Maroc, les nouveaux visages de la contestation

Par Gaële Joly / le 15 octobre 2013
Maroc, les nouveaux visages de la contestation
Ils font bouger les lignes, lancent des campagnes de soutien sur le web, organise des "Kiss In", au risque de le payer cher. La rédac du Mouv’ est allée à la rencontre de ces nouveaux visages d’une jeunesse marocaine éprise de liberté.

 

"C'est une gifle pas un baiser", relevait l’éditorialiste du journal marocain Tel Quel, la semaine dernière, à propos de l'affaire du baiser sur Facebook :

Cette histoire [...] dévoile à la face du monde un exemple type de la schizophrénie marocaine.


 

Le "Kiss in" organisé samedi, en soutien aux jeunes adolescents, à Rabat, illustre aussi cette réalité. Au moment où les militants se donnent le baiser symbolique, devant les grilles du Parlement, une poignée d’antis se jettent sur eux, syndrome d'une société divisée, sur le web comme dans la rue.

 

Ibtissam Lachgar, l’organisatrice de l’évènement sur Facebook ne se laisse pas impressionner. Ibtissam, c’est un petit bout de femme de 36 ans, bien courageuse. Elle milite au MALI, le mouvement alternatif pour les libertés individuelles. Ses actions, elle les veut coup de poing, pour heurter, pour provoquer la discussion et faire avancer les mentalités, au risque de le payer cher.

 

Risquer sa vie pour faire avancer la démocratie. C’est aussi le combat de Nizar Bennamate militant, journaliste sur le site francophone www.H24info.ma. D’après lui, des bisous sur Internet il y’en aura d’autres. Les mobilisations autour de ces affaires-là font avancer les choses.

 

L’affaire du bisou sur Internet, c’est le signe que la société marocaine est entrain de changer, selon Medhi Alioua, professeur de sociologie à Sciences-Po Rabat.

 

Autre signe de transformation de la société marocaine, c’est l’émergence d’une conscience politique. On le constate, parc Cervantès, en plein centre de Rabat. Un parc squatté par des dreadeux à guitare, et où, depuis la rentrée, des jeunes se retrouvent tous les samedis soir, en cercle sur la pelouse, autour d’un café-philo. Le thème du jour, c’est la liberté, pardi !

La police est déjà venue les déloger plusieurs fois. Younès 23 ans, est militant du Mouvement du 20 Février, un courant né en 2011, pendant la révolution arabe, et qui prône la démocratie. C’est l’un des organisateurs de ce café-philo.

 

Un engagement politique qui trouve son espace de liberté sur la toile. Soufiane Sbiti, 21 ans, lui aussi militant du Mouvement 20 Février et secrétaire général de CAPDEMA, une association pro-démocratie, nous explique la méthode. Il utilise des cas concrets, souvent des faits divers, pour lever le voile sur la Monarchie

 

On l’a vu, rien que cette année, plusieurs scandales ont éclaté au Maroc : l’affaire du pédophile espagnol, celle d’un journaliste marocain arrêté arbitrairement pour apologie du terrorisme, ou le baiser sur Facebook. Et ça ne fait que commencer.

 

 

 

 

 

Par Gaële Joly / le 15 octobre 2013

Commentaires