Les clips les plus fous du rap français

Par Yérim Sar / le 08 décembre 2016
Les clips les plus fous du rap français
La sortie du clip de Jul, "On m’appelle l’ovni", avec un style très spécial, a défrayé la chronique et nous donne l'occasion de nous pencher de plus près sur les vidéos les plus hors-normes que le rap français nous a offert. [pour public averti]

On a souvent tendance à reprocher aux clips de rap français de tourner en rond et de souffrir d’un manque cruel d’imagination. C’est en partie vrai, mais ce n’est pas toujours le cas, il existe des singularités complètement improbables, même si elles sont plus rares.

Nota Bene : ce n’est en aucun cas une sélection des meilleurs clips, mais simplement des plus étonnants. Certains sont ensuite devenus une norme, d’autres sont restés des exceptions. Vous l’aurez compris, il y aura forcément beaucoup de rappeurs blancs dans cet article, donc mettez vos lunettes de protection.

 

Sélection officielle

Jul -  On m'appelle l'ovni

 

Pour son clip Eurotrap, Vald avait offert à ses fans un clip sur fond vert, en leur proposant de réaliser eux-même les incrustations les plus folles (le fond vert permet beaucoup de choses à ce niveau). Un mois et demi plus tard il faut se rendre à l’évidence : les fans de Vald maîtrisant les logiciels de montage ne sont pas assez nombreux ou pas assez doués pour aboutir à un « remix clip » qui mérite sa place dans cet article. Mais l’Histoire a prouvé que tout ce que l’on attendait en terme de folie artistique sur fond vert venait d’un autre blond du rap français, situé plus au Sud. Et pas besoin de faire appel à des fans un peu perchés : toutes les idées de ce clip viennent directement de l’artiste lui-même et son équipe. 

"Il nous a contactés avec une idée méga précise de ce qu’il veut", explique Tristan Tregant, un des deux réalisateurs du clip, membre de Darkstar Films. "Il nous raconte dans le détail le synopsis de la vidéo. Quand je reçois ça, je me dis que ce n’est pas vraiment ce qu’il doit vouloir, et je réécris pas mal, une version plus simple et plus normale. Sauf que non, c’était pas du tout des paroles en l’air, il voulait vraiment ce clip là. On a tout mis en œuvre pour faire exactement ce qu’il avait dans la tête. C’est ses idées, c’est lui qui a tout imaginé, lui et ses potes en tout cas. Nous on a juste été la partie exécutive, c’est tout. On a discuté en réunion, c’est lui qui voulait aussi la référence à E.T. vu qu’il a un son qui s’appelle comme ça dans son album. On s’est mis d’accord sur le design qui ressemble plus à Paul, et qui le faisait rire. Les cases de BD étaient prévues dès le départ, ça devient un truc récurrent dans son esthétique en fait. Ça nous a fait très plaisir d’avoir quelqu’un avec un univers hyper décalé. C’est un défi pour nous, ça change. J’ai jamais eu de demande aussi barrée. Je trouve ça très bien qu’il aille à fond dans l'entertainment. En terme technique, il y a de la 3D, du dessin, de la déco… Le tournage a pris 2 jours entiers, puis 3 semaines de post-prod à temps plein pour l’animation des persos et l’intégration des dessins.

Jul  rappelle un peu Butters de South Park, pas seulement à cause de la mèche blonde et de sa gentillesse mais aussi parce que c’est quelqu’un qui finit à la longue par susciter le respect et l’affection. Dans un épisode, Butters est dans une dimension parallèle appelée Imaginationland et il est reconnu comme un créateur, c’est-à-dire quelqu’un qui a le pouvoir de bâtir à peu près ce qu’il veut à partir de son imagination dès qu’il la maîtrise. Jul est parvenu à ce stade : il s’amuse comme un fou et il n’est pas prêt de s’arrêter. Longue vie à lui.

 

Zekwe Ramos ft. Niro - Noyeux Joël 

 

Une association complètement délirante entre Zekwe Ramos et Niro où les deux artistes offrent un clip de Noël très personnel. Les rappeurs sont quasi-absents, on les retrouve juste à la fin, et les « héros » sont un père noël tordu et son nain-lutin, qui traumatisent un foyer de A à Z. Zekwe avait expliqué que tout ça lui faisait penser au film Bad Santa, tandis que Niro qui a eu l’idée du morceau, faisait référence au dernier film de la saga Friday, où « un père noël caillera partait charbonner chez les gens ».

 

Idéal J -  Hardcore

 

Bien que cette version n’ait pas résisté longtemps à la censure au profit d’une seconde mouture plus « propre » , c’est celle qui porte le mieux ce classique. Excepté quelques plans de live, la vidéo se concentre sur un enchaînement d’images réelles qui viennent illustrer très précisément chaque phrase de Kery James. Notons que c’est aussi ce clip qui a engendré le style « une phase/une séquence » qu’on retrouve bien des années plus tard avec par exemple La Vie qui va avec de Sefyu.

 

Oxmo Puccino - Black Desperado

 

Oxmo a toujours affectionné le story-teling, mais là il est allé jusqu’au bout niveau image. Son personnage de Black Desperado est incarné par le rappeur qui a sorti son plus beau déguisement de Zorro pour nous emmener dans une enquête/aventure au sein d’un décor de western, ce qui n’empêchera pas un simili-match de catch en plein milieu. Ah, et vous pouvez vous amuser à reconnaître tous les guests, des rappeurs sudistes au chanteur M.

 

Flynt feat. Orelsan - Mon pote

 

Inutile de rentrer dans les détails, il faut voir ce clip : gros, gros boulot sur les effets visuels qui parviennent à intégrer les deux rappeurs dans d’innombrables scènes cultes du cinéma et une liste de références de films qui frôle la perfection.

 

Mafia K'1 Fry - Pour Ceux

 

Une triple entrée pour ces clips qui ont chacun à leur façon développé l’idée du bordel organisé devant caméra, un style répandu dans le rap US mais qui a mis du temps à se propager en France. Si cela cela semble banal aujourd'hui, ce n'était pas du tout le cas à l'époque de leur sortie. Le premier est devenu rapidement l’hymne absolu de la Mafia K’1fry, porté par une réalisation efficace de Kourtrajmé qui nous plonge dans un rassemblement made in 94 où les rappeurs sont constamment entourés d’une foule enthousiaste. Malgré le coup des pitbulls à la fin, l’ambiance reste bon enfant et conviviale.

 

Tandem - 93 Hardcore

 

93 Hardcore lui, joue plutôt la carte de l’agressivité en cumulant les images choc (drogue, armes, coups de feu, baston...) en plus de la foule qui entoure les rappeurs, que ce soit à pied ou en bécanes.

25G et Seth Gueko - Cabochards

 

Cabochards est quant à lui la version déglinguée de la même idée : camp de gitans qui font tous des grimaces à la caméra, enfant armé, kidnappeurs cagoulés avec une jeune femme sur les épaules, et bien sûr, l’indispensable bain de 25G dans une grande cuve remplie d’eau marron. Chacun en conclura ce qu’il en voudra. Le cabochard qui fait l'outro est également un sacré spécimen.

 

Psykopat - Bad tripeuzz

 

Pour leur clip phare, le groupe Psykopat avait décidé de développer son univers et d'assumer haut et fort leur nom : plusieurs plans rappellent que la quasi-intégralité de ce qu'on voit semble appartenir à un asile psychiatrique, les rappeurs débitent leurs couplets en étant pendus, puis en camisoles, puis déguisés à moitié en clowns et à moitié en costumes d'époque, quand ils n'ont pas tout simplement le visage peint en argenté. C'était la première fois que le rap français flirtait à ce point avec le côté barjo.

 

Casseurs Flowters - La mort du disque

 

C’était dur de faire un choix entre Ils sont cools (avec l’apparition surprise de Maître Gims à la fin et la fusion Orelsinge) et celui-ci mais Orelsan et Gringe se lâchent comme jamais en déployant tous les moyens possibles et imaginables pour casser un CD : l’écraser sous un bus, tirer dessus, le tabasser à coups de masse, l’éclater en mille morceaux, le broyer, le brûler… La destruction est toujours plus inventive et hystérique au fil du clip en forme de défouloir sans limite.

 

Aelpéacha & J'L'TisméTiens moi au chaud (Remix)

 

Que dire ? Les paroles du morceau étaient déjà bien marrantes mais la vidéo sublime le tout en illustrant littéralement le fait que les 3 interprètes ont un besoin urgent de se "réchauffer" puisqu’ils se mettent en scène dans le rôle de SDF vivant dans la rue. Et comme Aelpeacha, J’L’Tismé et Supa John ne sont pas juste des obsédés, on a même droit à une interlude en forme d’intervention d’Augustin Legrand, porte-parole de l’association Les Enfants de Don Quichotte qui défend les droits des SDF et avait notamment été à l’origine de l’occupation du Canal Saint-Martin.

 

Taïpan - Plus rien à foutre


Fidèle à son univers qui fait la part belle au second degré, Taipan a livré un clip en accord avec son morceau où le « twist » fait comprendre que s’il n’a « plus rien à foutre » de tous les problèmes qu’il énumère, c’est avant tout parce qu’il vient de se faire sucer. Et parce qu’il faut faire de nouvelles expériences dans la vie, c’est un poisson qui vient remplacer les deux premières filles au dernier refrain. N’essayez pas de reproduire ça chez vous, on ne joue pas avec la nourriture.

Beaucoup de gens ont d’ailleurs cru qu’il s’agissait de la seule fois où un rappeur français s’offrait une scène de fellation en plein clip mais il faut rappeler quAlkpote était déjà passé par là.

 

Fuzati - La femme de fer

 

On découvre ici Fuzati dans des activités toutes plus idiotes les unes que les autres étant donné le handicap de sa compagne fictive : une partie de cache-cache, du tennis… Tout est filmé comme un clip de rap lover traditionnel mais le fauteuil roulant apporte fatalement une dimension d’humour noir assez tordue. En plus à un moment James Delleck joue du tambourin et ça, ça n’a pas de prix.

 

Vîrus - Faites entrer l'accusé

 

Le vidéaste Tcho Antidote a toujours été à l’aise avec les univers les plus sombres, et il a fait du sur-mesure pour Casey avec Apprends à te taire où chaque couplet est ponctué par l’agression et/ou l’enlèvement d’un archétype insupportable que la rappeuse vient de décrire (rappeur qui se prend pour un gangster, chanteuse RnB sans talent, chanteur qui se la joue poète) et chacun finit plus ou moins entre les mains d'un chirurgien fou furieux, qui finira par s'attaquer à sa propre infirmière parce que le hiphop c'est aussi le partage. Vient ensuite Snuff Muzik de B.James, où l’on voit le rappeur du point de vue de la victime qu’il a séquestrée avant de la faire mourir lentement.

Mais dans cette catégorie, le plus efficace est en fait le moins démonstratif puisqu’il s’agit de Vîrus, qui nous plonge dans le quotidien d’un tueur en série qu’on suit dans ses bonnes œuvres du début à la fin. Du coup, l’unique et courte apparition du rappeur qui passe sa tête par la fenêtre du serial killer en mangeant des chips et lâche un nonchalant «  ça va m’sieur ? » avant de partir tranquillou est carrément hilarant. Ou c’est peut-être moi qui suis atteint.

 

AlKPote et 25G - Y'a pas d'heure

 

Les clips d’Alkpote sont rarement décevants dans la mesure où même quand ils sont nuls ou bâclés, on a toujours droit à au moins un grand moment de n’importe quoi généralisé qui arrache un sourire à certains et une grimace de consternation à d’autres. Y’a pas d’heure enchaîne ce genre de moments : quand le rappeur d’Evry est déguisé en chef cuisinier, quand il rappe avec un poulet à la main, quand il désigne la seule fille présente pour illustrer son « même les grosses putes des bois », quand 25G entreprend de cuire de la volaille  en utilisant un lance-flammes improvisé (déodorant + briquet), quand les potes de 25G (ça inclut le cinglé de l'outro de Cabochard) se renversent de la nourriture sur la tête et le torse, etc.

 

Vald - Selfie #2

Il y avait l’embarras du choix avec Vald mais la version 2 de Selfie (la 1ère version étant tout public et la 3e version totalement pornographique) se pose là par son caractère érotique puisque le rappeur chantonne ses couplets juste à côté d’une scène de baise entre Ian Scott et Nikita Belluci. C’est tout, mais ça suffit.

 

La Caution -  Bâtards de Barbares

 

En réalité, ce n’est pas un « vrai » clip de La Caution dans le sens où Hi-Tekk joue un rôle : celui du rappeur leader d’un crew fictif nommé Sheitan (le morceau était utilisé dans le film du même nom), défini comme un groupe musical terroriste sans morale ni cause. Du coup, tout relève de la violence gratuite et de l’enchaînement absurde : des gens tabassés au hasard sans raison, un égorgement, un innocent brûlé vif, des prostituées d’un certain âge, des nains, des danseurs armés...

 

Hors compétition

Alkpote & Butter Bullets ft. Hamza & Jok'Air - Ténébreuse musique 

 

Pour marquer la sortie du projet Ténébreuse Musique, Alkpote et Butter Bullets ont balancé un objet visuel non identifié en cadeau aux fans qui avaient financé le projet : une longue vidéo de 25 minutes mélangeant clips, moments de vie (ça boit, fume, mange, et pose devant des paysages ou une casse de voitures, chacun ses loisirs) et qui nous a surtout offert ce superbe regard caméra d’Al K à 3’40.

 

Daims Lazamah, Molokost, Jojo Rina, Huso - La Daberie n'est jamais finie

 

Là c’est un peu spécial. Tout dans ce clip est conforme aux codes actuels en vigueur : un noir aux cheveux rouges qui crie torse nu, un refrain qui parle de dab, des plans rapprochés qui s’enchaînent en suivant parfaitement le beat trap… Sauf que tout est, volontairement ou non, exacerbé jusqu’à devenir absurde. Avant même que la musique commence, un des rappeurs insultent la caméra sans qu’on sache pourquoi ; personne ne dab réellement dans la vidéo ; Daims Lazamah (la véritable star de ce clip, ne nous le cachons pas) pète la branche d’un arbre et quelques plans plus tard on le voit clairement enlever sa ceinture dans l’unique but de fouetter le sol. Pour finir, je suis à peu près sûr de l’avoir vu bousculer des petits à l’arrière-plan à un moment. De l’énergie pure, et un potentiel comique indéniable.

 

Mentions Spéciales

Booba ft. Nessbeal - Baby 

 

Même principe que Pour Ceux : le concept est loin d’être nouveau, mais Booba est le premier à l’imposer au grand public français. Concrètement filmer des jolies filles dénudées en gros plan se fait depuis la nuit des temps outre-atlantique mais en France on restait assez sages, jusqu’à ce que cette vidéo arrive. Détail amusant, le mec qui l’a rippée depuis sa télé a livré une version avec le son décalée, et c’est cette version qui a le plus tourné sur le net.

Baby, le Pour Ceux de Booba ? Assurément.

 

Dadoo - Sales gosses

 

A la différence de J’pète les plombs, Gomez et Tavarez ou encore Docteur Hannibal, Dadoo a joué la carte de l’humour sans spécialement parler à travers un personnage fictif, tout en s’illustrant dans un clip avec des guests sympathiques. Et une vidéo qui se termine par Dieudonné qui menace Jamel Debbouze dans une scène hilarante aura toujours un je-ne-sais-quoi qui nous rend nostalgique.

 

IAM - Coupe le cake

 

Les membres du groupe ont expliqué à maintes reprises s’être éclatés comme jamais dans cette vidéo qui mêle déguisements en tout genre, animation, montage très décalé etc, et même si le côté too much peut refroidir, quelque part c’est respectable de rester jeune dans sa tête au-delà d’un certain âge. Et en termes d'esthétique qu'on le veuille ou non, dans cette liste c'est le clip qui se rapproche le plus de celui de Jul. La filiation du rap marseillais est là.

 

Experty - Haut dans le ciel

 

Parce que la drogue. Octobre Rouge est de la partie également avec Weekend à Meuda.

 

L.O.A.S - Lady Gaga

 

Il doit y avoir un truc avec Marseille qui attire les blagueurs, parce qu’après Alonzo et L’Algérino qui ont joué sur cet aspect dans les clips Alors on sort (où les kalachnikovs étaient en fait des pistolets à eau) et Tireur de coup franc (qui mettait en scène des canulars de rue avec Rémi Gaillard en guest à la fin), c’est LOAS qui a décidé de tourner un clip dans la ville sur le mode Jackass total, en allant un peu voire beaucoup plus loin. Déjà la vidéo est tournée en mode réaliste, et le niveau des farces va crescendo : d’abord des gens aspergés de peinture ou d’autres substances non identifiées, puis le rappeur agresse son caméraman, puis une femme, avant de se faire sauter. Le côté MacGyver dégénéré (on voit LOAS bricoler et souder ses « armes » en début de clip, puis il a une caméra fixée sur son casque) fonctionne à plein.

 

MZ - Jour de l'hanw

 

La MZ a pris intelligemment le contrepied de son propre cliché, à savoir des rappeurs souvent portés sur l’egotrip, avec toute l’imagerie filles/drogue/soirées que ça implique. Sauf que dans Aime cette musique et Jour de l’hanw, plutôt que de rapper eux-même leurs lyrics face à la caméra, ils ont laissé la place à un groupe d’ados blancs plutôt typés jeunesse dorée, ce qui apporte un décalage très inattendu et plutôt bienvenu, d’autant que la version Tipp-Ex de la MZ met du cœur à l’ouvrage.

 


Crédit photo : Casseurs Flowters

 

Par Yérim Sar / le 08 décembre 2016

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