Les mille et une Nuits Sonores

Par Augustin Arrivé / le 29 mai 2014
Les mille et une Nuits Sonores
En attendant les vétérans Kraftwerk dimanche soir, le festival electro lyonnais nous accompagne déjà dans nos nuits blanches, plus sonores que jamais : Grandmaster Flash, Darkside, Brian Jonestown Massacre, Discodéine, Laurent Garnier, Benjamin Damage.

 

Mercredi 28 mai 2014 : Nyco, De la Montagne, Benjamin Damage, Darkside, Black Lips

Ca commençait plutôt mal : la première chanson entendue en arrivant à Lyon, c'était L'air du vent, la B.O. de Pocahontas, dans les enceintes d'un fast-food. On a connu meilleurs auspices. Et puis à bien y réfléchir, c'est un Disney plein d'amour. Alors on a eu envie d'ouvrir grand notre coeur. Viens par là Cupidon ! Jette ta flèche ! Mais oui, sur Nyco, pourquoi pas ?

 

Nyco, Nicolas dans le civil, prononcez "Naïco" quand il se dresse derrière ses platines. C'est à ce Lyonnais qu'incombait la difficile mission d'inaugurer les Nuits, sous le grand soleil de 18h. Public clairsemé, mais qu'importe : il balance la sauce, jonglant entre les styles, mixant Pierre Henry avec une lecture de Proust, une onde simili-bouddhiste avec des gémissements de sylphide.

 

 

"J'ai horreur de faire des sets linéaires, monotones. C'est délicat, les warm-up, mais c'est l'une des places les plus importantes dans une soirée. Et ce qui est cool, c'est que c'est à toi de mener les gens vers la danse, alors tu peux te permettre des mix un peu plus expérimentaux, plus ouverts." Il sait de quoi il parle, avec sept ans comme DJ sous sa casquette panthère.

Le quartier de la Confluence se remplit peu à peu. Sous la grande halle de l'ancien marché de gros, De la Montagne fait bouillir notre thermos intérieur. Camille, la blonde incendiaire (repérée par Nico Prat dans son récent tour de France pour Monte le Son) nous chante, voix suave, qu'elle veut passer une "night with you". Alto Clark bastonne ses percus en signe d'approbation.

 

Pourquoi "De la Montagne" ? Parce que c'est le nom de leur pizza préférée, parait-il. Il faudra nous fournir l'adresse. Toujours des Lyonnais, en tout cas. Un duo formé à la sortie des Beaux Arts, et qui mélange ici habilement le rock et l'electro, le métallophone, la guitare et le synthé.

 

 

"La prochaine chanson s'appelle "Escalader la montagne" et ça parle d'escalader une montagne." Le naturel de l'artiste est désarmant. "Et après qu'on l'a escaladée, plus rien n'est comme avant." Comme, peut-être, après qu'elle a chanté. Au premier beat, elle se met à bondir.

Beaucoup moins de séduction chez Benjamin Damage. Conseillé dernièrement sur le Mouv' par Laurent Garnier, voilà que le Gallois se retrouve à jouer quelques heures avant lui. Mais pas tout seul. Ben s'est adjoint les services d'un compatriote, Doc Daneeka, néo-Berlinois maître de la house.

 

 

Le duo offre un mix boum-boum-boum qui accélère le pouls et hypnotise l'esprit. Benjamin connait bien son docteur : ils oeuvraient déjà ensemble en 2012, pondant l'album They Live, et si leurs chemins bifurquent parfois, ils se retrouvent toujours. C'est un DJ a quatre mains qui enchaîne les disques.

 

 

On plonge vers le technoïde. Les puristes seront dans la halle n°2 ce soir. Eloignez grand-mère. D'autant que la foule afflue à l'entrée.

C'est presque l'émeute quand arrive l'heure de Darkside. "Poussez pas !", s'énerve un agent de sécu, qui peine à maintenir les barrières debout. Un talkie-walkie se met en marche : "Il me faut du renfort, il y a des types qui escaladent la pallissade des toilettes !" Les Darkside n'en sauront rien, ils assurent le spectacle devant une marée humaine surconquise.

 

"Du bon son", "des visuels incroyables, des musiques incroyables". Malgré des cieux cléments, les compliments pleuvent sur Nicolas Jaar et Dave Harrington. Les deux New-yorkais nous ont réservé une place dans leur fusée lunaire. Et ça grimpe, et ça grimpe ! La house tonne, nous n'avons pas de problème.

 

 

Des rayons lasers fusillent le hangar. On n'a même pas envie d'aller se resservir une bière. C'est magnétique, impossible de quitter la fosse. Nos jambes sont scellées au sol, notre tête est en apesanteur.

"C'est nous qui jouons la musique électronique d'origine !" Ouh là ! Jared, le bassiste des Black Lips lance un pavé dans la Saône, au micro de Laura Leishman. "La première fois qu'Elvis ou Chuck Berry ont branché une guitare, ça a rendu les parents et les enfants complètement barjos. Et c'était de l'electro puisqu'il y avait de l'électricité dans ces guitares."

 

On dirait bien qu'il y a des rockers dans la salle ! C'est la force des Nuits Sonores : ne pas se limiter à un genre mais au contraire ouvrir les portes et laisser entrer la crème de la crème de chaque famille. Ce jeudi, nous aurons droit à Grandmaster Flash, l'un des inventeurs du hip-hop. Et samedi Anton Newcombe rameutera son Brian Jonestown Massacre, tandis que Lee Ranaldo, sans Sonic Youth, écartera encore un peu les murs. La fête ne fait que commencer.

 

Que faire après le concert ? Un bon jeu vidéo made in Lyon ? On vous conseille Dishonored.

Lyon, c'est une smart-city, et pas seulement parce qu'elle accueille des smarts festivals. La preuve par là.

 


 

Toutes photos, sauf twitter : Augustin Arrivé

 

Par Augustin Arrivé / le 29 mai 2014

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