Les manhuas enterreront-ils les mangas ?

Par Augustin Arrivé / le 31 janvier 2015
Les manhuas enterreront-ils les mangas ?
Comme dans tant d'autres domaines, la Chine est en train de prendre une ampleur considérable dans le monde de la BD, rattrapant peu à peu son retard sur le Japon. Elle est cette année à l'honneur au festival d'Angoulême.

 

 

"La logique veut qu'il y ait désormais chaque année un pavillon réservé à la Chine au festival d'Angoulême." Franck Bondoux, le patron du festival international de la BD, a déroulé le tapis rouge, en ce mois de janvier, aux auteurs de manhuas, équivalents chinois des mangas. "Nous sommes réunis parce que c'est une question d'avenir."

 

A gauche, Zhang Weijun, à droite, Changrui Nie, deux figures du manhua


Si la Chine a connu dès le début du XXe siècle un engouement important pour le neuvième art (en témoigne le succès de San Mao, de Zhang Leping, créé en 1935 et vendu à 100 millions d'exemplaires), les albums chinois s'étaient jusqu'ici peu exportés (San Mao n'est traduit en français que depuis l'an dernier grâce aux éditions Fei). "Le pouvoir chinois avait décidé d'enfermer le pays, qu'il n'y ait pas de contact avec l'extérieur", regrette Zhang Weijun, fils de Leping. "Nous sommes entrés dans une autre période, où notre richesse culturelle va briller à nouveau."

 

Couverture française de "San Mao", de Zhang Leping, aux éditions Fei


Une dynamique largement encouragée par le gouvernement. Une délégation officielle de la province du Guangdong a fait spécialement le voyage à Angoulême pour inaugurer le pavillon asiatique et signer quelques contrats. Une attitude qui n'étonne pas Eiji Otsuka, mangaka japonais et prof de manga à l'université de Tokyo :

Alors que le Japon n'a jamais fait d'effort pour exporter ses BD, considérant que ça fonctionnerait tout seul, la Chine et la Corée au contraire déploient bien plus d'énergie pour faire connaître ces oeuvres, et c'est pour cela que les manuas sont de plus en plus connus. Les éditeurs, par exemple, se déplacent davantage.


 

Eiji Otsuka, mangaka japonais et professeur de manga à l'université de Tokyo

 

Il ajoute penser que bientôt, manhua et manga ne formeront plus qu'un seul genre homogène : la BD asiatique. Ce n'est pas encore le cas. Avec Juge Bao (scénarisée par le Français Patrick Marty), Chongrui Nie propose à l'inverse une histoire typiquement chinoise, contant le destin d'une figure historique de son pays, magistrat quasi-mythifié du XIe siècle. "C'est gratifiant d'être celui qui vous transmet cette culture chinoise. D'autant que le Juge représente des valeurs qui peuvent parler aux Français."

 

"Juge Bao", série historique en six tomes par Chongrui Nie et Patrick Marty, chez Fei


 Le Festival vient pour la première fois de décerner son Grand prix à un mangaka (Katsuhiro Otomo, l'auteur d'Akira). On peut légitimement penser qu'un auteur de manhua le rejoindra rapidement au palmarès.

 

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Photo de couverture : planches de Nie Jun au pavillon chinois d'Angoulême / Augustin Arrivé

Par Augustin Arrivé / le 31 janvier 2015

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