Les petits disquaires squattent le grand Virgin

Par Augustin Arrivé / le 18 octobre 2013
Les petits disquaires squattent le grand Virgin
Pendant deux jours, on a à nouveau vendu des disques au Virgin Megastore de Barbès, à Paris. Une résurrection permise par une quinzaine de disquaires indépendants, venus de toute la France pour squatter le rez-de-chaussée du magasin désaffecté.

 

Augustin Arrivé a mixé son reportage avec un casque dans les oreilles. C'est vous dire s'il s'y connait en vinyles. Ecoutez le résultat en cliquant ci-dessous :

 

Deborah Zanette, secrétaire de l'asso des Gilets Rouges © Augustin Arrivé

Les gilets rouges des employés licenciés sont encore accrochés au mur, quatre mois après la fermeture. Plus personne ne passe devant d'habitude. Sauf cette semaine. Deborah Zanette, représentante des anciens salariés, est émue. "On a beaucoup opposé les grandes enseignes et les indépendants, mais aujourd'hui, ce message de solidarité fait chaud au coeur."

Solidaire, David Godevais accepte volontiers ce qualificatif. C'est lui qui est à l'origine de ce petit squat autorisé par la mairie. Directeur du CALIF, un syndicat de labels indépendants, il a rameuté une quinzaine de petits disquaires dans ce rez-de-chaussée désaffecté.

 "C'est aussi un acte militant, les grands patrons ont voulu faire de la musique un produit de consommation de masse et ça n'a pas marché. Des centaines de personnes se retrouvent sans emploi, alors que nous, nous sommes toujours là."

 

 

La condition de disquaire indépendant n'est évidemment pas simple. Dove, le patron de la Cosa Nostra Shop, n'a pas le salaire de Richard Branson, le PDG du megastore, mais il se bat à sa manière. "J'ai eu une boutique fixe, à Troyes, pendant plusieurs années, mais aujourd'hui je gagne ma vie sur les routes, en disquaire itinérant."

 

Dove, discovore avisé et patron de la Cosa Nostra Shop, une enseigne itinérante © Augustin Arrivé

 

Il est persuadé que c'est en organisant des événements comme celui-ci qu'on peut développer le marché du vinyle. Aux clients qui passent, ils égrennent ses conseils pointus, comme ce 33 tours de Magas, "groupe émergeant, entre indé-pop et post-new-wave". On le croit sur parole.

 

Bétino, du Bétino's Record Shop (Paris)

 

Bettino, lui, est plutôt branché jazz et groove. Il nous suggère un vieux Bobbi Humphrey, Fancy Dancer. C'est sûr, ça met de bonne humeur. "Même s'il y a Internet ou toute sorte de médias spécialisés, rien ne remplace une conversation avec un disquaire."  Il espère ramener des clients vers sa boutique du quartier Bastille.

"J'ai failli être vendeur à Virgin, à la fin des années 80, alors ça me touche d'être ici."  Il a du respect pour l'enseigne, chez qui il pouvait revendre "pas mal d'imports". Tous ici reconnaissent que Virgin n'était pas un grand magasin comme les autres.

 

 

Les anciens clients rappliquent. "Le magasin est à nouveau ouvert ?"  on leur répond que non. Ils entrent quand même, par curiosité. Dans quelques années, une nouvelle enseigne culturelle pourrait bien récupérer les locaux. Plusieurs offres de rachat ont été déposées. La clientèle n'attend que ça. Et les gilets rouges espèrent en profiter pour retrouver un emploi.

 

La fermeture des magasins Virgin, on en parlait déjà par ici, sur le Mouv'.

Et si vous aimez les 33 et les 45 tours, on vous conseille de retrouver nos épisodes de Radio Vinyle, avec...


Par Augustin Arrivé / le 18 octobre 2013

Commentaires