Les visages du printemps turc: Berk

/ le 03 juin 2013
Les visages du printemps turc: Berk
Il n'avait jamais manifesté de sa vie, parce qu'il n'avait jamais vu ses parents manifester. Il pensait appartenir à une génération apolitique, mais il a franchi le pas.

 

Berk vient d'Izmir, côté asiatique, près de la mer Egée. Mais depuis quelques années, il vit à Istanbul. C'est ici qu'il a trouvé son travail de publicitaire. C'est ici, aussi, qu'il a maintenant des amis. Il les voit souvent, partage quelques verres, mais l'engagement politique a rarement occupé les discussions. Il n'a jamais entendu ses parents se plaindre en public d'une quelconque action d'un gouvernement.

 

Aujourd'hui, il comprend qu'ils avaient peur. Peur des violences comme les Turcs en ont connu par le passé: coups d'Etat militaires en 1960 et 1980, massacres de militants en 1978 et 1980, attentats contre des intellectuels dans les années 90... La génération de ses parents sait qu'à trop contester, on peut finir par le payer. Lui tente pourtant l'aventure aujourd'hui.

 

 

Il prend ce risque parce que, pour une fois que la jeunesse turque s'exprime, il ne comprend pas que le premier ministre ne veuille pas l'écouter. Pire: qu'il la méprise, la réduisant à une bande de terroristes alcooliques. En persistant dans cette attitude, Erdogan se met à dos des pans entiers d'une population qui, autrement, lui aurait fichu une paix royale.

 

 

Il ne croit d'ailleurs pas vraiment qu'Erdogan cèdera. Il s'attend à rester encore un long moment au parc Gezi, avec ses nouveaux compagnons d'aventure. Son mince espoir serait une intervention du président de la République, Abdullah Gül, qu'on dit plus modéré que le chef du gouvernement.

 

 

En ce moment, Berk ne travaille quasiment pas: son entreprise est installée juste à côté de Taksim, les locaux sont embaumés par les gaz de la police, alors c'est le chômage technique pour tout le monde. Ca ne l'inquiète pas: de toute façon, son patron soutient le mouvement.

 

Berk en a fini avec l'omerta, par Augustin Arrivé

 

D'autres rebelles sont à rencontrer sur lemouv.fr

/ le 03 juin 2013

Commentaires