Lyon, capitale du jeu vidéo français ?

Par Augustin Arrivé / le 28 mai 2014
Lyon, capitale du jeu vidéo français
C'est ici que se trouvait le siège européen d'Atari jusqu'en 2010, ici aussi que s'invente le jeu vidéo de demain. Lyon est la ville d'Arkane Studios, l'une des entreprises les plus en vue du secteur, signature du hit "Dishonored", qui travaille là à deux nouveaux projets.

 

C'était le meilleur jeu vidéo de l'année 2012 d'après la prestigieuse académie britannique des BAFTA. C'est également l'un des plus gros succès commerciaux français du genre, avec 3,2 millions d'exemplaires écoulés, toutes plates-formes confondues (XBox360, PS3 et PC). Dishonored a mené les Lyonnais d'Arkane Studios dans la cour des grands.

 

Dishonored, bande-annonce officielle © Arkane Studios, 2012

 

A la manière d'un David Cage, patron de Quantic Dream et désormais détenteur de la légion d'honneur, les équipes d'Arkane sont aujourd'hui citées en exemple de cette France qui s'exporte, mentionnées le mois dernier d'un rapport du Sénat sur la réussite économique de notre jeu vidéo. Pourtant, pas la peine d'évoquer cette école française devant Arnaud David, chef de projet du studio lyonnais :

Il faut tuer le mythe de la French Touch. Nous faisons en sorte d'éviter d'être catalogué et de faire des projets un peu barrés qui ne parlent à personne. Il ne faut pas oublier que nous sommes une industrie. Nous visons le marché des gros projets à plusieurs millions.


 

Arx Fatalis, premier grand titre d'Arkane Studios, sorti sur PC et XBox en 2002

 

Ainsi, comme pour les plus attendus des projets hollywoodiens, un mystère savamment orchestré plane autour du travail en cours chez Arkane. La rumeur veut qu'une suite de Dishonored soit présentée le mois prochain au salon E3 de Los Angeles, mais les intéressés ne confirment rien. Tout juste apprend-on que deux jeux sont en cours de développement, l'un à Lyon, l'autre plus récemment à Austin, la succursale américaine de l'entreprise.

130 personnes travaillent dans la boîte. Ils étaient moitié moins au moment de Dishonored. C'est dire que la marque a le vent en poupe. A l'origine de chaque projet (des jeux d'aventure à la première personne, spécialité de la maison), on trouve un directeur créatif, Harvey Smith pour le célèbre dernier-né. C'est lui qui pitche le jeu : ce serait l'histoire du garde personnel de l'impératrice, accusé de l'avoir assassinée, et qui va chercher les responsables de ce complot pour se venger.

 

Sébastien Mitton, directeur artistique chez Arkane Studios © Augustin Arrivé

 

Arrive alors Sébastien Mitton, directeur artistique : "Il s'agissait de créer un monde. Au début, on a fait des recherches, des repérages photographiques, et puis on s'est dit que la réalité allait nous limiter, alors j'ai demandé à imaginer une ville qui n'existe pas." Aidé de designers et de programmeurs, il mêle une architecture à des costumes brassant les styles, du XVIIIe au XXe siècle.

Pendant ce temps, Dinga Bakaba, le game-designer, invente les règles du jeu. Mais ce qu'il aime par dessus tout, c'est de laisser les joueurs le surprendre. "On avait décidé que notre héros pourrait posséder l'esprit d'autres personnages et se projeter dans leur corps. Un joueur a utilisé ce pouvoir pour se téléporter alors qu'il était en train de faite une chute mortelle. Il a survécu. Je n'avais pas imaginé cette utilisation-là, j'ai appelé ça le NPC-parachute."  Il ajoute :

Les jeux sont souvent des montagnes russes, bien calculées, pour que tout le monde vive la même expérience. Chez Arkane, ce qu'on essaie de faire, c'est plutôt d'ouvrir au joueur la porte du parc d'attractions et qu'il s'amuse avec ce qu'il trouve.


Dinga Bakaba, game-designer sur "Dishonored" © Augustin Arrivé

 

Pour ciseler tout ça, il faut des années. Quatre ans pour Dishonored. "Et c'est limite insuffisant", dixit Sébastien Mitton. Pourtant, Arnaud David assure qu'ici on ne presse pas les équipes artistiques. "On leur demande combien de temps il leur faut, puis on négocie les ajustements avec l'éditeur." Un luxe possible aujourd'hui, peut-être moins demain, si la célébrité continue de progresser. "Il y a davantage de pression. Maintenant, les joueurs ont des attentes."


Critique du jeu Dishonored par Philippe Audoin en cliquant ici.

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Photo de couverture : photo promotionnelle de Dishonored © Arkane Studios, 2012

 

Par Augustin Arrivé / le 28 mai 2014

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