Mandela, le dernier souffle d'une inspiration

/ le 06 décembre 2013
Mandela, le dernier souffle d'une source d'inspiration
Sa vie fut exemplaire, son combat décisif et son image a rayonné sur le monde des arts depuis trente ans. Rares sont les personnalités politiques aussi chantées, jouées ou fantasmées que Nelson Mandela. Tour d'horizon non-exhaustif.

 

Nous sommes en 1984, Nelson Mandela croupit en tôle depuis déjà vingt ans. Les Nations Unies ont imposé un boycott des produits sud-africains, mais une cassette audio, passée entre les mailles du filet, se retrouve dans les mains de Paul Simon. L'ex-comparse d'Art Garfunkle l'écoute sans trop savoir de quoi il s'agit. Il est séduit. Renseignements pris, il s'avère que ça vient de Soweto, un township noir de la banlieue de Johannesbourg.

 

Homeless, par Paul Simon et Ladysmith Black Mambazo © Warner Bros 1986

 

Simon attrape le premier avion. Il s'envole pour enregistrer l'un de ses meilleurs disques, Graceland, sorti deux ans plus tard, avec aux choeurs le groupe Ladysmith Black Mambazo. Scandale planétaire. Popaul est accusé de soutenir l'apartheid, avant qu'on réalise qu'en donnant la parole aux persécutés, il les aidait dans leur lutte. Une fois libéré, Mandela invitera le chanteur à venir jouer pour lui.

 

Pendant que Paul Simon goutait au soufre des polémiques, les radios occidentales diffusaient une tripotée d'hommages enjôleurs au héros engeôlé. Evacuons d'emblée l'évident Lavilliers, qui se bat aux côtés des opprimés depuis tant d'années dans un engagement désintéressé. Bernard chantait alors que sa musique était un cri qui venait de l'intérieur, qu'elle soit de n'importe quel pays et/ou couleur.

 

Noir et blanc, par Bernard Lavilliers © Barclay, 1986

 

Mandela, dont l'image plane sur tout le morceau, finit par être cité dans le dernier couplet. Toujours au rayon chanson française, mais la parenté s'arrête là: Michel Fugain s'essayait à la roucasserie politique avec La liberté, demandez-là. Tandis que le Sénégalais Youssou N'dour donnait carrément son nom à l'un de ses albums. En même temps, il baptisera aussi son fils Nelson Mandela!

 

A Soweto, dans le ghetto, Jonathan pourtant ne porte aucun drapeau,

(...) Car depuis la nuit des temps, il sait aussi que tous les salauds sont gris.


 

Renaud vomit lui aussi l'apartheid dans son Jonathan, histoire d'un chanteur "un peu feuj, un peu fou, un peu british, un peu zoulou". Un peu Johnny Clegg, quoi. Car justement, lui, Clegg, l'anti-apartheid de toujours, qui a gratté sa première guitare en Afrique du Sud. Son meilleur pote, noir, était le fils du chauffeur de la maisonnée. Dans Asimbonanga (Mandela), un titre en zoulou, il regrette qu'on ne puisse même pas voir le fameux prisonnier, isolé sur son île-cachot de Robben Island.

 

Asimbonanga (Mandela), par Johnny Clegg & Savuka © Capitol, 1987

 

Stevie Wonder ne pouvant pas l'apercevoir davantage, il décide de lui passer un coup de fil (fictif). Ce sera I just called to say I love you. Une chanson qu'il interprètera le 11 juin 1988 à Wembley lors du gigantesque concert de soutien qui réunira le gratin de la pop en angliche, de Dire Straits à Al Green, en passant par les Bee Gees et Joe Cocker (mais pas Paul Simon).

 

I just called to say I love you, par Stevie Wonder © Motown, 1984

 

La pression internationale est à son apogée. 600 millions de téléspectateurs dans le monde. D'après le Congrès national africain (le parti de Mandela), l'événement aurait permis d'accélérer le processus de libération. De fait, un an et demi plus tard, Nelson est dehors.

 

Parmi ses premières actions d'homme libre, il décide de tourner pour Spike Lee. Si si! Il interprète un prof dans Malcolm X, sorti en 1992. La preuve ici:

 

Malcolm X, de Spike Lee © Warner Bros, 1992

 

Il ne s'y risquera plus mais le cinéma ne le lachera pas. Danny Glover et Morgan Freeman se glisseront dans ses habits pour des résultats pas forcément indispensables (respectivement Mandela de Philip Saville et Invictus de Clint Eastwood). Et Goodbye Bafana du Danois Bille August s'intéressera au parcours de son gardien de prison, James Gregory.

 

Depuis qu'il était acclamé et à l'abri, il n'y avait plus tellement besoin de le défendre, et les oeuvres dédiées sont devenues plus rares. Il y a bien le livre de Jack Lang, Nelson Mandela, leçon de vie pour l'avenir, mais on pourra lui préférer Conversations avec moi-même écrit par le héros en personne, et préfacé (combo gagnant) par Barack Obama.

 

0.9, par Booba © Barclay/Universal, 2008

Reconnaissons enfin à Booba son honnêteté. Le rappeur explique, dans la chanson 0.9, que si l'immense figure politique qu'il fut l'a "aidé à tenir bon" face au racisme ordinaire, il avoue toutefois n'avoir "ni son calme, ni sa sagesse". Sans déc'!

/ le 06 décembre 2013

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