Max B : retour sur une "carrière" plus qu'atypique !

Par Yérim Sar / le 22 septembre 2016
Pourquoi la réduction de peine de Max B est la meilleure nouvelle du mois
Max B, rappeur New Yorkais, purgeait une peine de 75 ans de prison, jusqu'à ce que l'on apprenne il y a quelques jours qu'il pourrait bientôt sortir.

La nouvelle est tombée aux alentours du 16 septembre avant d'être officialisée. Alors que plus personne n'y croyait, le rappeur Max B a confirmé que sa peine de prison, qui s'élevait initialement à 75 ans, a été réduite. Plus précisément, le rappeur pourrait être dehors (sans doute sous contrôle judiciaire ou autre liberté conditionnelle) d'ici deux à six ans. La nouvelle a ravi non seulement les fans de l'artiste mais aussi d'autres rappeurs, de Wiz Khalifa à French Montana. C'est d'ailleurs, ce dernier, proche de Max, qui a publié leur échange sur instagram, carrément euphorique.

 

Forcément, pour tous ceux qui ne connaissaient Max B que de nom, tant d'emballement peut étonner. C'est normal : on est en 2016, cela fait déjà plus de six ans que Charly Wingate de son vrai nom est incarcéré, donc pour les jeunes auditeurs, il n'est personne. Et pourtant, le loustic a bel et bien été LE rappeur dont tout le monde parlait il fut un temps.

 

Un style bien à lui

Le fier représentant de Harlem fait ses premiers pas vers 2005, après avoir été incarcéré 7 ans pour vol. C'est via le collectif des Dipset, d'abord Cam'ron puis Jim Jones, qu'il commence à se faire connaître artistiquement. De plus en plus présent en tant qu'invité sur les morceaux, il participe à de nombreux shows, se fait un nom et semble décidé à devenir une star. Chaque chose en son temps : il accepte de rester pour un moment dans l'ombre de Jim Jones et outre ses refrains chantés, il ghostwrite un bon nombre de hits pour le capo des Dipset. De son côté, il reste productif, et enchaîne les mixtapes rapidement, reprenant à peu près tous les tubes de son époque en se les réappropriant à sa façon, face B après face B. Le style Biggaveli (surnom qui fusionne Biggie pour Notorious B.I.G, Jigga pour Jay-Z et Makaveli pour 2Pac) fait la différence : doté d'une voix planante reconnaissable entre mille, sa science des gimmicks et du refrain fait des merveilles. Sa combinaison décomplexée rap/chant (pas vraiment aussi courante à l'époque qu'aujourd'hui pour les rappeurs New Yorkais) avec des paroles crues, retient l'attention. « On aurait pu être le nouveau G-Unit », confiait-il dans son ultime interview fleuve pour Complex. Proche des grosses têtes de Harlem, il a une touche musicale bien à lui, n'hésitant pas à ramener des sonorités inhabituelles pour du rap new yorkais, qui peuvent rappeler le style sudiste ou californien (côté chant, c'est un grand amateur de Nate Dogg), mais sans être une pâle copie. On ne peut pas dire qu'il innove niveau fond (et on s'en fout un peu, sa musique reste efficace) mais de l'avis de tous, Max B est promis à un bel avenir.

 

Seulement voilà, quand on connaît le rap, on sait que les carrières avortées sont légions, tout comme les éléments prometteurs qui ne concrétisent jamais et finissent par ne plus intéresser personne. Mais comparé à d'autres, le cas de Max B était très différent, et surtout plus tragique.

 

Carrière mort-née

Le premier obstacle vient de son « pote » Jim Jones lui-même : Max s'estime lésé avec un grand B au niveau financier et c'est de là que démarre un conflit entre les deux hommes. Jones a carrément refusé de payer la caution de Max lorsqu'il a eu quelques soucis judiciaires, alors même que Wingate avait participé à la création des plus gros singles du membre des Diplomats. Le ressentiment est fort mais jusque là rien d'exceptionnel, et cela n'empêche pas le rappeur de poursuivre son travail de son côté, arrosant la rue de mixtapes. Sauf que selon ses dires des années plus tard, c'est cette situation frustrante qui lui a fait perdre de vue ses objectifs artistiques « c'est ça qui m'a détourné, qui m'a ramené là où je ne devais pas être ». En gros, Wingate se laisse aller niveau fréquentations, et un beau jour, le pire arrive : il est condamné pour meurtre.

Dans les faits, il n'a tué personne, on l'accuse d'avoir envoyé Kelvin Leerdam et Gina Conway (son ancienne petite amie) dépouiller deux individus d'une grosse somme d'argent, sauf qu'au cours de l'opération un coup part, tuant l'une des victimes. Le témoignage de Gina accable le rappeur, et par une des merveilles de la loi américaine combinée à un avocat totalement à la ramasse (il n'y a jamais eu de stratégie de défense digne de ce nom), son absence totale de la scène du crime n'a pratiquement aucune incidence sur sa condamnation. Y compris lorsque Gina reconnaît plus tard avoir bien exagéré voire carrément menti de A à Z dans ses déclarations. Finalement Max écope de 75 ans, une peine qu'il commence à purger fin 2009, avec possibilité de demander une libération sur parole en 2042, pour ses 64 ans. C'est le choc, et la fin d'une aventure.

 

Si l'on compte les années où Max a été actif dans la musique, le bilan est déprimant : il aura tenu à peine plus de 4 ans, et la majeure partie de son œuvre se résume à des mixtapes gratuites d'un bon niveau, mais d'une qualité audio très moyenne : Charly et le mix, ce n'est pas trop ça. Ayant cédé absolument tous les droits de ses morceaux pour payer une première fois sa caution, il n'en bénéficiera plus jamais. Seul un deal avec le label Amalgam Digital en 2010 lui permet de sortir l'album Vigilante Season, mais niveau promo la prison a tendance à limiter les choses, et le label a tout fait de son côté sans vraiment consulter le rappeur lui-même : en réalité on retrouve beaucoup de morceaux déjà connus sur le LP.

 

« Free the wave »

Blasé mais pas abattu, Max B avait dit avoir « encore des options pour tenter de s'en sortir » malgré le rejet de son 1er appel. L'envers du décor lui laisse un goût amer : « c'est juste triste, mec […] on me tient responsable d'un truc avec lequel je n'ai pratiquement rien à voir […] je ne peux pas revenir en arrière. C'est complètement fou cet enchaînement d'événements. Je dois continuer à y croire. Je suis là, mes yeux grands ouverts, mon cerveau fonctionne. Ça pourrait être pire.

Ce sont surtout ses enfants qui le préoccupent, et il reconnaît volontiers ses erreurs de parcours : « je leur dirais juste : ne faites pas comme moi […] ils peuvent utiliser ma vie comme un brouillon, pour voir ce qu'il ne faut pas faire et réussir la leur […] si je sors je ferai en sorte d'être simplement Charly pendant un moment, et pas Max B, au moins pour être avec eux ».

 

Il ne s'agit pas de dire que Wingate est un ange ou qu'il est seul à subir ce genre de sévérité du système pénal US. Il est simplement regrettable qu'un artiste qui aurait pu apporter sa pierre à l'édifice soit jeté dans l'oubli. En peu de temps, le rappeur en a influencé d'autres comme A$ap Rocky ou même le français Joke, sans parler de l'expression « wavy » (dérivé de wave, en français, la vague) popularisée par Wingate pour définir son style. D'ailleurs jusqu'à l'annonce récente, un site officiel relayait une pétition pour la libération du rappeur.

Mais surtout, Max a mis dans la lumière son protégé, un certain French Montana, qui a clairement commencé à se faire connaître grâce à lui. Aujourd'hui gros vendeur à l'origine de pas mal de tubes, celui-ci place un « free Max B ! » dès qu'il en a l'occasion. On peut reprocher beaucoup de choses à French, mais c'est loin d'être un ingrat. Il n'a jamais oublié qui lui avait mis le pied à l'étrier et a même placé un featuring virtuel via le morceau Once in a while, illustré par un clip qui mêle vidéos récentes et images à l'ancienne avec son vieux pote.

 

D'autres qui ne le connaissent pas personnellement (Drake, Curren$y...) reprennent le slogan, jusqu'au mastodonte Jay-z qui lui rend hommage au détour d'une rime sur 3 Kings. C'est symboliquement assez fort car Max B avait fait le refrain de You Gotta love it, un clash contre le rappeur de Brooklyn. Autre épisode marquant : lorsque Kanye West a évoqué la possibilité d'appeler son nouvel album (finalement intitulé Life of Pablo) Waves, Wiz Khalifa, grand fan de Max, lui avait demandé publiquement de ne pas le faire, car « le père du Wavy c'est Max B ». Tous ces gestes ne sont pas forcément sincères, mais cela donne une petite idée du vide laissé par le rappeur : tout le monde n'a pas droit à autant d'attention derrière les barreaux, surtout sans grosses ventes ni véritable disque à son actif. Pour le rappeur Roc Marciano, « il est comme Drake, mais avec un côté street […] son style va bien au-delà de New York », comprenez : il aurait pu combiner gangsta rap et succès commercial.

 

Que Max B soit libéré dans deux ans ou six, le rap et ses auditeurs pourront accueillir comme il se doit un artiste à l'identité forte. Reste à savoir s'il a toujours son mojo, mais quelque chose nous dit que cela devrait aller. Le plus important c'est qu'il pourra enfin sortir un album digne de ce nom, à la hauteur de son talent. Comme il le dit lui-même dans un communiqué : "à tous mes fans qui m'ont supporté pendant ces longues années, qui ont bastonné ma musique et qui sont toujours wavy, je vous aime tous et je reste wavy."

Et avec un peu de chance, on aura droit également à une nouvelle mixtape commune avec French Montana, qu'ils pourraient baptiser Montana Max, comme le personnage des Tiny Toons. Enfin ce n'est qu'une suggestion.

 



 

crédit photo : allhiphop

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