Les dessins animés préférés du rap français

Par Yérim Sar / le 16 décembre 2016
Les dessins animés préférés du rap français
Contrairement à ce que l'on peut penser, les rappeurs français ont été des gosses à un moment de leur vie, et beaucoup ont réussi à garder une âme d'enfant. La preuve, dans leurs lyrics, les références aux personnages cultes de dessins animés sont innombrables.

 

Les films de gangsters, la science-fiction, les comics, le porno... Le rap s'amuse souvent à illustrer son univers en piochant allègrement dans certains registres sur petit ou grand écran. Mais il y a aussi une autre influence majeure à laquelle on ne pense pas en premier et qui est pourtant au moins aussi présente que les autres : les dessins animés.

Attention : cette sélection parle uniquement de dessins animés pour enfants donc pas de Simpsons/South Park, et pas de mangas non plus, tout simplement parce que ça mérite un article spécialement consacré tellement c'est une catégorie à part entière. C'est parti et c'est non exhaustif sinon ça ferait 100 pages.

 

L’identification

 

Outre la référence évidentes aux Tortues Ninjas on a droit à un sympa « Évry c'est Kirikou et Mowgli sur un motocross », ce qui est à peu de choses près la plus belle description de la ville juste après le mythique « ça manque de blancos » de Manuel Valls.

Plus pragmatique, Alkpote explique dans Bande de putains de sales putes qu’il est le « sosie de Gargamel », purement et simplement. A noter que cette information est à prendre avec des pincettes puisque dans le même morceau il affirme avoir « le profil à Jacques Brel ».

 

Les frangins de PNL ont développé toute une partie de leur univers avec des rapprochements, notamment avec des héros Disney comme Mowgli (Ademo a un solo qui porte carrément ce nom, et il réutilise fréquemment la comparaison, de Je vis je visser jusqu’à Da) ; même chose avec Simba dans le titre éponyme, sans oublier le fameux « je deviens méchant, pas de Jasmine pour Jaffar ». Effectivement, si l’on s’identifie au méchant de l’histoire, on n’a pas la princesse. Par contre on peut se payer un harem, mais c’est une toute autre histoire.

 

"Moi et mon joint inséparables comme Timon et Pumba"

Un éclair de Niro qui comme tout le monde a été marqué par les deux gentils persos du Roi Lion. La vraie question est : qui est Timon et qui est Pumba dans cette analogie ?

"Dans le nouveau western c’est moi Fievel", lâche Juicy P dans J'dead ça. Le nouveau western fait référence au quotidien du bonhomme, entre embrouilles, illicite et ambiance chaude. Et pour les plus jeunes d’entre nous, Fievel c’est lui.


Si après ça vous ne respectez toujours pas le rap de Grigny je sais vraiment pas ce qui vous faut... 

 

Dinos Punchlinovic se pose là également avec son "À vrai dire je la fourre à ta place, à oil-p dans la cuisine, hakuna matata". Certes, Timon et Pumba n’ont ni vêtement ni cuisine, mais s’ils avaient les deux, on peut supposer qu’ils ôteraient les premiers pour se promener dans la pièce de la maison avec le plus de nourriture au mètre carré. Mais ce serait pour la bouffe, pas pour la baise.

 

Les Tortues Ninjas ont aussi pas mal la côte, pour trois raisons : tout le monde aime les pizzas ("j'aime les pizzas comme Donatello, toujours dans de beaux tel-ho en Donatella", Butter Bullets) pizzas et ninjas ça rime bien (« des bouts de pizza qui nous rapprochent des Tortues Ninjas » Georgio ; « des robots, des ninjas, du rap et des pizzas, cowabunga ! » Casseurs Flowters), et on parle de tortues qui vivent dans les égoûts. Le rappeur français de base, très lent à sortir ses projets et évoluant dans une confidentialité totale, ne pouvait que se reconnaître : "c'est pour ceux qui s'e éfendent mais ne portent pas de coups bas que je crie mort à tout va ou cowabunga" (Katana).

Le côté bourrin de Popeye est quant à lui très apprécié par certains de nos franchouillards et ça fait chaud au coeur : "j'ai des bras de Popeye pour séduire Olive" (25G) "rien ne vaut une patate avec les poings de Popeye" (Seth Gueko)

Mention spéciale à Disiz et Orelsan qui se sont associés pour rendre un vibrant hommage au plus incompétent des superflics de notre enfance.

 

Je serai Titi, toi mon Grosminet, mon kiki sera pour ton gros minou-minou...



Au-delà du jonglage phonétique de haut vol signé Oxmo, c’est quand même atrocement dégueulasse d’associer Titi et Grosminet à un couple ayant des rapports sexuels, et juste pour ça cette rime est une des meilleures de toute la liste. En comparaison le "je course le bonheur, je fais comme Titi et Grosminet" de PNL sur Tempête est bien fade.

 

Je dois réaliser mes songes, faire kiffer la mif et les shrab donc je suis carré comme Bob l'Eponge et je suis une pince comme Mr. Krab...


 

Outre le jeu de mot sur le physique des personnages qui correspond à un trait de caractère de L.I.O, ça permet de vous faire découvrir cette première image qui répondra à la question « que donnerait Bob l’éponge dans le monde réel ».

 

 

La défiance

Même la Fée Clochette changera ap ma gueule
de Tchécoslovaque ni l'odeur de mes chaussettes
.


 

La Fée Clochette dispose en effet de pouvoirs magiques mais ils connaissent une certaine limite, ce qui explique qu’elle ne peut pas résoudre le problème du Capitaine Crochet toute seule, par exemple. Donc pour les sous-vêtements de Seth Gueko, c’est effectivement peine perdue.

 

Je suis comme Popeye sauf que la Poliakov remplace les épinards.


 

Après vérification, la technique de Hugo (TSR) marche aussi bien que celle du célèbre marin. Booba préfère s’y opposer, fidèle à son personnage : "j'ai des gros bras, la chatte à Popeye"

Le clou du spectacle : dans Bambi, un des moments les plus forts est la mort de la maman, tué par un chasseur et laisant son fils orphelin. Tous les gens regardent le film en bas âge en gardent un souvenir assez ému. Tous, sauf un : Kaaris. Qui va dans la direction opposée en toute sérénité : « dans Bambi j’étais du côté du chasseur » ; « je vais t’enterrer avec la mère à Bambi ».

Mes dialectes sont incompris, ces bâtards m'ont pris pour Taz". Bon, Taz est un diable de Tasmanie qui parle avec des onomatopées incompréhensibles, on peut donc comprendre qu’Aki La Machine prenne mal le fait qu’on les confonde, d’autant que le personnage animé est en plus vu comme un fou voire un attardé.

"Pour être le Roi de la Jungle j'tuerai pas mon frère comme Mufasa", nous apprend Niro sur Hors Catégorie, et on l’en remercie chaleureusement, la morale du Roi Lion a sans doute sauvé des vies dans la ZUP de Blois et c’est aussi ça qui fait la magie de l’esprit Disney.

 

Les clins d'oeil

Mongoldorak est un catalogue de références enfantines et l’on trouve entre autres « mes putains de zinzins de l’espace » qui sont à peu de choses près la fanbase d’Alk et il faut avouer que ça a plus de gueule que « les ratpis ». Sur Baudelaire, le rappeur dédicaçait ses proches avec d’autres termes : "c'est pour mes Tiny Toons et mes Kirikou".

 

Qui peut être plus speed que moi Kirikou ou Sonic ?


 

L’interrogation d'Ol Kainry peut décontenancer mais avouez que cette question aurait été beaucoup moins cool s’il avait dit « Flash ou Quicksilver ».

 

Pinocchio mythonne, il veut ma place et ma part.



On pourrait juger hâtivement que Rohff est parano au point d’en vouloir à un personnage de dessin animé qui ne lui a rien demandé, mais Pinocchio désigne ici l’ensemble des hypocrites que le rappeur ne va pas nommer explicitement. Donc tout va bien, la team Foolek ne va pas débarquer à Disneyland pour tabasser Mickey.

 

Je déteste ceux qui patrouillent en bleu, appelle-moi Gargamel. 


(Gringe)

Lorsqu’il a créé les Schtroumpfs en 1958, Peyo aurait-pu anticiper à quel point les rappeurs français s’en serviraient pour exprimer leur haine de la police ? On peut légitimement penser que oui.

 

Le détournement

C’est en général ce qui donne les associations d’idées les plus surprenantes.

En bonne place on trouve à nouveau Gringe qui au début d’une série d’images choc, place un magnifique « c'est comme [...] Bourriquet qui encule Winnie ». Les Casseurs Flowters : une autre façon de se servir du miel.

 

Change les Super nanas en Pussy Riot..



Il faudrait presque citer la moitié du couplet de Médine qui ne fait que jouer sur une série de déformations qui associent des figures de héros du divertissement à des réalités bien plus sérieuses. La meilleure reste celle-ci, ne serait-ce que pour le décalage comique évident entre les 3 adorables Super Nanas et les Pussy Riot.

Petite pétasse si tu me suces faut avaler le me-sper, il disparaîtra dans ta gorge aussi vite qu'on l'appellera Casper.


 

Même si la comparaison de Gradur avec le fantôme s’appuie sur la disparition rapide, il faut reconnaître que par son design, Casper a quand même une bonne tête de spermatozoïde, ce qui n’est pas forcément un reproche. Il faut aussi compter les classiques parloirs fantôme avec l’utilisation de Casper, rapidement généralisé au simple fait de ne voir absolument personne en prison, on peut entre autres citer « comment j'étais en galère quand c'était Casper qui venait me voir et qu’il me disait “wesh poto You, t'as vu dehors y'a qu'des bâtards’’ (Mister You) ou encore « seul au mitard, seul Casper avait le permis visite » (La Fouine).

 

Et puis parait que ta femme elle a tourné autant qu'la Schtroumpfette.


(SakéMarche Arrière)

A priori ça veut dire beaucoup. Dans le même genre, Lino excelle. C’est un peu l’oncle teigneux qui décide d’annoncer aux gosses que le Père Noël n’existe pas en plein dîner de famille. Sur Jardin d’enfant et Requiem, les références aux animés pour les tous petits fourmillent, mais toujours via un prisme plus noir que jamais : « le pays de Candy c’est une cave en Autriche » ; « Le manège n’a rien d’enchanté, Blanche Neige est reine de la nuit » ; « Cendrillon s’est fait la boule à la Britney Spears » ; « La Belle au bois ne dort pas, elle a fait une O.D » ; « Tom Sawyer prend un calibre, défouraille dans la classe » ; « qui c'est qui fourre la Schtroumpfette ? ; « Bambi s'est pris un coup d'pare-choc », etc.

Le seul qui est épargné reste Mowgli, effectivement ce serait un peu rude d’accabler un orphelin à moitié à poil qui est pote avec un ours et une panthère « en live de la jungle, j'écris un autre chapitre du livre à Mowgli ».

 

La dénonciation

C'est plus marginal, mais il existe également des rimes qui prennent un dessin animé ou carrément le monde de l'animation pour appuyer un coup de gueule bien précis : "ça m'choquerait pas si Marc Dorcel rachetait Walt Disney" (Orelsan), "le seul cainfri qui a la côte chez Disney, c'est Simba" (Adama de la Sexion d'Assaut), « j’ai croisé le Roi Lion dans sa savane et il n’y a que le singe qui a l’accent africain, j’ai croisé Shrek et son âne, c’est l’âne qui a l’accent antillais » (Rocé), "Dans ce monde où les ptits pensent que Michel-Ange c'est une Tortue Ninja" (Hugo du TSR Crew).

 

Enfin, parfois, les dessins animés peuvent aussi servir de réflexion sur le sens de la vie et du monde qui nous entoure, comme l'a fait Abdallah sur Attentat 4 : « que faire d'un monde où même les derniers Disney sont à chier ? »

Une bien triste perspective en effet, surtout quand on sait que La Reine des neiges a fait plus d’entrées que Les Mondes de Ralph.

Et ça c'est cadeau.

 

 



Crédit photo :   Disney Junior / Getty Images

 

 

Par Yérim Sar / le 16 décembre 2016

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