Les featurings les plus improbables du rap français

Par Genono / le 17 octobre 2016
Les featurings les plus improbables du rap français
De Kool Shen au Ministère AMER en passant par Alkpote, Sinik ou Joeystarr, retour sur les collaborations les plus folles de l’histoire du rap en France.

Quand Booba s’est retrouvé le cul posé sur le toit d’une vieille voiture en bordure d’océan, nombreux sont ceux qui n’ont pas compris pourquoi il prenait le temps d’aller tourner un clip avec Christine & The Queens, une fille probablement sympathique mais à mille lieues de l’univers musical du garçon. Pourtant, avec un peu de recul, la connexion parait presque logique : Booba est l’un des seuls rappeurs français à pouvoir toucher le public d’autres genres musicaux, et le seul –avec PNL, désormais- à entendre des louanges de la part des stars de la musique en France. Le voir aux côtés de l’une des plus grosses vendeuses de disques en France, très en vue auprès d’un public nombreux et potentiellement conquérable, n’a donc absolument rien de farfelu. Le plus étonnant, en fait, c’est que ce type de connexion ne se soit pas fait avant, que Sébastien Tellier ou Alizée ne soient jamais allés chercher le rappeur le plus médiatique de France.

Et puis, même pour les irréductibles fermés d’esprit qui n’auraient jamais voulu voir leur idole se laisser tenter par un tel mélange des genres, il suffit de jeter un œil dans le rétro du rap français pour se rendre compte qu’un Booba-Christine est loin, très loin, d’être l’épisode le plus improbable de la série des connexions rap français – autres genres musicaux. D’ailleurs, même en s’arrêtant uniquement sur la discographie de Booba, son featuring le plus étrange ne s’appelle pas Christine, mais Tony Parker.

 

 

La moitié des rappeurs français feat Enhancer

Bon, à la base, Enhancer est un groupe issu de la scène nu-métal. En gros, un sous-genre un peu hybride, qui a intégré pas mal d’éléments issus du rap à partir des années 2000. Il n’est donc pas étonnant de voir le groupe, né à la fin des années 90, se rapprocher de la scène rap et tenter pas mal de combinaisons plus ou moins improbables. Résultat, une bonne partie des têtes d’affiches du rap français de cette période est passée par la case Enhancer. Parmi cette longue liste, on en retrouve pour tous les goûts : Salif, Soprano, La Fouine, Gerard Baste, Dadoo, Canardo, Aketo, Lord Kossity… Le feat avec Kool Shen, Hot, est le mieux exploité de la liste, puisqu’au moment de sa sortie en 2006, il est diffusé en télévision, placé en playlist radio, et s’offre même un remix avec David Banner en 2011.

 

Clara Morgane ft Six Coups MC

Six Coups MC a une carrière particulièrement atypique, faisant régulièrement le grand écart entre un feat avec Alpha 5.20 et un autre avec Amerie, entre une peine de prison pour stupéfiants et une apparition sur Raï’n’b Fever. Point d’orgue de ce CV très contrasté, un featuring complètement improbable avec Clara Morgane, Strip-Tease, extrait du premier album de la « chanteuse », Déclarations, sorti en 2007. Si le titre ne restera pas dans les mémoires des mélomanes, Six Coups lâche quand même quelques belles petites métaphores, comme ce « Clara j’préfère être cash avec toi, je t'ai au bout des doigts » franchement pas piqué des hannetons.

 

Orelsan feat Benjamin Biolay

Orelsan est l’un des rappeurs français ayant le mieux su s’extraire hors de la scène purement rap, en s’adaptant notamment à d’autres genres musicaux de manière assez impressionnante. Le voir se rapprocher de chanteurs a priori très éloignés de lui est donc finalement assez logique, et à l’écoute de Ne regrette rien, sa connexion Benjamin Biolay semble même très naturelle. Les deux artistes se tirent mutuellement vers les ténèbres : Benjamin démarre par un hyper-positif « couloirs infinis de glace et de marbre, un froid qui brûle, un froid qui détruit », avant qu’Aurelien enchaine par un « le ciel est gris, les anges pleurent » porteur d’espoir et de gaieté dans les cœurs. Manque plus qu’un remix avec Casey.

 

Ministère Amer et Doc Gynéco feat Johnny Hallyday

L’équivalent musical d’une rencontre entre Muhammad Ali et Donald Trump. Pour les moins de vingt ans qui n’ont vu Passi que dans un zapping de la Star Academy, et qui ne savent pas que Stomy Bugsy a sorti un album l’année dernière, petite remise en contexte : l’un des groupes les plus hardcores des années 90, en studio avec la cristallisation ultime du beauf franchouillard. Une collaboration qui a fini de déconstruire le mythe du Ministère Amer, et qui ressemble, avec 10 ans de recul, au clap de fin de la génération 95200.

 

Passi feat Calogero

En termes de déconstruction du mythe de 95200, Passi n’en était cependant pas à son coup d’essai, comme l’a prouvé ce hit au succès incroyable, avec Calogero deux ans plus tôt. Le rappeur, engagé dans l’amour entre les sous-genres musicaux, a réussi, avec sa compilation Dealer de Hip-Hop/Rock, à aligner une belle collection de featurings improbables : Iron Sy feat Leave, Pit Baccardi et Emma Daumas, ou encore UVR et Les Sales Gosses –l’un des titres les plus réussis du plateau.

 

LIM et Alibi Montana feat Laam

Si, de prime abord, la connexion LIM-Alibi featuring Laam peut sembler peu naturelle, il suffit de quelques mots des deux rappeurs pour remettre les choses à plat : « Laam, elle vient de la rue, de la Daass, des foyers sociaux. Même s’il elle vient de la variété, c’est une femme qui a un vécu ».  Extrait de Rue 2, le titre Ghetto Club s’aventure sur des terrains habituellement peu explorés par Alibi et Salim, avec sonorités soul et ambiance festive. Dans des styles différents, Alibi a maintes fois prouvé sa capacité à se mélanger, en collaborant avec les Wampas ou avec Cindy Lopes.

 

La Fouine feat Patrick Bruel

Probablement touché dans son orgueil par les accusations lancées par Booba, La Fouine a accepté l’invitation de Patrick Bruel sur Maux d’enfants, un titre destiné à mettre en garde les jeunes pousses face aux dangers du cyber-harcèlement. Un rapprochement finalement pas si improbable, tant Laouni s’est toujours senti plutôt proche de la chanson française, reprenant par exemple à sa façon Maxime Le Forestier, Jacques Brel ou Joe Dassin

Alizée feat Oxmo

Bon, techniquement, Oxmo ne dit que deux phrases, mais ça compte quand même.

 

Rohff feat Karim Benzema

A moins de réussir à réunir Kaaris et Philippe Candeloro sur un titre, on fera difficilement plus improbable que l’association Rohff-Benzema. 4 mesures, juste le temps de comprendre que Karim est bien meilleur sur un terrain qu’en cabine, et de se rappeler que les rapprochements entre rappeurs et footballeurs produisent rarement quelque chose de constructif.

 

Doc Gyneco & Assia feat Bernard Tapie

Sur le coup, personne n’a vraiment compris ce que Nanard venait faire au volant d’une BMW en tenue de chauffeur, avec un rappeur de 21 ans sur le siège arrière. Vingt ans plus tard, C’est beau la vie est devenu un vrai classique intemporel. Sur le même album (Liaisons Dangereuses), Gynéco se lance aussi dans une jolie collaboration avec Renaud, le fameux « premier de tous les rappeurs », même si la palme de l’improbabilité revient à la fabuleuse piste 17, réunissant entre autres MC Jean Gab1 et Catherine Ringer, alors que, selon la légende, le premier était venu pour enlever et rançonner la seconde. Comme quoi, une carrière de rappeur, ça tient à peu de choses.

 

Arielle Dombasle feat Mokobé

Ici, on sort du simple domaine de l’improbabilité statistique pour entrer de plein pied dans la quatrième dimension. Techniquement, voir Mokobé se retrouver en studio avec Arielle Dombasle n’est pas plus possible que de croiser un lapin fluorescent chasser un tyrannosaure assis au volant d’une 206. Quoique, ça aurait pu être pire : imaginez les conséquences potentielles d’une rencontre Rim’K / Bernad-Henry Lévi.

 

Joeystarr et Nicoletta

Joeystarr est l’un des rappeurs français les plus ouverts aux autres genres musicaux. Proche du dancehall, du reggae, de la soul, voire même de la musique électronique, la dernière rockstar a également prouvé à plusieurs reprises son amour de la chanson française. Après avoir repris le Gare au Gorille de Brassens, puis le Métèque de Moustaki, Jaguar Gorgone a franchi le pas du featuring, en invitant Nicoletta à partager la scène avec lui le temps d’un titre émotionnellement très fort.

 

Sinik feat James Blunt

Ca semblera assez fou pour les moins de vingt ans, mais fut un temps, Sinik était quasiment le numéro 1 du rap-game français. Une puissance médiatique et commerciale qui lui permit de nommer son troisième album solo Le toit du monde, d’organiser des conférences de presse au sommet de la Tour Montparnasse, et d’inviter un James Blunt alors au sommet de sa gloire, pulvérisant des records de ventes au Royaume-Uni et écoulant des millions d’albums à travers le monde. Réactions mitigées pour ce titre : le public purement rap de l’époque est plutôt décontenancé, tandis que le grand public apprécie beaucoup et permet à Sinik de vendre quasiment 300.000 exemplaires de son album.

 

 

BONUS :

Alkpote feat Alain Barrière – Si Jolie

Techniquement, c’est juste le remix d’une vieille chanson d’Alain Barrière, mais c’est tellement beau.

 

 


Photo : Alain BENAINOUS / Getty Images

Par Genono / le 17 octobre 2016

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