Les meilleurs titres collectifs du rap français

/ le 03 avril 2017
Les meilleurs titres collectifs du rap français
Quelles équipes maîtrisent le mieux l'art du posse-cut, cet exercice qui réunit un minimum de 5 personnes sur un titre ? On a remonté le temps et fait le tour du rap français pour se rappeler des monuments du genre.

A l'image d'un petit vieux incapable de se défaire de ses mécanismes quotidiens, le rap français aime conserver ses petites habitudes, refaire régulièrement les mêmes gestes, et appliquer les mêmes concepts chaque année, avec un enthousiasme qui fait toujours chaud au coeur. Parmi ces rengaines presque rassurantes pour les allergiques au changement, le principe du featuring réunissant au minimum 5 rappeurs continue de faire ses preuves et de rappeler aux fans de rap français qu'avec un peu de bonne volonté, un hôte peut se faire balayer par ses quatre invités sur son propre morceau.

 

Il existe bon nombre de variantes de ce genre de titre, qui se verra tout de même affublé les trois quarts du temps du suffixe "All Stars" – pas vraiment original mais tout de même plus classe qu'une traduction littérale "toutes étoiles". Il s'agit bien souvent du remix d'un titre déjà existant et ayant déjà prouvé son potentiel, mais les créations originales existent aussi, là encore sous différentes formes, avec des morceaux de 3 à 17 minutes, axés sur une thématique précise comme la lutte contre les discriminations raciales ou plus simplement sur des gros égotrips bien virils où tout le monde se tape pour prouver qu'il est le plus costaud de la bande. Des titres souvent relégués en dernière piste des albums ou des mixtapes, comme pour offrir un bouquet final à l’auditeur, mais qui ont bien souvent finis aux oubliettes car trop peu ou trop mal exploités.

 

Dernier posse cut en date, le titre Grand Paris de Médine a beaucoup tourné, sans que personne ne se pose vraiment la question de savoir pourquoi un mec originaire du Havre se prenait pour un parisien pur jus -il n'y a déjà pas le RER à Mantes la Jolie, alors sur les docks normands, sérieusement ? Quoi qu'il en soit, ce long morceau est l'occasion de revenir sur quelques-uns des genki-dama les plus marquants de l'histoire du rap français.

 

Médine feat Salif, Tunisiano, Mac Tyer, La Fouine, Rim'K, Ol Kainry, Keny Arkana – Téléphone Arabe

Commençons donc par le havrais, loin d'être un novice en termes de feats all stars, à l'origine d'un titre original et réussi avec Téléphone Arabe en 2011. Non seulement le casting est impressionnant, mais en plus, on a pour une fois le droit à un vrai concept calibré pour ce type de morceau aux multiples interprètes : Médine lance un message à moitié coupé par l'horrible réseau SFR, Salif répète ce qu'il a (mal) entendu à Tunisiano, qui appelle Mac Tyer pour lui en parler, et sur l'archaique principe du téléphone arabe, le message originel se déforme d'interlocuteur en interlocuteur.

 

Le MVP : Bon, inutile de chercher plus loin que son museau ici : dès le premier couplet, Salif découpe tout le monde et ne laisse à personne la possibilité de le rattraper.

Le mec qu’on aurait bien aimé entendre poser un 16 : Sefyu. Personne n’aurait rien compris à son couplet, ce qui est parfait sur la thématique du téléphone arabe.

 

Le plus solennellement solennel : Nakk Dixon, Mokless, Médine, Jeff Le Nerf, Youssoupha, REDK, Lino – Invincibles remix

Un violoniste, une assemblée de lyricistes, un clip en noir et blanc, des t-shirts avec des gros messages en lettres capitales, et même des rappeurs en cardigan : difficile de faire plus cérémonieux qu’Invincibles Remix. Globalement, le titre est un genre de fantasme ultime du puriste rap français : une prod bien classique, uniquement des mecs réputés pour leur plume, et Mouloud Achour qui fait un cœur avec ses doigts au moment où Dixon parle d’amour universel.

 

Le MVP : Chacun verra midi à sa porte, mais perso j’ai une faiblesse pour Dixon, juste pour « les excuses, c’est comme les trous du cul : on en a tous ».

Le mec qu’on aurait aimé entendre poser un 16 : Alkpote, parce qu’il faut toujours un mec en totale inadéquation avec le thème du morceau.

 

Le plus emblématique : Sniper feat. 113, Diam's, G.Kill, Haroun, Mano Kid Sam, Salif, Sinik, Skadrille, Tandem & Zoxea – Panam All Starz

 

Un concept simple comme bonjour, pour un morceau qui a marqué toute une génération : inviter un ou deux rappeurs par département francilien, et demander à chacun de représenter son hood un peu mieux que les autres. Le casting ne parait peut-être pas particulièrement impressionnant pour un mec qui n’a pas connu cette époque, mais pour faire court, c’est un peu comme si la Sexion d’Assaut représentait le 75 et invitait Niska pour le 91, Lacrim et Rohff pour le 94, Sofiane et Kalash Criminel pour le 93, et Ekoué pour le 78 -ok c’est devenu un parisien pur et dur, mais il est né à Elancourt, extrapolons un peu, ne serait-ce que pour la dignité artistique des Yvelines, mise à mal depuis beaucoup trop longtemps.

Le MVP : Le mec qui fait la grosse voix entre les couplets, rien que pour son « HAHAHAHA »

Le mec qu’on aurait bien aimé entendre poser un 16 : Un autre parisien, parce qu’Haroun est le seul à représenter tout seul son département. Etant donnée l’année de sortie du morceau, le meilleur candidat s’appelle Hill G, un mec plutôt à l’aise avec le principe de posse cut.

 

Le plus urbain : Poison feat Salif, Alkpote, Escobar Macson, Ritmo de la Noche et Alpha 5.20 - Mec 2 Tess Remix

 

Encore une fois, le concept est très simple, et parfaitement résumé par le titre du morceau : un titre avec uniquement des mecs de tess qui parlent de tess. Casting monstrueux, avec uniquement des rappeurs au top de leur carrière : Salif est dans sa meilleure période, l’année de Prolongations et Sisi la Famille, Alkpote lance sa carrière solo avec L’Empereur, Escobar Macson semble enfin sur le point d’exploser après son départ du 45 Scientific, Alpha 5.20 vit les dernières années –les plus belles- de sa carrière, Poison vient de sortir son premier album, et Ritmo est encore vu comme un de ces mystères du rap français, un mec qu’on entend en featuring un peu partout depuis toujours.

Le MVP : Demandez-moi de choisir entre ma mère et mon père, mais pas entre Salif, Alkpote et Alpha 5.20.
 

Le mec qu’on aurait bien aimé entendre poser un 16 : Zesau, parce qu’un posse cut de mecs de tess sans Zesau, c’est comme une chanson de Lacrim sans référence à Philippe Plein.

 

Le plus sous-côté : Cokein feat Canardo, Ol'Kainry, La Comera, Juicy P, Hype, Kozi et Bassirou – Touché-Coulé Remix

 

Aucun concept particulier ici, juste un gros egotrip aux accents street, mais le hasard fait parfois bien les choses, et on se retrouve en fait avec un casting entièrement composé de rappeurs sous-côtés –oui, Canardo est terriblement sous-côté. Conséquence logique, cette association de sous-côtés débouche sur un titre terriblement sous-côté.

Le MVP : Hype, parce que ses couplets sont tellement rares qu’ils deviennent précieux.

Le mec qu’on aurait bien aimé entendre poser un 16 : Zesau (voir entrée précédente en remplaçant « mecs de tess » par « mecs sous-côtés »)

 

Juicy P - Click Click Paw Remix feat. Mac Tyer, Rim'k, Gradur, Grödash et Jack Many, et Click Click Paw NeoGang-Remix feat Jack Many, La Comera, Skinny Troy, Ketokrim, Cokein, Mossda & Don Diega

 

Les mecs de Grigny ne peuvent jamais rien faire comme les autres. Après avoir enregistré un gros remix du titre Click Click Paw avec un casting de grand standing, Juicy P se dit que ça serait bête de s’arrêter là, et lance un deuxième remix du même morceau, avec la moitié des rappeurs de Grigny. Un mec chevronné (ok, c’était moi) s’est même amusé à en faire un seul et même énorme remix de treize minutes.

Le MVP : Juicy P, pour l’organisation du bordel. Si vous ne travaillez pas quotidiennement avec des rappeurs, vous ne pouvez pas comprendre le tour de force que représente le fait de réunir autant de rappeurs pour un morceau.

Le mec qu’on aurait bien aimé entendre poser un 16 : Tous les autres rappeurs de Grigny (environ 86% de la population de la ville) : Myssa, D.O.Z, Gizo Evoracci, Skeem, Doyen OG, Bloc Criminel, Al Peco, Savant des Rimes, Code 147, et j’en passe et des meilleurs.

 

Les plus « gangster d’amour » : Stomy – Sois hardcore remix feat Lino, Mystik, James K, Despo Rutti, Tekila, Alpha 5.20 / J'avance pour la famiglia feat Arsenik, La Rumeur, Hamed Daye, Passi, La Clinique / Un reup qui fait reup feat Ärsenik, Hifi, Pit Baccardi, Passi, Oxmo Puccino & Hamed Daye

Trois salles, une seule ambiance : uniquement des rappeurs nés pour découper le beat sans laisser le moindre reste. La moitié d’entre eux se sont perdus en route, mais ont tout de même laissé à la postérité trois titres légendaires, avec deux constantes : Stomy en hôte, et Lino en invité.

 

 

 

 

Les dizaines de posse cuts locaux

Hormis le Click Click Paw NeoGang Remix cité plus haut, l’histoire du rap français est émaillée de dizaines de milliards de connexions entre rappeurs d’un même département, d’une même région, et même d’une même ville. On peut évidemment commencer par citer à nouveau la LMC Click avec le légendaire 91 Superthugz Remix avec Alkpote, Gazel, Nubi, Grodash, Ol Kainry et Smoker. Même principe avec le 93 All Star de Fatale Clique avec Larsen, Alibi Montana, Mekhlouf, Jaeyez, Fat Cap, Busta Flex, Sefyu, Alcide H et Alpha 5.20, ou à Marseille avec le Bienvenue à Marseille de Puissance Nord, avec Keny Arkana, Faïanatur, Stone Black, Yak, Alonzo, Dégun & Soprano. On pourrait lister une bonne centaine de ces hymnes régionaux, contentons-nous de retenir l’un des meilleurs de ces dernières années, Gun Drogue Money, de Baltaz avec NvrBoyz, Rimkhana, Slimane, Yanis, ZKR, Gradur, M16s et Mad.

 

 

 

Les posse-cuts intra-labels

S’il y a bien un label qui a su pousser le concept de posse cut à ses extremums, c’est Neochrome. De Seth Gueko et ses trois volumes de Tremblement du Ter-Ter à Alkpote et Zekwe avec Mongoldorak et Histoire De, en passant par Grodash ou Nysay, la discographie du label est parsemée de ces morceaux de cinq à dix minutes, et même un record sur le titre 91 Essonne, regroupant une bonne trentaine d’invités.

 



Dans un style différent, peut-être plus centré sur lui-même, on se rappelle également de belles choses également chez IV My People, qui reste, sur le papier, l’une des plus belles équipes de l’histoire du rap, et qui a eu le mérite de tenter les posse cuts assez régulièrement. Moins productifs sur ce type de combinaisons, mais avec une exigence de qualité optimale, on peut également citer pas mal de titres marquants du côté de Time Bomb, d’Anfalsh, du Beat2Boul ou encore du Secteur Ä.

 

 

 

 

 

 

Les grands classiques

Pour finir, impossible de ne pas citer quelques grands classiques du « all stars » à la français : le fameux Jugement de Tandem, conclusion théâtrale d’une trilogie épique ; le « ruemix » de Kennedy qui se fait secouer par tous ses invités ; le Code Noir de Dieudonné featuring Booba, Lino ou Sofiane, pour la BO d’un film jamais sorti ; le légendaire Shit Squad marseillais ; et évidemment, les célèbres 11’30 contre le racisme et 16’30 contre la censure, aboutissements ultimes du concept.

 

 

 

 

 


Crédit photo : YouTube

 

/ le 03 avril 2017

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