire sortant, il confie : "J'ai enseigné la communication politique pendant des années (...), je sais qu'à ce stade, on ne remonte pas." Il a tenté de se rattraper sur Twitter mais le mal est fait :

 

 

Il s'est ensuite permis de dire qu'il se voyait bien maire en 2020. "Il n'y a pas de nouvelles têtes à droite, ce sera plus jouable." Vous voteriez pour un loser ?

 

Eric Lehéricy, candidat UMP à Lisieux (14.100)

Merci à Ouest France d'avoir déniché cette pépite : six membre de l'équipe UMP en lice à Lisieux n'ont pas de jambes. En tout cas, pas sur l'affiche de campagne d'Eric Lehéricy. Ils n'étaient sans doute pas dispos le jour du photo-shoot. Leurs têtes ont été habilement ajoutées au montage. Mais il y a donc eu un oubli :

 

 

 

On aurait pu aussi vous parler de la liste du maire sortant d'Oxelaëre, repérée par La Voix du Nord. Ces erreurs de détourage sont devenues des classiques des affiches de campagne.

 

Séverine Amelot, candidate FN à Nevers (58.000)

Grosse ambiance au bureau Front National de Nevers : la liste de Christophe Gaillard a été validée par la préfecture et ne peut donc pas être modifiée. Dommage pour le dit Gaillard, qui se serait volontiers débarassé de Séverine Amelot, 16e sur sa liste et épinglée par L'Express pour avoir posé en photo à côté de symboles nazis, des clichés postés sur Facebook (et supprimés depuis). Beuverie devant une croix gammée, ou sweat-shirt imprimé avec un motif de la Waffen-SS :

 

 

 

"Je condamne fermement cette personne et ces agissements", a répondu Christophe Gaillard. Tandis que Marine Le Pen considère que "un problème sur 22.000 [candidats FN engagés], c'est anecdotique."

 

Gilles Bourdouleix, candidat Debout la République à Cholet (49.300)

On se rappelle de Gilles Bourdouleix pour sa sortie sur l'Holocauste. La justice l'a condamné à 3.000€ d'amende avec sursis pour apologie de crime contre l'humanité. Mais en octobre dernier, le maire sortant de Cholet, viré de l'UDI et passé chez Debout la République, a tenté de manipuler le quotidien Ouest France. Son service de com' a envoyé aux militants des modèles de lettres à transmettre à la rédaction locale en se faisant passer pour des lecteurs lambda mécontents du traitement de l'actu. Sauf que le mail est arrivé directement sur la boîte aux lettres des journalistes :

 

 

 

Il était pourtant bien précisé : "Il ne faut pas que la presse voit quoi que ce soit." Dommage.

 

Pour d'autres fails, on vous conseille vivement le tumblr municiplol2014.

Grosse tendance de ces élections, les listes "citoyennes". On en a parlé ici.

Le Front National est-il le 1er parti jeune de France. Eléments de réponse par là.


Photo de couverture : affiche de campagne de Frédéric Leturque, maire UDI d'Arras, postée sur le compte twitter d'Alexandra Uzan

 

Par Augustin Arrivé / le 17 mars 2014

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