Les réveillons épiques des rappeurs !

Par Yérim Sar / le 05 janvier 2017
Les réveillons épiques des rappeurs
A la rentrée de janvier, la traditionnelle question sur ce que vous avez fait ou non pour le 31 est souvent inévitable. Réponse en musique, avec une playlist non exhaustive de soirées réussies ou complètement ratées, racontées par des rappeurs. Attention les yeux...

Pavillonner

 

La base d’une soirée réussie, ce n’est pas forcément un club, bateau où une sortie extravagante, au contraire. Il y a plusieurs écoles, dont l’incontournable valeur sûre reste pavillonner. Ce néologisme inventé par la clique du Studio Delaplage désigne le fait de squatter une maison en après-midi comme en soirée, et de s’y amuser. Une fois que la cible est localisée et verrouillée, le décor offre de nombreux avantages : barbecue dans le jardin, chambres à l’étage, possibilité de se réapprovisionner à volonté ou presque…

 

Les choses simples

 

Parfois le bonheur se trouve dans les choses simples. Pour Abis, une soirée idéale se passe au quartier, avec des potes et des copines. Le morceau retranscrit à la perfection l’ambiance bon enfant. Le champagne acheté au dernier moment chez l’épicier, les vannes qui fusent, l’ami qui abuse un peu trop du Jack Daniels, la volonté de vivre l’instant présent... Bref, « pourquoi claquer de l’oseille en boîte, chez moi y’a déjà des fêtards ».

 

Les soirées drague/fail

 

Un grand classique des soirées débridées : dans l’euphorie, certains couples se forment, mais il y a aussi le cas tout à fait inverse, quand la drague est un peu trop pressante et que la tentative échoue lamentablement. Ici ce sont Salif et Princess Aniès qui se prêtent au jeu (avec K.Reen au refrain), le premier dans le rôle du dragueur lourd et bourrin, la seconde en fille consternée par son approche. Mention spéciale aux « ne m’appelle pas ma belle, reste fidèle à Madame Cinq » et « tu finiras comme Bridget Jones ».

 

 Incruste de cas sociaux dans une soirée bobo

 

Là c’est presque plus pour le clip que pour le morceau lui-même, mais rien que pour l’ambiance « incruste de cas sociaux dans une soirée bobo » avec tous les dérapages que ça comporte, ça valait le coup. Si vous ne vous êtes jamais incrustés dans une soirée mais que vous avez vu le film Les Parasites, ça marche aussi.

 

Le nouvel an avec Arthur 

 

En réalité ce morceau n’a strictement rien à voir avec quoi que ce soit de festif, mais Damso lâche la rime la plus glauque de tout l’album avec « tu me fais chier comme Arthur au nouvel an » ; il avait précisé en interview qu’il avait dû subir dans sa jeunesse plusieurs réveillons coincé chez lui devant la télé, avec l’animateur enchaînant vanne pourrie après vanne pourrie, pendant des heures. Ayons donc ici une pensée pour les plus démunis d’entre nous qui n’ont pas d’autre alternative que se taper des best-of, bêtisiers ou autres émissions télé navrantes un soir de 31 : plus jamais ça.

 

Pour les filles

 

Place au point de vue féminin avec Roll K qui nous détaille un soir de sortie à une fiesta. Et comme c’est une femme, les 3/4 du morceau concernent en réalité les préparatifs, sa façon de s’habiller, de s’ambiancer avant de partir sans oublier l’inévitable copine qui n’en est pas une puisqu’elle est jalouse car forcément moins belle que la star du morceau.

 

En roue libre

 

Il arrive toujours un moment dans certaines soirées où un invité a abusé de différentes substances peu conseillées et où il part dans un délire que plus personne ne comprend, sauf lui-même (et encore). Cet état de grâce est brillamment illustré par Vald en roue libre totale dans Poisson, un court morceau où on entend en boucle "je suis un poisson dans l’océan, et puis j'aime les algues". Le rappeur était revenu sur la genèse du son : "J'étais avec le poto qui fait le refrain. C'était le même qui faisait « si tu suçais des bites toute la journééééeeee, crampes d'estomac ». C'est moi qui écris mais c'est lui qui chante. Je commence à dire qu'à chaque fois que je fais un truc de merde, les gens kiffent. Donc on cherche un truc de merde à dire et entre deux verres, j'ai vraiment dit « je suis un poisson, j'aime les algues, je suis dans l'océan ». Puis j'ai fait un couplet qui dit la même chose, en totale impro."

 

Les soirées du patron

 

Autre point de vue rarement pris en compte dans les récits de fêtes en tout genre : celui du propriétaire, du patron et même du videur de la boîte. Ce sont les rôles qu’endossent ici Les Sages Poètes De La Rue avec une facilité surprenante : ils râlent contre les verres trop remplis, le trop grand nombre d’invits pendant les soirées hip hop, les comportements d’ivrognes, la caissière qui tape dans du rhum etc. Et le physio se félicite de pouvoir « serrer à tout va » grâce à son statut, forcément.

 

Embrouille et baston

 

Morceau issu de ce qu’on peut appeler la saga Surnakkurel Nakk raconte à chaque fois une mésaventure sur le ton de l’humour, le second volet nous plonge dans une soirée qui ne s’annonce déjà pas folichonne en début de morceau mais qui dégénère totalement au fil des couplets. Embrouille, baston, le tout commenté par un narrateur trop pragmatique pour jouer les héros téméraire : « 1 contre 1 je me bats, 2 contre 1 je me défends, gars, à 3 je négocie ça, à plus de 3, t'entends le bruit de mes pas ».

 

Kidnapping

 

Même chose mais d’un point de vue plus teigneux. L’alcool, les drogues et la nervosité de certains aidant, il y a malheureusement des réveillons qui finissent mal et qui se transforment en soirée coupe-gorge. Fidèle à son style habituel, c’est ce créneau que LIM a choisi de détailler dans Kidnapping, où tout commence tranquillement avant de déraper dans les grandes largeurs : une embrouille à cause d’une fille, une équipe de quinze mecs remontés à bloc, un tabassage en règle, et une expédition punitive juste après. La tradition est respectée.

 

Les retours en solo

 

Il y a ceux qui ont trouvé leur bonheur sur la piste de danse ou sur un canapé, ou dans la rue, mais il fallait aussi en placer une pour les autres, qui rentrent seuls chez eux, sans bonne compagnie et sans mot doux. Est-ce que ça signifie forcément que la soirée est loupée ? Loin de là, puisque, comme le rappellent MSJ, Aelpeacha, Driver et Le Foulala, parfois, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

 

Les réveillons charbon

 

Il faut aussi penser à ceux qui font le choix de ne pas sortir s’éclater, mais qui ne s’amusent pas non plus chez eux. Ils continuent simplement de charbonner comme tout le reste de l’année car un sou est un sou. Un grand bravo à ces stakhanovistes de la rue, ce sont eux qui feront la grandeur de la France de demain.

 

Le réveillon "On s'en balek"

 

Comment ne pas conclure sans un happy end plein d’insouciance ? Instru façon guitare d’Amérique Latine, décor ensoleillé, piscine, boîte et filles en maillot de bain, c'est de la zumba de haute volée, à un détail près : le rappeur ne fait strictement aucun effort pour adoucir ses paroles, en fait sans la prod et le clip, ce serait un freestyle assez énervé. Mais l'alliance des deux univers aboutit à un résultat hilarant à la bonne humeur communicative, comme si Michael Bay décidait de réaliser un scénar de Woody Allen.

Prenez le refrain tout seul, où le rappeur martèle son mantra "mais qu'est-ce que je m'en bats les couilles de vos vies", adressé à de nombreuses personnes parmi lesquelles les hypocrites, les suceurs, les salopes, les boycotteurs, etc. Vous avez passé une mauvaise journée voire une mauvaise année ? Écoutez ce refrain. Vous êtes déprimé par l’actualité ? Écoutez ce refrain. Vos parents/votre compagne ou compagnon/votre ex/vos collègues vous emmerdent ? ÉCOUTEZ CE REFRAIN. Selon un sondage Ifop, tous ceux qui ont passé leur réveillon du 31 mais aussi de Noël sans mettre ce son à fond démarrent l’année sur de très mauvaises bases.

 


Photo : capture écran / Retour à la fac / YouTube

 

 

Par Yérim Sar / le 05 janvier 2017

Commentaires