Mike Will Made It : le meilleur producteur de la génération trap ?

Par Yérim Sar / le 18 novembre 2016
Mike Will Made It : le meilleur producteur de la génération trap ?
Le producteur prodige d’Atlanta n’en finit plus de pondre des hits, et le côté viral du #MannequinChallenge sur l’instru de "Black Beatles" nous rappelle que ce n’est pas prêt de s’arrêter…

Ces derniers temps, dur d’échapper aux innombrables versions du Mannequin Challenge qui sont fleurissent un peu partout sur la toile y compris par Paul McCartney. Une promo virale qui est du véritable pain béni pour le groupe Rae Sremmurd mais aussi leur producteur Michael Len Williams II alias l’incontournable Mike Will Made It. Retour sur une success story dans la plus pure tradition américaine.

 

Précoce

Ça n’aura échappé à personne, si Mike Will Made It est devenu aussi omniprésent dans la musique à seulement 27 ans, c’est qu’il a commencé très tôt à faire parler de lui. Et effectivement il a commencé à tâter des machines dès 14 ans, en autodidacte total. C’est tout seul qu’il développe sa touche (il a simplement demandé à un vendeur en boutique de lui expliquer le fonctionnement des machines, et... en voiture Simone !), beats après beats, en parallèle de ses études et petits boulots, vendant ses premiers beats à des rappeurs amateurs et réinvestissant à chaque fois dans l’achat de nouveau matériel.

 

Il faudra attendre l’explosion de notre ami à l’échelle nationale américaine pour qu’il distille certaines de ses influences au gré des interviews accordées ici et là : le mastodonte Dre pour ses drums, mais aussi Timbaland pour sa capacité de créer des crossovers ouvertement pop, sans oublier les sudistes DJ Toomp qu’il considère comme un mentor et Shawty Redd pour la trap sombre et dure. Malgré tout, Mike est loin d’être un bon élève qui jouerait le copycat et pour les amateurs de son travail, même si l’on ne peut pas non plus parler de révolution, il se démarque suffisamment pour que l’on commence à l’identifier. Dès les années 2010, les tubes rap et r’n’b signés Mike Will Made It sont légions : Bandz a make her dance de Juicy J, Bugatti de Ace Hood, Body Party de Ciara, Turn on the lights de Future, No Lie de 2 Chainz, et la liste prendrait probablement toute la page si on se la jouait un peu trop exhaustif.

 

« Mike will made it, Gucci Mane slayed it »

Comme bien d’autres beatmakers et rappeurs de la ville, l’ascension de Mike est passée par une étape devenue quasi indispensable : travailler avec Gucci Mane. C’est en 2006 que les deux bonhommes font connaissance en studio, et le rappeur flashe sur le style du « nouveau » producteur. Le pro de la trap ne perd pas de temps et bien vite les morceaux s’enchaînent dès l’année suivante, installant définitivement Mike en valeur sûre avec qui il faut désormais compter.

C’est d’ailleurs le rappeur qui sera à l’origine du nom Mike Will Made It ; à la base c’était juste Mike Will, mais la phrase « Mike Will made it, Gucci Mane slayed it » (dans Star Status) sonnait tellement bien que le jeune artiste change son pseudo pour Mike Will Made It, et en fait également sa signature de producteur, lue par une voix féminine synthétique en début de beat. Le compositeur reconnaîtra à de nombreuses reprises que sa rencontre avec Gucci a été un moment clé de sa carrière.

 

Forcément, à partir de là, tout a un peu tendance à s’accélérer et placer des prods un peu partout devient petit à petit un jeu d’enfant. Son terrain de jeu est d’abord sa ville d’origine Atlanta, où ce ne sont pas les artistes en attente du « beat qui tue » qui manquent, de Wacka Floka Flame à Ludacris en passant Young Jeezy... Plus globalement, inutile d’énumérer tout le monde mais si vous avez écouté des hits de rap circa 2010-2013, il y a de grandes chances que vous connaissiez très bien le boulot de Mike Will : il était partout. Outre son invasion progressive en dehors de sa ville depuis son premier tube Tupac Back porté par Meek Mill et Rick Ross, son apport sur des artistes comme 2 Chainz et surtout Future constitue une partie essentielle de leur évolution et de leur identité musicale, chacun à son échelle.

 

Du beatmaker trap au « superproducer »

Bien qu’étant particulièrement à l’aise avec les trappeurs, le beatmaker voit plus grand et il a bien raison. Sa renommée continue de battre son plein et il a l’opportunité de produire pour Jay Z sur Magna Carta Holy Grail, mais aussi des stars du RnB comme Jeremih ou encore Rihanna.

Il avoue lui-même avoir du mal à simplement envoyer des beats et prend de plus en plus une aura de producteur au sens plein du terme plutôt que « simple » beatmaker. Il insiste pour être en studio avec les artistes et construire les morceaux avec eux, trouver des mélodies, etc.

 

Autre particularité : quand il le faut, Mike Will sait s’effacer, même si cela va sans doute devenir de plus en plus difficile d’éviter la tentation au fil du temps. Par exemple il lui arrive de prendre lui même le micro, et pour rester dans l’euphémisme ce n’est pas exactement son talent premier. Cependant il ne s’impose pas sur tous les morceaux qu’il produit et on l’en remercie, ce serait insupportable. Pourtant, il a désormais son propre label, EarDrummers Entertainment (c’est « Ear Drummers » qu’on entend sur ses productions juste avant le « Mike Will Made It »), qui compte entre autres signatures Two-9 et Rae Sremmurd (dont le nom est Ear Drummers à l'envers).  Mais ce n’est pas tout, le boss du label a aussi enrôlé d’autres beatmakers pour se constituer une équipe à lui ; ils sont plus d’une dizaine au total et dans plusieurs sessions studio on comprend que Mike fonctionne un peu comme un chef d’orchestre, façon Dre en son temps toutes proportions gardées. C'est d'ailleurs de manière collective que les zigotos ont accouché du track référence (comprendre : instru mais aussi mélodie vocale, thématique du morceau, et même première version du refrain) de Formation, le hit planétaire de Beyoncé.

En outre, Mike Will ne se contente pas de rester un nom sur des crédits de morceaux d'autres artistes, il a sa propre discographie, notamment la série de mixtapes Est.in 1989 ainsi que Ransom, où il invite bien sûr lui-même rappeurs et chanteurs-chanteuses qui pullulent dans son répertoire.

 

Rap, R’n’B… et pop

Entre ses goûts personnels d’auditeur qui lui font grandement apprécier la trap plutôt obscure et les productions un peu poisseuses, d’où ses collaborations à répétition avec Juicy J, Mike vient clairement du rap pur et dur, mais contrairement à pas mal d’autres, il n’a pas besoin d’aller jusqu’à travestir son style premier du tout au tout pour toucher d’autres sphères. C’est un petit peu ce qui était arrivé à DJ Mustard quand tout le monde voulait une instru qui sonnait comme les siennes, jusqu’à des chanteuses comme Fergie. Sauf que dans le cas de Mike Will, les crossovers se sont multipliés encore et encore sans presque jamais connaître de baisse de régime. Il y a un peu eu un avant et un après Miley Cyrus, avec qui il a commencé à travailler en 2013 : cette fois, les portes de la pop lui sont clairement grande ouvertes et en dépit de ce que beaucoup ont considéré comme une très mauvaise surprise, cette association débouche sur des titres au casting improbable mais à l'efficacité conservée. Les plus téméraires iront jusqu'à dire que l'album Bangerz, sur lequel Mike a pas mal produit, est un bon album, mais cette information reste à vérifier.

 

Malgré cette exposition Mike Will Made It est resté fidèle à sa base de 2013 à 2016, continuant de multiplier les hits avec sa team de beatmakers. Si l'on a peut-être pu avoir l'impression (fausse) qu'il s'effaçait par moment, le carton plein de Black Beatles a rappelé à tout le monde la force du producteur quand il revient à ses premières amours. En parlant de ça, c'est également lui qui a accompagné en priorité Gucci Mane dès son retour aux affaires à sa sortie de prison, et l'association fonctionne toujours. D'ailleurs, si l'album Ransom 2 de Mike Will a été repoussé de plusieurs longs mois, c'est avant tout parce qu'il n'imaginait pas se passer de Gucci sur son projet et a choisi d'attendre sa libération. Et ça c'est quand même la classe.

 


Crédit photo :  Roger Kisby / Getty Images

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Par Yérim Sar / le 18 novembre 2016

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