Le web français peut-il freiner le jihad ?

Par Augustin Arrivé / le 09 juillet 2014
Le gouvernement rêve de freiner le jihad
Blocage de sites web, coopération internationale, sanctions renforcées. Bernard Cazeneuve présentait ce mercredi en conseil des ministres un arsenal de mesures pour lutter contre les appels au jihad sur Internet. Un objectif probablement vain.

 

Le jihadisme ne passera pas ! Bernard Cazeneuve veille au grain. Les explications d'Augustin Arrivé :

 

"Nous avons des groupes qui s'organisent à travers la diffusion de vidéos ou de photos sur Internet pour recruter. Je souhaite que nous bloquions ces sites dont nous savons qu'ils véhiculent l'incitation à la haine et au terrorisme." Bernard Cazeneuve, invité ce mercredi matin chez nos confrères de France Info, semblait sûr de son fait. Mais si le projet de loi, qu'il présentait dans la foulée en Conseil des ministres, prévoit des mesures pratiques contre les aspirants jihadistes (interdiction de sortie du territoire, par exemple), son volet numérique semble, lui, un peu bancal.

 

 

Les tentatives, en 2010, visant à éradiquer Wikileaks de la sphère Internet ont prouvé qu'on ne bloquait pas un site en un tournemain. En quelques minutes, des copies-conformes sont créées, hébergées sur des serveurs étrangers, inatteignables par la loi française. Sauf que cette fois, le gouvernement ne fait pas semblant de ne pas être au courant, et il ne compte pas agir seul. Les vingt-sept autres pays de l'Union Européenne doivent se prononcer d'ici la fin de l'automne après avoir consulté leurs opérateurs Internet respectifs. Et le ministre de l'Intérieur français espère la collaboration des Etats-Unis.

"Le gouvernement parle d'une situation qui était celle d'il y a dix ans." David Thomson, journaliste pour RFI et auteur du livre Les Français jihadistes, est pessimiste. "La prédication jihadiste ne se déroule plus sur des forums jihadistes, mais sur twitter, instagram, ask.fm... On ne peut pas interdire ces réseaux sociaux." Effectivement, il faudrait se lever tôt.

 

 

La fermeture de sites web pose, en plus, la question de la liberté d'expression. Certains craignent que ce soit la porte ouverte à une censure arbitraire et que la frontière entre ce qui est autorisé et ce qui ne l'est pas soit particulièrement poreuse. Ces arguments reviennent régulièrement, déjà avancés lors de l'examen de la loi LOPPSI II (un volet visait le blocage des sites pédo-pornographiques). Bref : la Syrie a encore le temps de former quelques soldats.

Seule mesure concrête et simple portée par ce texte de loi : des sanctions alourdies lorsque la propagande se déroule sur Internet. Ce délit serait plus sévérement puni qu'une incitation à la haine "à l'ancienne", dans les pages d'un journal papier.

 

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Photo de couverture : Cc FlickR James Gordon Losangeles

 

Par Augustin Arrivé / le 09 juillet 2014

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