Les rappeurs lovers 2.0

Par Yérim Sar / le 07 juillet 2018
Les rappeurs lovers 2.0
Si l'on prend les rappeurs actuels qui parlent le plus de femmes, ou qui simplement plaisent aux filles plus que les autres, on peut avoir certaines surprises...

Pendant longtemps, le rap français a eu une grosse différence avec son homologue américain : sa façon d'aborder la séduction voire les femmes en général. Non pas que le rapport à la gente féminine soit fondamentalement différent entre les deux pays, mais contrairement aux US, il y avait un petit complexe assez persistant. Rappelons même qu'à une lointaine époque, lorsque l'on disait d'un MC qu'il faisait « du rap pour meufs » c'était quasiment une insulte. Pour une raison simple : les limites du rap étaient alors assez rigides, tant dans le fond, à savoir les sujets abordés, que dans la forme, dans la mesure où le chant était exclusivement réservé à la vague R'n'B. L'évolution et le côté décoincé que cette musique a acquis au fil du temps (faire un son qui parle de relations homme-femme n'a plus rien d'inattendu) a conduit certains artistes à prendre une orientation que personne ne pouvait prévoir à leurs débuts. Attention, on ne parle pas de ceux qui ont toujours fait du sujet leur cheval de bataille type Dadju ou Vegedream, mais bien de ceux qui ont évolué au fil du temps, parfois sans vraiment s'en rendre compte.

 

PNL


Quiconque ayant assisté à un concert ou showcase de N.O.S et Ademo le sait : leur musique attire un quantité non négligeable de chromosomes XX à l'enthousiasme non dissimulé (par exemple à Bercy il a suffi que N.O.S enlève ses lunettes et fasse un sourire pour que les filles de la fosse hurlent plus fort que tout le reste de la salle réuni, fortiche).

Est-ce étonnant ? Un peu, dans la mesure où la musique de PNL en elle-même n'est pas du tout axée sur les thèmes traditionnellement associés à la gente féminine, d'ailleurs jusqu'ici il n'y a pratiquement pas de femmes dans leurs clips. Pour le coup c'est vraiment l'ambiance des morceaux, qu'ils soient planants ou dansants, couplés à des textes qui laissent la part belle à l'émotion. Et les torses nus des deux rappeurs, aussi.

 

Booba


Que ce soit pour sa musique elle-même ou son statut de superstar du rap, B2O a clairement su fédérer un public féminin ultra-fidèle qui a des étoiles dans les yeux en regardant ses clips. Son mode de vie fait rêver, son côté bad boy aussi, bref la recette classique.

Est-ce étonnant ? Si l'on se rappelle du Booba des débuts, peut-être. Mais il faut comprendre qu'il a toujours été fasciné par l'esthétique américaine, du coup ce n'était qu'une question de temps avant qu'il passe du modèle Prodigy à celui de 50 Cent (ou Lil Wayne, ou Drake, etc, on va pas tous les faire) et qu'il travaille ses abdos autant que ses 16 mesures, en remplaçant les « khos » par les « biatch » en fin de phrase. Et au-delà de ça il a même fini par faire de vraies chansons d'amour à sa façon.

 

Jok'Air


Entre le rappeur parisien et les femmes, c'est une longue histoire d'amour. Le thème est carrément omniprésent sur l'intégralité de sa discographie, et même lorsque ses morceaux parlent d'autre chose, les clips sans femmes font figure d'exception dans son œuvre.

Est-ce étonnant ? Pas du tout. Déjà à l'époque de la MZ, le groupe était assez porté sur les morceaux coquins et les ambiances de lovers du ghetto. Sachant que Jok'Air a toujours été celui qui poussait la chansonnette, il est vite devenu la mascotte des groupies et cela s'est logiquement prolongé lorsqu'il a démarré sa carrière solo.

 

Hamza


Des textes aux clips, Hamza ne cache pas son ambition, on a affaire à un rappeur devenu chanteur (même si rien ne l'empêche de poser de manière plus classique comme sur Jodeci Mob ou autre) avec une attitude de superstar, des nymphettes dans tous ses clips et des chorés les jours de fêtes.

Est-ce étonnant ? Non. Dès que le Bruxellois a trouvé sa nouvelle formule, que l'on peut grossièrement dater de la mixtape H-24, il a associé le côté sexy à tous ses egotrips et cela n'a fait que s'accroître jusqu'à aujourd'hui. Son utilisation de l'autotune, ses influences R'n'B ou jamaïcaines, toutes les étoiles sont alignées. Il ne lui manque plus qu'à se battre en duel avec Jok'Air dans un combat où la mort sera la seule issue afin de décrocher la couronne du rappeur de petite taille qui contrôle le public féminin francophone.

 

Kaaris


Sur le même principe que pas mal de rappeurs, K2A s'est réorienté vers des sons d'ambianceur, du dansant, et c'est d'ailleurs ce qui lui a valu son plus gros succès avec Tchoin. Globalement il a enchaîné pas mal de morceaux branchés séduction (Petit Vélo, Diarabi, Contact...) qui lui garantissent des bonnes tournées club.

Est-ce étonnant ? Pas mal. Même si Kaaris a suivi l'itinéraire classique de ses modèles américains, le fait qu'il soit parti à la base d'un univers ultra hardcore à des tendances plus douces a beaucoup surpris ses fans de la première heure. En gros c'est comme si Booba était passé directement de Temps Mort à D.U.C. La preuve, Kaaris a régulièrement rappelé qu'il était toujours capable de faire du sale, que ce soit avec Double Fuck ou le prochain Or Noir 3.

 

Nekfeu


Le rappeur du S-Crew a su jouer de son côté cool en prenant presque le contrepied du cliché du rappeur macho. En gros Nekfeu c'est celui que tu vas appeler en pleurant et qui va te réconforter une fois que Booba t'a larguée comme une merde. Il en faut pour tout le monde.

Est-ce étonnant ? Le Nekfeu kickeur avait déjà pas mal la côte, mais ne parlait pas spécialement de relations amoureuses. Une fois son image retravaillée, on a limite une sorte de Drake français en bonne et due forme, du style aux textes. Bon c'est sûr qu'il a une proportion déprimante de groupies mineures, mais il faut bien commencer quelque part.

 

Nemir

Même s'il est discret et malheureusement pas encore bien établi aux yeux du grand public, Nemir est une valeur sûre de cette catégorie, et assez constant en terme de qualité (pas encore en terme de productivité mais cela ne saurait tarder). Que ce soit dans un registre électro ou acoustique, le bonhomme peut pondre des ballades assez prenantes.

Est-ce étonnant ? En terme de style, il suffit d'avoir suivi l'évolution de Nemir pour comprendre que c'était finalement très logique. Dès lors qu'il a laissé libre cours à ses influences plus Nu Soul et chanson française, le thème de l'amour en général s'est en quelque sorte imposé de lui-même. Par contre il ne semble pas vouloir participer au combat à mort entre les rappeurs de petite taille et ça c'est regrettable.

 

Damso


Le membre du 92i n'a pas la même approche que Booba dans le sens où il prend l'amour et le sexe comme des thèmes très sérieux et les décline donc sous toutes leurs formes, parfois pour analyser les relations de couples en général, parfois pour exorciser ses démons, et parfois pour mettre en avant ses exploits avec des filles à petite vertu. La particularité de Damso étant qu'il n'hésite pas à exposer ses propres faiblesses en se mettant au même niveau que ses partenaires fictives ou réelles.

Est-ce étonnant ? C'est sûr qu'il y a des gens étonnés qu'un rappeur qui a des propos crus envers les femmes leur plaise autant, mais c'est sûr aussi que ces mêmes gens n'ont jamais écouté de rap de leur vie, puisque cette contradiction s'applique à la totalité des têtes d'affiche américaines et à une bonne moitié des rappeurs français (« whaou, ce rappeur a la côte avec le public féminin alors qu'il parle souvent de pute », bienvenue dans les années 90 Josiane)

 

Romeo Elvis

Même si ce n'était pas le cas à ses débuts, dès que le rappeur s'est associé au compositeur le Motel, il s'est mis à livrer des textes un peu plus personnels qu'avant. Cela inclut entre autres des morceaux comme Drôle de question ou encore Lenita et Jaloux. Romeo Elvis y confie sans détour ses sentiments amoureux et le revers de la médaille, à savoir sa propre jalousie.

Est-ce étonnant ? Non, c'est un Belge, ces gens-là n'ont aucun complexe, jamais. Et c'est quand même plus sympa pour le public féminin d'avoir quelqu'un qui sait sourire. Pis il s'appelle à la fois Roméo et Elvis, ça ne trompe pas.

 



Crédit photo : capture Damso - Macarena

Par Yérim Sar / le 07 juillet 2018

Commentaires