Les Pussy Riot sont libres

Par Augustin Arrivé / le 23 décembre 2013
Une Pussy Riot libérée, une autre doit bientôt l'être
Maria Alekhina et Nadezhda Tolokonnikova, les deux Pussy Riot qui étaient encore en camp de travail, viennent d'être libérées. Fin de peine anticipée orchestrée par le Kremlin pour se refaire une image avant Sotchi.

 

MAJ lundi 23 décembre à 11h30

 

Voilà. Cette histoire invraisemblable sera bientôt terminée. Maria Alekhina a quitté ce lundi matin à 9h son camp d'emprisonnement de Nijni-Novgorod (il était 6h à Paris). Plus tard dans la matinée, c'était au tour de Nadezhda Tolokonnikova. Maria s'est empressée de dénoncer une "opération de communication" de Moscou. On ne connaît pas leurs projets. Elles retrouveront sans doute Ekaterina, la troisième Pussy Riot, libérée après son procès en appel en octobre 2012.

 

Les Pussy Riot face à l'hôte du Kremlin, le combat de boxe à distance Cc Flickr AK Rockfeller

 

Fin de l'histoire, donc, presque deux ans après que le trio a vexé le Kremlin en chantant un psaume anti-Poutine dans une église orthodoxe de Moscou. Oui, rien que ça, ça suffit, dans le régime autoritaire de Vladimir, pour finir dans un camp sibérien. Et par dessus le marché, Nadezhda Tolokonnikova s'était permise de dénoncer ses conditions de détention, sous prétexte qu'on ne la laissait pas dormir plus de quatre heures par nuit, qu'elle devait travailler du matin au soir sans pause, et qu'elle était humiliée en permanence par ses gardiens.

Pour avoir osé dire ça, elle s'était retrouvée en cellule d'isolement, puis à l'hôpital après deux semaines de grève de la faim. Tout ça pour un chant sacrilège dans une église. Affreux ? Oui mais ça, c'était avant. Avant que Poutine fasse semblant d'être gentil.

 

Nadezhda Tolokonnikova, emprisonnée dans le camp Mordovia IR-14 © Reuters

 

Dans deux mois, les Jeux Olympiques se dérouleront à Sotchi, et la Russie, déjà très critiquée pour sa politique vis-à-vis des homosexuels, compte bien se faire passer pour un régime démocratique. C'est ainsi qu'elle gracie, ces jours-ci, des dizaines de prisonniers politiques. Après Mikhail Khodorkovski ce week-end, les Pussy Riot se retrouvent donc à l'air libre. Pas sûr, pourtant, que ça suffise à calmer les ONG de la planète.

 

Khodorkovski a bien demandé, lors de sa première conférence de presse, qu'on ne boycotte pas les JO "pour ne pas gâcher la fête de millions de gens" mais il a également promis qu'il se battrait pour qu'il n'y ait plus de prisonnier politique. Pas question d'oublier. De même qu'on n'oubliera pas le récit de Nadezhda Tolokonnikova. On n'oubliera pas l'histoire de cette codétenue, une quinquagénaire malade à force d'épuisement, qui avait demandé à aller se coucher avant minuit. "Quoi !?", lui a-t-on répondu. "Tu crois que tu es la seule à vouloir dormir ? Tu dois travailler encore plus dur, au contraire, grosse vache !" Charmant.

 

Un camp de travail pour femmes en Russie © Tyurma.com

 

Une autre femme s'est retrouvée forcée, en guise de punition, d'attendre dehors dans le froid sibérien entre deux baraquements jusqu'au coucher du soleil. Lorsque la peine a été finalement levée, la malheureuse a dû se faire amputer de plusieurs doigts et d'un pied.

 

Nadia racontait comment, lorsqu'elle tentait de contacter son avocat, elle n'obtenait que des ennuis supplémentaires. Les matons, par désir de vengeance, transformaient alors sa vie précaire en enfer. On n'oubliera pas, et on s'en rappellera à Sotchi.

 

  • Claire Chaudière, de la rédac' du Mouv', avait pu rencontrer, au printemps dernier, Ekaterina Samoutsevitch, autre Pussy Riot, qui avait été libérée. Cet entretien est ici.
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  • La même Claire Chaudière s'était également rendue à Moscou, à la rencontre des militants d'opposition qui soutiennent le groupe condamné :

 

 

  • Et revenons, en compagnie de Francis Viel, sur les ancêtres des Pussy. C'est ici.

 

Par Augustin Arrivé / le 23 décembre 2013

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