LeBron James & Colin Kaepernick – le sport et la politique

/ le 14 septembre 2018
LeBron James & Colin Kaepernick – le sport et la politique
Après la campagne à la résonnance internationale de Nike, Colin Kaepernick est devenu un véritable symbole. De son côté, LeBron James a plus que jamais dépassé le cadre de son sport.

Commençons par une citation de Draymond Green au sujet de LeBron James, datant d’août dernier : « Je pense que Bron, au cours des quatre dernières années, est devenu LeBron James. Et ce n’était pas une question de gagner, et ce n’était pas une question de statistiques. Il s'est trouvé. Les gens ne le voyaient pas comme ils le voient maintenant jusqu'à ce qu'il devienne cette force. Cet homme qui dit : ‘Je suis là’. J'ai l'impression que pendant des années, il a évité de dire : ‘Je suis là’. Et quand il a commencé à dire : ‘Allez vous faire foutre, je suis ici.’ C'est là qu'il est devenu qui il est, et personne ne l'aurait jamais dit avant qu’il ne le fasse lui-même. » Venant de l’un des plus grands rivaux du King cette déclaration force le respect et montre bien ce que James est devenu ces dernières années. De figure de la NBA, il s’est transformé en figure du sport mondial. Il est même, excusé du peu, l’une des personnalités les plus influentes au monde selon Time Magazine. Enfin, James est le seul à pouvoir disputer à Jordan le statut de G.O.A.T (NDLA - Greatest of All Time, le meilleur de tous les temps).

Ce statut de G.O.A.T passe évidemment par l’impact culturel. Éloigné des questions politiques comme beaucoup de sportifs, Jordan cimenta son héritage sur les terrains, avec le film Space Jam et ses sneakers. Si LeBron James a signé un contrat à vie avec Nike, à hauteur d’un milliard de dollars, il se sert de sa position pour inspirer et s’exprimer politiquement. Par exemple, il est un fervent opposant de Donald Trump. Pour un sportif avec des contrats de sponsoring colossaux (52 millions de dollars en 2017), ce n’est pas rien. C’est notamment pour cette raison que les athlètes s’aventurent très rarement de ce côté.

 

LeBron James opposant à Donald Trump

En septembre dernier, lorsque le Président des États-Unis retira l'invitation à la Maison-Blanche pour Curry, James prit la défense de son rival et interpella Trump : « Idiot ! Stephen Curry a déjà dit qu'il ne venait pas ! Donc, pas d'invitation. Aller à la Maison-Blanche était un grand honneur jusqu'à ce que vous y soyez. » Ce tweet suscita d’immenses réactions et fut retweeté 640 000 fois. En 2017, sa maison californienne était vandalisée avec des inscriptions racistes. Interrogé sur cet acte, LeBron James ne reculait pas : « Peu importe combien d’argent vous avez, peu importe votre renommée, peu importe le nombre de personnes qui vous admirent, être noir en Amérique est difficile. Et nous avons un long chemin à parcourir en tant que société et pour nous, en tant qu’Afro-Américains, jusqu’à ce que nous nous sentions égaux en Amérique. »

Réitérant ses critiques à l’encontre de Donald Trump, James voit les soutiens du Président s’exprimer. En février dernier, la journaliste Laura Ingraham, voyant le joueur dépasser le cadre de son sport, lui conseilla de « se taire et dribbler ». Elle n'était pas intéressée par les avis politiques de « quelqu'un qui est payé 100 millions de dollars par an pour faire rebondir une balle ». Plus de 6 mois après, non seulement James n’a pas arrêté de s’exprimer, mais il va produire un documentaire intitulé « Tais-toi et dribble ». De plus, et pour bien enfoncer le clou sur ses prises de position, le King a développé un slogan, qui résume son état d’esprit : « More Than An Athlete » (NDLA – Plus qu’un athlète).

À 34 ans, celui qui avait publiquement soutenu Hillary Clinton lors des dernières élections présidentielles est déterminé à poursuivre dans cette voie : « Je veux la satisfaction. Pas pour moi, mais pour tout le monde. J'ai été élevé par Snoop, Tupac, Jay-Z et Biggie, et maintenant j'ai l'occasion d'être l'inspiration pour ces enfants ? Et pour moi, rester assis à ne rien dire, comme beaucoup de mes pairs. Ça ne semblait pas juste. Quand j'ai décidé que je devais commencer à parler et à ne pas me préoccuper des réactions ou si cela me touchait, tout mon état d'esprit était que ce n’est pas à propos de moi. Ma popularité a diminué. Mais au bout du compte, ma vérité qui touche tant d’enfants et de personnes différentes était plus importante que ma personne. »


Colin Kaepernick, une carrière singulière

Meilleur joueur de basket-ball de la planète, LeBron James a donc pris ses responsabilités pour devenir « plus » qu’un sportif. En NFL, la ligue de football américain, c’est Colin Kaepernick qui a décidé de s’aventurer sur ce terrain. 2 ans après ses protestations pacifiques, le quarterback n’a pas d’équipe. Pourtant, il est de nouveau sur le devant de la scène ces derniers jours… grâce à Nike.

 

Crois-en quelque chose, même si cela signifie tout sacrifier.  - Colin Kaepernick


 

Sélectionné en 2011 par les San Francisco 49ers, Colin Kaepernick passait titulaire au cours de la saison 2012. Avec sa franchise, il disputa le Super Bowl la même saison, pour une défaite. Parti pour être la nouvelle superstar de la ligue, il signa une très juteuse extension de 6 ans et 126 millions de dollars en 2014. Ambassadeur Beats, il semblait que le joueur allait devenir l'un des visages de la ligue. Malheureusement pour lui, ses performances et celles de sa franchise furent bien moins étincelantes les années suivantes. En 2015, il perdit même son statut de titulaire en cours de saison. C’est lors de l’exercice 2016 que « l’affaire Kaepernick » éclata. Lors de la présaison, le quarterback était vu en train de s'asseoir pendant l'hymne national américain. Interrogé sur ce point ô combien épineux, Kap ne se cachait pas :

Je ne vais pas me lever pour montrer de la fierté à un drapeau pour un pays qui opprime les noirs et les gens de couleur. Pour moi, c'est plus grand que le football et ce serait égoïste de ma part de regarder de l'autre côté. Il y a des cadavres dans la rue et des gens payés pour ne pas punir les meurtres. 


 

Kaepernick et LeBron : deux manières de s’exprimer

Alors que les violences policières et les morts successives de Trayvon Martin et Eric Garner restaient (et restent) des plaies béantes pour la communauté afro-américaine, ces protestations pacifiques divisaient le pays. Sport roi aux États-Unis, le football américain se retrouvait au cœur de la question des communautés. Au contraire d’un LeBron James, Colin Kaepernick n’avait aucun soutien parmi les personnalités qui comptent dans sa ligue. Par exemple, lorsque Donald Trump tweeta : « LeBron James vient d'être interviewé par l'homme le plus stupide de la télévision, Don Lemon. Il a fait paraître LeBron comme intelligent, ce qui n’est pas facile à faire. J'aime Mike ! », c’est toute la ligue de basket-ball qui arriva à sa rescousse. La propriétaire des Lakers, le Commissaire de la NBA, Michael Jordan et même Melania Trump apportaient leur soutien au King !

Toutefois, à la différence de James qui se concentre sur des déclarations, Colin Kaepernick s’exprime par des actes. Pour une partie des Américains, cela est vu comme une véritable provocation. Face au véritable « backlash » qui accompagna chacun des hymnes des 49ers lors de la saison 2016, les franchises ne prirent aucun risque. Ainsi, malgré des qualités sportives évidentes, Kaepernick n’a plus d’équipe depuis la fin de saison 2016. Face à cela, le joueur a donc décidé d'attaquer la ligue en justice pour collusion ! Désormais, il reste à savoir si les équipes se sont mises d'accord pour volontairement écarter le joueur. En effet, sans ce statut de NFLer, cela devient bien plus difficile d'avoir une plateforme pour s'exprimer.

 

Un choix gagnant pour Nike

Alors que l’on pensait Kaepernick condamné à œuvrer en coulisse, Nike a replacé le joueur sur le devant de la scène. Figure de proue de la campagne célébrant les 30 ans du « Just Do It » et intitulée « Dream Crazy », Kap a à nouveau généré énormément de réactions. Narrateur dans cette campagne mettant notamment en avant James, il a ces mots pour le King : « ne deviens pas le meilleur joueur de basket-ball de la planète, deviens plus grand que le basket-ball. » De la NFL à Donald Trump, tous donnaient leur avis. Cette campagne et la présence du quarterback ont même suscité un appel au boycott. Un appel qui n'a pas été suivi par les consommateurs. En effet, les ventes en ligne de Nike ont bondi de 31% par rapport au Labor Day de 2017. De même, le cours de l’action qui avait légèrement baissé après la diffusion de la campagne a repris son niveau quelques jours plus tard. Comme quoi, mêler sport et politique peut avoir du bon.

 


Crédit photo : Jason Miller, Matt Winkelmeyer / Getty 

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