LES LECTURES ALEATOIRES #6

/ le 18 avril 2014
LES LECTURES ALEATOIRES #6
Donnez du QI à votre week-end avec les lectures aléatoires de Salomé Kiner.

Dans ses Lectures, Salomé partage deux fois par semaine ses découvertes littéraires. Retrouvez ici une sélection élargie, histoire de ne pas être pris au dépourvu.

 

L’INDISPENSABLE

 

Il nous faut de nouveaux noms, Noviolet Bulawayo, Ed. Gallimard

 


Vous n’êtes pas prêt d’oublier Chérie, la narratrice d’Il nous faut de nouveaux noms. Elle a dix ans, et avec ses copains Bâtard, Dieusait, Shbo et Stina, ils traînent pieds nus dans Paradise, leur ghetto zimbabwéen.
Quand la faim leur creuse le ventre avec une pelle, ils vont voler des goyaves dans les quartiers riches, où pullulent les villas et les ouvriers chinois.

Mais tout ça, c’est bientôt du passé pour Darling.
Bientôt, elle ira rejoindre sa tante aux Etats-Unis, à Destroymichygun : « Ici c’est l’Amérique, yo, toute cette merde africaine là, t’en verras plus dans cet enculé de pays. »

La comédie des ONG, les avortements clandestins, les abus de l’église, les ravages du Sida et l’utopie amère de l’émigration croqués par une gamine hardie.

Noviolet Bulawayo était finaliste du Man Booker Prize, et à raison.

 

 

L'ACTUEL

Mémoires de mes putains tristes, Gabriel Garcia Marquez, Ed. Livre de Poche



Gabriel Garcia Marquez nous a quitté.
Vous sentez bien qu’il va falloir trouver quelques bricoles subtiles à dire sur Cent ans de solitude. Sachez par exemple qu’il fut publié, au terme d’une rocambolesque gestation, le même jour que le Sergent Pepper's des Beatles.

Sinon, vous pouvez aussi commencer par son dernier roman, Mémoires de mes putains tristes, paru en 2004.

L’histoire d’un vieux journaliste érudit, passionné de musique, qui s’éprend follement d’une jeune prostituée.
Un livre radieux sur le crépuscule de la vie.

 

 


THEY SHOOT TO KILL

 

La très bouleversante confession de l’homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté, d’Emmanuel Adely, Ed. Inculte


Nous sommes à Ghazni, en plein désert afghan. Steve, Joss, Ryan et quelques autres Marines aux prénoms modifiés écoutent Lil Wayne, matent Entourage et mangent de la pizza, qui « est un légume à cause de la sauce tomate ».
Ils parlent bites et bagnoles, parce qu’ils n’ont pas grand chose d’autre dans le crâne, et aussi parce que ça leur permet d’oublier qu’ils ont parfois des femmes et des enfants qu’ils ne reverront pas tous : ils s’apprêtent à partir buter « le plus grand fils de pute que la terre ait jamais porté », « la star numéro Un du Mal », initiales O.B.L.

En 24 tableaux-mitraillettes, Emmanuel Adely raconte une traque nerveuse, sans ponctuation mais très rythmée, entre Call of Duty et dirty flow.

 

 

VERBATIM

La Chine d’en bas, de Liao Yiwu, ed. 13ème note


Derrière les néons de Shanghai et le miracle économique chinois, il y a des millions de vies sacrifiées, silencieuses, minuscules. Autant de destin torpillés, autant d’individus qui font « le sang et la chair » de l’histoire. La Chine d’en bas est leur tribune.

Ils sont gérant de toilettes publiques, musicien de funérailles, embaumeur, pilleur de tombes, homme d’église ou passeur.
Tout au long d’une vie torpillée par la repression politique, Liao Yiwu, ancien poète catapulté par la prison dans les bas-fonds de sa société, a écouté les témoignages de ceux qui, exclus ou marginaux comme lui, témoignent des autres visages chinois. Sans notes ni dictaphones, il les a reconstitué dans le grand art de journalisme littéraire.

 

 

DANS LA POCHE

Seins et œufs, Mieko Kawakami, Ed. Actes Sud / Babel


A Osaka, Makiko élève seule Midoriko en travaillant dans des bars miteux. La mère rêve d’une nouvelle paire de seins, la fille est en pleine crise de puberté, tendance existentialiste : « Avoir des ovules ou des spermatozoïdes c’est la faute à personne, mais au moins on devrait éviter de les faire se rencontrer ».

Leur arrivée à Tokyo chez la tante Natsu sera le point de départ d’un huis-clos dans une capitale caniculaire. 

Entre culte esthétique et mutations sociales, portrait sans fluo ni kawaii d’un Japon qui fait mal aux femmes.

 

 

 


 

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/ le 18 avril 2014

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