Les parapluies quinquagénaires

Par Augustin Arrivé / le 19 février 2014
Les parapluies quinquagénaires
Il y a tout juste cinquante ans sortaient en salle "Les parapluies de Cherbourg", chef-d'oeuvre de Jacques Demy et Michel Legrand, palme d'or à Cannes la même année. Un demi-siècle plus tard, l'héritage Demy est indéniable.

 

"La musique renforce, aussi bien dans la joie que dans le drame, les sentiments", expliquait Jacques Demy, interviewé dans le quotidien Le Monde le 18 février 1964, à la veille de la sortie ciné des Parapluies de Cherbourg qui allaient le consacrer pour l'éternité. Avec Michel Legrand, il signait cette année-là un film entièrement chanté, prouesse formelle doublée d'un mélo magnifique sur un couple brisé par la guerre d'Algérie. A l'époque, Jacques Demy ne cachait pas ses références, au premier rang desquelles le Singin' in the Rain de Stanley Donen à qui il empruntait sans doute les fameux "parapluies".

 

Bande-annonce des "Parapluies de Cherbourg", de Jacques Demy © Ciné-Tamaris, 1964

 

Cinquante ans plus tard, c'est lui, Jacques Demy, qui est devenu une référence. Il est l'homme des comédies musicales à la française. Il a créé un style, influençant une nouvelle génération de cinéastes. L'exemple le plus évident est Christophe Honoré, dont les Chansons d'Amour, musical sorti en 2007, puise son imagerie dans la filmo du maître, jusqu'à l'imperméable et la coiffure de Ludivine Sagnier, qui évoquent la Catherine Deneuve des Parapluies

 

"Les Chansons d'amour" © Bac Films, 2007 / "Les Parapluies de Cherbourg" © Ciné Tamaris, 1964

 

C'est encore plus flagrant, quatre ans plus tard, avec Les Bien-aimés, autre film chanté, avec à nouveau Sagnier, partageant son rôle avec Deneuve en personne (l'une évoluant en... 1964, tiens tiens... et l'autre interprétant la même femme au début du XXIe siècle). Lorsqu'elle se met à chanter "Je peux vivre sans toi", en écho au "Non je ne pourrai jamais vivre sans toi" de Michel Legrand, il n'y a plus vraiment de doute. 

 

Ludivine Sagnier et Rasha Bukvic dans "Les Bien-aimés", de Christophe Honoré © Le Pacte, 2011

 

Et puis il y eut la reprise de "Lola" par Romain Duris dans 17 fois Cécile Cassard"C'est en voyant ses films", expliquait Christophe Honoré à L'Express en 2011, "et surtout l'obstination qui s'en dégageait, que j'ai envisagé de devenir cinéaste." 

 

17 fois Cécile Cassard, de Christophe Honoré © ARP Sélection, 2002

 

Moins systématique, François Ozon s'est offert une expérience Demy. Dans 8 Femmes, en 2002, il fait chanter Catherine Deneuve dans un huit-clos aux décors tout droit sortis d'un film de Jacques. Et le numéro de duettistes de Ludivine Sagnier (encore elle) avec Virginie Ledoyen rappelle furieusement les soeurs jumelles des Demoiselles de Rochefort.

 

"8 Femmes" © Mars Films, 2002 / "Les Parapluies de Cherbourg" © Ciné Tamaris, 1964

 

"8 Femmes" © Mars Films, 2002 / "Les Demoiselles de Rochefort" © Ciné Tamaris, 1967

 

"Ca m'a rappelé le bon temps des Parapluies de Cherbourg et l'atmosphère des films de Jacques Demy", reconnaissait alors Catherine Deneuve, ajoutant à propos de son interprétation chantée "quelle joie ! quelle liberté !"

Virginie Ledoyen était déjà de l'aventure Jeanne et le garçon formidable, en 1998, donnant la réplique à un certain... Mathieu Demy. Olivier Ducastel et Jacques Martineau, les réalisateurs, y mêlaient, comme Demy dans les Parapluies ou Une chambre en ville, histoire d'amour ennivré et fond sociétal grave, traitant en l'occurrence de la condition des séropositifs (Jacques Demy est lui-même mort du SIDA en 1990).

 

Jeanne et le garçon formidable, d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau © StudioCanal, 1998

 

"A chaque fois que je revois Les Parapluies de Cherbourg", confiait Olivier Ducastel à Télérama en 2010, "je suis fasciné par le fait que tout me plaît, les couleurs, la musique, le filmage, tout." Nous pareil. Il faudra d'ailleurs également suivre, à l'avenir, Mathieu Demy, maintenant qu'il est devenu réalisateur et ô combien fils de ses parents. Dans Americano, il mettait en scène la recherche d'une Lola disparue :

 

Americano, de Mathieu Demy © Ciné Tamaris, 2011

 

Et puis il y a les hommages ponctuels et les pastiches. On retiendra, parmi d'autres, Les Larmes, joli court de Laurent Larivière suivant une pleureuse intempestive émue par la séparation de Geneviève et Guy, les multiples reprises musicales du tandem Demy/Legrand ("La chanson d'Yvonne" par Autour de Lucie, par exemple) et le sketch d'Objectif : Nul proposant des moukraines à la glaviouse façon Michel Legrand :

 

Objectif : Nul © Canal+, 1987

 

Les films de Jacques Demy ont fait récemment l'objet d'une restauration. Le Mouv' était allé voir de plus près à quoi ressemblait ce travail minutieux. Cliquez ici.


Illustration de couverture : extrait de l'affiche des Parapluies de Cherbourg © Ciné Tamaris, 1964


Par Augustin Arrivé / le 19 février 2014

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