Manga : la fin d'une ère

Par Augustin Arrivé / le 16 mars 2015
Manga : la fin d'une ère
Avec la mort de Yoshihiro Tatsumi, et la fin de "Naruto" et "Bleach", une page de l'histoire de la bande dessinée japonaise se tourne. Et la nouvelle génération n'est pas encore au rendez-vous pour reprendre le flambeau.

 

 

Naruto : plus de 140 millions d'exemplaires vendus au Japon, 17 millions en France. La publication de la BD est finie depuis novembre (elle continue chez Kana avec un peu de retard).

 

Extrait de "Naruto", de Masashi Kishimoto © Kana

 

Bleach : 80 millions de copies écoulées. Son auteur, Tite Kubo, a annoncé qu'il achèverait l'histoire cette année. Glénat-Shônen devra donc bientôt dire adieu à cette locomotive de librairie.

 

Extrait de "Bleach", de Tite Kubo © Glénat Shônen

 

Yoshihiro Tatsumi, inventeur du gekiga : mort le 7 mars à l'âge de 79 ans. Lui qui a ouvert les portes d'un manga plus sérieux, analytique, laisse des millions d'admirateurs en deuil.

 

Extrait de "Une vie dans les marges" de Yoshihiro Tatsumi © Cornélius

Pour les remplacer : personne, ou presque. Eiji Otsuka, professeur de manga à l'université de Tokyo, le reconnaît non sans regret.

 

 "Il y a toujours des lecteurs, mais parmi ces fans, très peu se lancent dans la production. Lors du dernier festival d'Angoulême, j'ai amené deux de mes élèves pour qu'ils profitent de ce vide et essaient de se faire connaître. Il y a un trou d'une génération.


 

 

Eiji Otsuka, mangaka et prof de manga à l'Université de Tokyo © Augustin Arrivé

 

Un manque flagrant qui se ressent dans les ventes : déjà le genre s'effrite en France, au bénéfice des ventes de comics américains, qui ont bondi de 18% l'an dernier. Mais ce n'est rien par rapport au Japon, où les années 1990-2010 ont représenté un carnage pour le milieu. Les tirages des magazines BD se sont écroulés. Mathieu Pinon évalue le début de la chute à l'achèvement de Dragon Ball en 1995.

Ce journaliste spécialisé co-signera le mois prochain une précieuse Histoire(s) du manga moderne (chez Ynnis). Il raconte le trouble des éditeurs, qui n'ont pas négocié le virage du numérique :

 Quand vous achetez un magazine, un questionnaire final vous propose de voter pour choisir les séries qui seront prolongées.


 

Mais le lectorat s'est peu à peu rabattu sur des web séries gratuites.


C'est un grand écart auquel nous sommes toujours en train d'assister.


 

Extrait de "One Punch Man", de One, à l'époque de sa parution exclusive sur le web, Wikimedia commons

 

One Punch Man est la première série a avoir ainsi émergé sur le web. Œuvre d'un mystérieux One, elle raconte l'histoire d'un super-héros capable de terrasser n'importe quel adversaire d'un seul coup de poing et qui va inlassablement tenter de trouver un adversaire à sa mesure. 

Cette série a tellement bien marché que One a trouvé un éditeur papier qui lui a associé un dessinateur connu, Yusuke Murata, pour développer le manga à l'échelle des volumes reliés.


 

Encore inédites en France, ces aventures marquent le basculement d'un modèle économique à un autre. Basculement non-encore achevé. Il faudra du temps pour qu'une nouvelle école de dessinateurs et de scénaristes s'emparent de ce système numérique et fasse renaître l'art manga. Quoiqu'il en soit l'heure semble aujourd'hui au mélange des cultures (ainsi le dernier Disney/Marvel, Les Nouveaux Héros, adapté d'un comics à forte influence nippone).



Toute l'actu de la bande dessinée sur Mouv', c'est par ici.

Illustration de couverture : Bleach, tome 41, de Tite Kubo © Glénat Shônen, 2011

 

Par Augustin Arrivé / le 16 mars 2015

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