Les mille et une Nuits Sonores

Par Augustin Arrivé / le 31 mai 2014
Les mille et une Nuits Sonores
En attendant les vétérans Kraftwerk dimanche soir, le festival electro lyonnais nous accompagne déjà dans nos nuits blanches, plus sonores que jamais : Grandmaster Flash, Darkside, Brian Jonestown Massacre, Discodeine, Laurent Garnier, Benjamin Damage.

 

Vendredi 30 mai 2014 : Abschaum, Konstantin Sibold, Gold Panda, Floating Points...

On est à une semaine des commémorations du 6 juin, et les Nuits Sonores démarrent leur vendredi avec une belle affiche franco-allemande. Commençons par Abschaum. Un nom allemand (traduisez par "racaille" ou "paria", ce qui met en joie) mais un artiste lyonnais, Chris Poincelot de son petit nom, guitare-synthé, tatouages pleins les bras.

 

 

Ppur produit new-wave ressuscité en 2014, le Lyonnais dit avoir grandi avec le plus sombre de la scène ouest-allemande des eighties, DAF ou Einstürzende Neubauten. Ca se sent un peu. Tout dépoilés que nous sommes par le soleil qui tape, on ne se poile pas beaucoup face à Chris. Ici il parle aussi de Nirvana. Des références qu'il évacue en chantant depuis peu en français. "Donne-moi la main qu'on en finisse, se réveiller demain et oublier que nous sommes tristes." Pan dans la tête !

 

 

On croit repérer un temps l'intro de Calling Elvis, évidemment on a tout faux. Point de Dire Straits dans cet univers. Abschaum transforme la mélodie. On finit presque face à un organiste de cathédrale. Même la salle 1960 de la Sucrière peut prendre des airs de nef. 

L'Allemand maintenant : Konstantin Sibold est natif de Stuttgart, mais c'est bien sur le label lyonnais Caramelo qu'il a sorti trois maxis. On l'avait croisé aux Transmusicales en plein coeur de la nuit, on le retrouve aux Nuits Sonores en milieu d'après-midi. Le set s'adapte à tout.

 

 

Avec la fatigue qui commence à se faire sentir, faites le test : fermez les yeux et vous n'aurez plus aucune idée de la pendule. On bascule dans un monde de clubbing délicieusement crasseux, dans un film de gangsters à gros bras, migraineux s'abstenir.

 

 

Konstantin, lui, sourit. Un bel éclat blanc sur ce visage de comte Vronski. Il pose ses galettes et danse avec les mains, à mille lieues du sombre héros de l'hier qu'était LB aka Labat. On remet ce vendredi le curseur en mode fêtard. Un peu de nerf ! Il reste trois nuits, on n'est loin d'avoir fini les fûts.

Et encore, niveau ambiance, ça n'est rien par rapport à l'hystérie Gold Panda. Le Londonien, monsieur tout le monde à tee-shirt noir et barbe à la mode, déclenche des cris suraigüs dès son entrée en scène. Cris répétés de longues minutes durant, tout le long de son set en réalité. Gare à vous si vous êtes prêts des barrières. Comme dans le temps avec Tom Jones, mais sans déhanché aucun.

 

 

Mais tout ça ne suffit pas à couvrir le son, net et efficace, du DJ, qui sait mieux qu'aucun autre faire monter la sauce tranquillement avant de balancer les beats qui font sauter l'audience. Les taches de Rorschach pixellisées projetées en arrière-plan laissent songeur, mais on ne va pas chipoter pour si peu. Les pandas sont tellement choux, il ne fait pas exception. Mais dans ce zoo de Beauval des Nuits Sonores, c'est lui qui nous jette à becqueter. On tend la patte bien volontiers.

 

 

Si vous l'avez manqué, il va falloir cavaler pour le rattraper : Irlande, Angleterre, Italie, Luxembourg, le bonhomme mixe le mois prochain à travers toute l'Europe. Et en juillet ? Tournée américaine ! Etonnant qu'on n'ait pas encore inventé le terme d'electro-star.

La vie est un conte de fée. C'est frappant ce soir, à l'approche de minuit, dans la halle 2 de l'ancien marché de gros. Une licorne vole au dessus des volutes. Elle est rose, elle est belle, elle est en baudruche (mais ne cassez pas mon rêve). Je me sens le coeur d'une jouvencelle, pa-dam pa-dam pa-dam, pouls boosté par les stroboscopes, quand les basses me gonflent les muscles. Et là, sur scène, ce jeune blond qui, de son piédestal, semble pouvoir triompher de tout, n'est-ce pas le prince charmant ?

 

 

Ah ? On me signale dans l'oreillette qu'il s'agit de Floating Points. Drôle de nom pour un prince. Maintenant que vous me le dites, il ressemble davantage à un boyscout premier de la classe qu'à un cavalier romantique. Pas de hasard : il l'est. Sam Shepherd, le Londonien qui se cache derrière le pseudo, est en effet chercheur en neurosciences, en passe d'obtenir son doctorat à UCL.

 

 

Est-ce celà qui lui donne ce réel charisme ? Peter Parker n'est-il pas métamorphosé quand il enfile son costume d'homme-araignée ? Sam -Floating Points- Shepherd est du même sang. Une aura qu'il diffuse à la foule, bras en l'air, dansant pour lui. Nous voilà engloutis.

 

Vous préfériez la soirée de mercredi ? Pas de panique : elle est encore ici.

Mais si vous voulez plutôt revivre votre jeudi aux Nuits Sonores, cliquez là.


Que faire après le concert ? Un bon jeu vidéo made in Lyon ? On vous conseille Dishonored.

Lyon, c'est une smart-city, et pas seulement parce qu'elle accueille des smarts festivals. La preuve par là.


 

Toutes photos : Augustin Arrivé

Par Augustin Arrivé / le 31 mai 2014

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