Malik Oussekine: le meurtre policier a 30 ans [interview]

Par Augustin Arrivé / le 28 avril 2016
Malik Oussekine: le meurtre policier a 30 ans [interview]
Alors que les polémiques sur les violences policières ont refait surface ces dernières semaines, une BD évoque le sort de Malik Oussekine, étudiant de 22 ans battu à mort lors d'un mouvement de grogne universitaire en 1986.

 

"Jamais je n'aurais cru qu'on allait être rattrapés par l'actualité." Laurent-Frédéric Bollée se dit "affligé" par les événements de ces dernières semaines. Les violences policières dans les cortèges anti-loi Travail ont fait la une des médias. Des blessés graves dans les cortèges de ce jeudi 28 avril. Un lycéen frappé au visage fin mars devant le lycée Bergson, à Paris. Un collectif de plusieurs centaines d'universitaires dénonçant la banalisation des bavures. "On ne peut que se dire qu'il y a toujours des dérapages."

 


Une actualité qui rappelle les heures sombres de l'Histoire policière de notre pays. Dans Contrecoups (publié chez Casterman), cet ancien journaliste retrace, avec la dessinatrice Jeanne Puchol, les 24 heures qui ont entouré le meurtre de Malik Oussekine. Nous sommes en décembre 1986, en plein mouvement de contestation d'un projet de réforme universitaire. L'étudiant de 22 ans marchait de nuit près de la Sorbonne. Il est passé à tabac par des motards de la police, battu à mort dans un hall d'immeuble.

On commémorera cette année les 30 ans du drame. L'album suit tour à tour un brigadier, un légiste, un commissaire de police, jusque dans l'entourage du premier ministre de l'époque, Jacques Chirac. Des personnages fictifs pour recréer une réalité affolante : "le premier réflexe des autorités a été de protéger la machine de l'Etat". Comprenez : maquiller la bavure, transformer la victime en extrémiste libanais, et sa mort en accident cardiaque.

Cette machine à mensonges a existé et je pense qu'elle existe toujours.

Extrait de "Contrecoups", par Laurent-Frédéric Bollée et Jeanne Puchol © Casterman, 2016

 

Le complot prend l'eau. Un photographe a eu le temps de prendre un cliché du cadavre de Malik Oussekine sur le carrelage de l'immeuble de la rue Monsieur-Le-Prince. Et l'autopsie trafiquée ne résiste pas aux enquêtes.

Quand on se réveille le matin du 6 décembre 1986, on sait qu'un garçon est mort sous les coups policiers. Même si les réseaux sociaux n'existaient pas, la vérité finit toujours par émerger.

Extrait de "Contrecoups", par Laurent-Frédéric Bollée et Jeanne Puchol © Casterman, 2016

 

Contrecoups, c'est aussi le portrait d'une époque : les années Pasqua, la cohabitation, la peur du SIDA, la révolte de la jeunesse française. Les auteurs se demandent ce que serait devenu Malik Oussekine. Prêtre ou cadre commercial. Il est aujourd'hui un symbole. Un soldat inconnu, tombé sous les coups de matraque. Une plaque commémorative dans le sixième arrondissement de Paris. C'était il y a trente ans. Cette bande dessinée aidera à ce qu'on ne l'oublie pas.

 

Extrait de "Contrecoups", par Laurent-Frédéric Bollée et Jeanne Puchol © Casterman, 2016

 


 

Illustration de couverture : Contrecoups, par Laurent-Frédéric Bollée et Jeanne Puchol © Casterman, 2016

Toute l'actu de la bande dessinée sur le Mouv', c'est par ici.


Par Augustin Arrivé / le 28 avril 2016

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