Le Top Mouv' des plus gros hits 2015 en Afrique

Par Narjes Bahhar / le 28 décembre 2015
Le Top Mouv' des plus gros hits 2015 en Afrique
Des musiques, des hits, des danses et des tendances qui ont fait bouger les foules, résonner les caisses, tortiller des fesses sur les dancefloors d'Abidjan à Johannesburg. Et qui ont même fait du bruit ici ! Mouv' vous raconte l'Afrique comme elle a vibré cette année...

...Même si, le meilleur indicateur pour savoir quels sont les titres qui ont buzzé reste, chose qui peut nous paraître très étrange, les vidéos de danse des mariages africains

 

NIGERIA – P-Square, roi de la pop africaine & la suprématie de la musique Naija

 

Le duo figure dans le top 3 des artistes africains les plus riches en 2015 du magazine Forbes. Sa musique inonde les ondes, il enchaîne les hits et les collaborations. Sur la seule année 2015, on l'a entendu aux côtés du congolais Awilo Longomba, du rappeur français Mokobé et de son compatriote Flavour sur Sexy Rosey. Alors avec lui on pourrait presque utiliser le hashtag #Psquarepartout pour le présenter.

La force de P-Square, c'est sa capacité à rester en haut de l'affiche et,  surtout à produire des hits depuis plus d'une dizaine d'années. Dans sa discographie : Taste The Money, Alingo, Personnally, Shekini. Quatre titres qui suffisent à eux seuls réunis à dépasser très largement les 100 millions de clics. Mais la liste des tubes estampillés P-Square ne s'arrête pas là.

En France c'est d'ailleurs avec leur premier gros succès international E No Easy sorti en 2009, et surtout le remix enregistré trois ans plus tard avec Matt Houston, que les jumeaux se font connaître. A cette époque Paul Okoyé et son frère Peter sont déjà parmi les personnalités les plus bankables en Afrique. Leur trois premiers albums sont tous disques de platine au Nigéria. On raconte même que le quatrième, «Danger» - sur lequel on retrouve justement ce titre E No Easy - s'est vendu à un million d'exemplaires en seulement 4 jours.

 

Mais l'histoire de P-Square c'est bien plus que celle d'une usine à tubes. Avec D'Banj, Flavour, Bracket et les autres ils ont contribué à installer la suprématie d'un genre appelé aujourd'hui Naija – en gros, tout ce qui sonne Hip Hop/RNB avec une touche Afropop, Highlife, Jùjú... Et depuis 1970, Fela Kuti et son Afro Beat, les artistes nigérians avaient eu bien du mal à faire rayonner leur pays au rang d'industrie qui domine la pop culture ; de nation qui transforme considérablement les modes.

Et sans  P-Square, le tout jeune MHD ne ferait certainement pas de l'Afro Trap en France aujourd'hui...

 

Mention spéciale : Davido, Wizkid, le producteur Don Jazzy, Yemi Yalade et Tiwa Savage

Le tout jeune Davido, 23 ans, enchaîne les succès depuis 2012 et son Dami Duro. Il a même gagné un prix aux BET Awards en 2014 avec Aye et enregistré un morceau avec le rappeur et petit copain de Nicki Minaj, Meek Mill, cette année.

Le nom de Wizkid a quant à lui été sur toutes les lèvres et ce, surtout grâce à son remix de Ojuelegba où l'on retrouve Drake et l'anglais Skepta à ses côtés. C'est d'ailleurs grâce à ce dernier et leur adorable bromance que le rappeur canadien entend pour la première fois la version originale de ce titre. 

Don Jazzy, c'est un peu le Timbaland ou le Dr Dre de la musique nigériane. Il est à l'origine du hit planétaire de D'Banj, Oliver Twist.  Signé un temps sur le label de Kanye West, G.O.O.D Music, il est même crédité sur son titre Lift Off sorti sur Watch The Throne en 2011. Numéro 2 des artistes africains les plus riches en 2015 (derrière Akon), Il est aujourd'hui à la tête d'un empire avec son label Marvin Records.

Tiwa Savage est d'ailleurs l'une de ses artistes. La chanteuse de 35 ans fait aujourd'hui partie des voix féminines les plus puissantes de la Pop Africaine. Mais celle que l'on connaît surtout en France c'est Yemi Alade et ce, depuis la sortie de son hit planétaire Johnny en 2014 extrait de son premier album King Of Queens.

 

 

RDC – Le Ndombolo, Koffi Olomidé, Fally Ipupa & Fabregas

 

Décembre 2014, Fabregas arrive avec Mascara.  La vidéo est tournée lors d'une teuf comme toutes celles qui se déroulent des deux côtés des rives du fleuve Congo. Fabregas se présente dans son Dashiki, chemise traditionnelle sans artifice, grosse caisses ou signes ostentatoires de richesse. Cinq minutes et trente-cinq secondes de musique où ce qui compte c'est la danse. Ici elle s'appelle le Ya Mado et devient très vite la nouvelle chorégraphie à exécuter. Et l'engouement est tel que le même le Dashiki se retrouve rebaptisé Ya Mado au Congo.

Et avec ce titre, Fabregas fait aussi bouger le grand Mopao (patron en Lingala) de la musique congolaise – qui n'est autre que son producteur, Koffi Olomidé.

Lui a d'ailleurs signé l'une des chansons les plus populaires de cette fin d' année Selfie au mois de novembre. Mais bien avant ce tube et son Ekotite qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux – repris par le footballeur Didier Drogba ou le chanteur Matt Pokora - Koffi a fait partie de ceux qui ont rendu célèbre cette musique, le Ndombolo.

Ici encore, il s'agissait au départ d'une danse. On dit qu'elle fut inventée par les enfants des rues, les chegués de Kinshasa avant que toute une génération d'artistes zairos ne surfent sur cette nouvelle vague en musique.

 

Et Fally Ipupa en est l'un des visages les plus populaires chez les jeunes aujourd'hui. Lui a d'ailleurs fait ses classes chez Koffi au sein de son groupe Quartier Latin. Dicap La Merveille - c'est comme ça qu'il aime qu'on l'appelle - est sans doute celui qui a le mieux réussi à donner une couleur Hip Hop, à cette Rumba née en terre de sapologie.

Un peu plus dans la musique - comme sur Sweet Life ou avec ce gimmick «hustler » qu'il balance souvent et qui rappelle même à un certain Rick Ross - mais aussi dans l'attitude et le style.

Il n'est bien entendu pas le seul ou le premier lorsqu'il s'agit des looks. Mais beaucoup ont déjà oublié que les chanteurs d'Extra Musica arboraient leurs plus belles tenues H.I .P. - maillots Fubu et Do-rag sur la tête - dans la vidéo d'Etat Major en 1998 ou les looks de Papa Wemba et Koffi Olomidé dans Wake Up sorti en 1996.

On en parle aussi : Youssoupha et son boys band Bana C4 qui ont surfé sur la mode Ya Mado avec le titre Dokoloss

 

 

ANGOLA - la Kizomba & C4 Pedro

 

C4 Pedro s'est lancé dans la musique avec son frère Lil Saint en Belgique lorsqu'il y vivait. Et puis au bout d'une dizaine d'années, il a décidé de rentrer en Angola le pays de la Kizomba pour y faire carrière.

C'était en 2009. Le chanteur Axel Tony n'avait pas encore sorti son Pause kizomba qui allait encore un peu plus populariser le style ici. Mais le genre faisait déjà de nombreux adeptes sur les pistes de danse. Car la Kizomba c'est au départ une fête comme son nom l'indique en Kimbundu, l'une des langues parlées en Angola. Des mouvements donc et des corps qui se pressent sur des chansons aux paroles plutôt légères.

Pour la petite histoire, les premières Kizomba se donnent en Angola en pleine période d'accalmie pendant la guerre civile dans les années 90. Alors à cette époque, il s'agit avant tout de créer une parenthèse, douce et festive, avec une musique qui se danse bien plus qu'elle ne s'écoute.

Et la Kizomba est devenue un genre très populaire dans tous les pays lusophones avec ses classiques et ses têtes d'affiches. C4 Pedro est l'une d'elles aujourd'hui.

En septembre dernier, il a sorti son second album King Ckwa. Un projet porté par des titres comme Tu És a Mulher et Muita Areia l'on retrouve par exemple le français Kaysha, artiste star en Afrique, et le faiseur de hits sud-africain Dj Maphorisa.

Plus de Kizomba : Boy Teddy, Landrick, Jey V et Yuri Da Cunha. Lui est entre autres connu pour avoir signé l'un des plus gros tubes de l'année 2013 Atchu Tchutcha très vite devenu populaire en Afrique du Sud grâce à cette reprise de Maphorisa et son groupe Uhuru.

 

On regrettera toutefois la version édulcorée du Bela du groupe Os Detroia sorti en mars dernier sous la formule en français  Tu sais pas danser.

 

 

TANZANIE - La Bongo Flava & Dimanond Platnumz


Diamond Platnumz est aujourd'hui le chef de file de la Bongo Flava. Chez lui, c'est comme ça que l'on appelle le Hip Hop/RNB, genre qui s'est développé à partir des années 90 dans ce pays tropical de l'Afrique de l'Est.

Et Bongo, c'est pour le mot cerveau en Swahili. Mais c'est aussi pour le surnom de cette ville, berceau du genre, Dar-es-Salaam. Là-bas, passés les premiers raps posés sur des instrus à la Vanilla Ice, on a très vite cherché à faire une musique qui avait cette « flava », cette touche en anglais, pas tout à fait la même qu'ailleurs.

Car la Tanzanie, c'est entre autres le pays du Taarab. Une style d'abord chanté en arabe sous l'influence de l'Egypte devenu un genre majeur de la culture swahili (que l'on retrouve également au Kenya et au Zanzibar). La rythmique est aujourd'hui plus moderne mais il suffit d'écouter un titre comme le Nasema Nawe de Diamond pour l'entendre, la Bongo Flava est ancrée dans les traditions musicales de la Tanzanie.

 

Et cette musique est à présent la plus populaire chez les jeunes du pays. Elle est celle qui raconte leur quotidien, celle qui dépasse même les frontières par sa popularité et ses projets. Diamond Platnumz a par exemple enregistré un remix de son Number One - qui l'a révélé au public en 2013 - avec Davido.

Plus de Bongo Flava : dans sa quête vers les sommets, Diamond a ouvert la voie à d'autres artistes tanzaniens. Parmi eux : Vanessa Mdee, Ali Kiba, Ruby ou Shetta dont la popularité ne cesse d'augmenter.

 

 

Cameroun – le Bikutsi, le Parler-caler, Franko et Jovi


Le Bikutsi a été l'une des musiques les plus populaires du pays jusque dans les années 2000. Et puis face à la montée en puissance des Nigérians ou du coupé-décalé de Côté d'Ivoire, il s'est quelque peu fait oublier.

Mais vers 2010, une vague d'artistes a redonné une impulsion au genre qui s'est depuis largement féminisé. Elles s'appellent Lady Ponce, Coco Argentée ou Mani Bella. Elles tiennent aujourd'hui les rênes de ce mouvement qu'elles ont dépoussiéré.

Les productions se sont modernisées. Dans leur Bikutsi, on entend du Rock, du RNB, de la Pop et bien entendu ce jeu à la guitare électrique – signe distinctif du genre depuis son introduction par Jean-Marie Ahanda et son groupe les Têtes Brulées dans les années 80 au profit du balafon.

Mais les Bikutsi girls ont toutefois gardé l'essence même de ce que leur grande sœur K-Tino (surnommée un temps "le fantasme du peuple" avant de troquer ses tenues déshabillées contre un chapelet ) avait largement contribué à populariser il y a une vingtaine d'années : des chansons aux danses très suggestives et aux paroles plutôt coquines qui racontent l'amour.

Et depuis, même la star du coupé-décalé, Bebi Philip s'y est mis, avec le titre Mamalôko notamment.

 

 

S'il y a bien un artiste camerounais qui a beaucoup fait parler de lui depuis cet été, c'est Franko, 28 ans, et son Coller La Petite (plus de 9 millions de vues sur youtube).

Avec ce titre Franko devient rapidement un phénomène sur les réseaux sociaux. Pit Bacardi, va même jusqu'à annoncer qu'il vient de signer "le titre africain de l'année".

Mais un autre fait marquant va faire de Coller La Petite un sujet d'actualité. Début novembre, le morceau jugé contraire aux bonnes mœurs est censuré au Cameroun. Il est interdit de vendre, de promouvoir ou de diffuser cette invitation à la fête où l'artiste s'amuse à expliquer qu'il est bon de se laisser aller en soirée :

«Choisis ton couloir
Pour ne pas dire choisi ta petite.
Mange-la avec appétit
Et surtout montre-lui  que tu n'es pas un petit.
Ne lui donne pas le lait hein.
Aujourd'hui c'est la finale.
Mais avant de la coller
Attends d'abord mon signal»

Les paroles sont certes très explicites mais cette interdiction sonne comme un comble au paradis de la chanson grivoise. Franko n'est d'ailleurs pas le seul artiste africain à avoir été victime des foudres des censeurs . Cette année, la RDC a réservé le même traitement à Fabregas. Son titre Mascara et sa danse le Ya Mado, jugée trop obscène, ont été interdit. Difficile toutefois de contenir  l'engouement grandissant dans un monde où les tendances se dessinent au rythme du nombre de clics.

Surtout qu'avec Franko, s'annonce aussi le début d'un nouveau joyeux bordel : le mouvement  parler-caler. Le principe est simple on raconte la vie courante sur le ton du langage parlé en se calant sur la rythmique. Et même si ça n'a pas l'air bien différent de ce que l'on fait en Côte d'Ivoire - et que Maahlox le dit lui-même dans sa chanson quand il s'agit de faire la fête, de danser : «ça sort, comme ça sort» - l'idée reste toutefois de réussir à se différencier. Car comme le dit si bien le rappeur Jovi : «En Côte d'Ivoire on coupe on décale/Ici c'est le Mboa, ici on pédale»

 

En assenant ces mots dès les dix premières secondes de son titre avec beaucoup d'arrogance, Jovi veut lui aussi poser le décor. Il rappe le 237, le Cameroun omniprésent dans l'imaginaire qu'il véhicule. Il est dans le titre de cette chanson Zélé, référence à Zélé le bombardier, grande figure du Bikutsi qui a par ailleurs rendu célèbre la danse du pédalé dans les années 90. Il est dans ce choix d'un rap en pidgin camerounais, anglais et français à l'image de la diversité linguistique du pays. Il est sur ces vêtements qu'il arbore fièrement. Jovi est en campagne et compte bien faire peser le rap camerounais.

A suivre en 2016 : le chanteur d'Afropop Magasco signé sur le label de Pit Bacardi. On l'a découvert avec Dosseh sur Oublier et vient de sortir un E.P, «Raw Gold» lancé avec le titre Wule Bang Bang

 

 

OUGANDA - Eddie Kenzo où l'histoire conte de fées

 

Eddie Kenzo est le premier ougandais à avoir remporter une récompense aux BET Awards en 2015.

Mais bien avant cette récompense, qui lui a valu d'être accueilli en véritable héros dans son pays, le chanteur s'était fait connaître avec Sitya Loss, un titre qui fait référence à sa propre histoire. 

Car rien ne le destinait au départ à devenir une star de la chanson. A quatre ans Eddie perd sa mère et se retrouve orphelin n'ayant pas de père. Commence alors une vie de débrouille. Il est un enfant des rues, de ceux qui vendent de l'eau et des sodas en se rêvant des jours meilleurs.

Sa première porte de sortie, il la trouve grâce au football qui lui permet d'obtenir une bourse, de poursuivre ses études, de sortir de la rue. Et puis vers 2007, il se lance dans la chanson, décroche ses premiers succès avec des titres comme  Yanimba (2008) ou Kamunguluze (2013) jusqu'à ce titre Sitya Loss.

 

Nous sommes en 2014. Le monde découvre alors ces enfants du ghetto qui se lancent dans des chorégraphies folles et un chanteur - tout sourire - qui montre à sa façon que tout est possible. Le succès est immédiat, Sitya Loss fait le tour du globe et séduit même les people. Ellen Degeneres, Diddy, Ronaldinho... ils sont tous fans de ce jeune ougandais qui commence à se faire un nom dans toute l'Afrique. Et la consécration arrive durant l'été 2015. Eddie Kenzo est invité à se produire au très prestigieux festival SXSW à Austin, Texas aux Etats-Unis.



 GHANA – le roi du rap-jeu Sarkodie, L'Alkayida & L'Azonto

 

Sarkodie rappe en twi l'un des dialectes de son pays. Chez lui au Ghana, il est l'artiste hip hop le plus connu mais à l'étranger aussi. Il a déjà sorti quatre albums, dont «Mary» en septembre dernier, projet live en hommage à sa grand-mère décédée. Plus récemment, il a même enregistré un titre avec Gradur pour sa mixtape «ShegueyVara2».

Mais sa popularité, Sarkodie la doit surtout à Adonai et à sa vidéo sortie durant l'été 2014. Un gospel rap à l'africaine qui séduit aussi par la danse. Dans Adonai, Sarkodie reprend un mouvement devenu très populaire, l'Alkayida.

 

Le premier à le faire, c'est le rappeur ghanéen Guru en 2013. Très vite, l'Alkayida devient l'une des danses à imiter. On dit même qu'elle serait en phase de détrôner l'Azonto, le mouvement roi du Ghana. Car bien avant que la danse ne se fasse plus chaloupée avec l'Alkayida, elle avait ce quelque chose d'électrique dans l'Azonto du ghanéen Fuse, de Wizkid et surtout de Sarkodie, présenté aujourd'hui encore comme la vitrine du genre à l'étranger.

Et aussi : le chanteur de Reggae/Dancehall Stonebwoy pour son Pull Up Remix aux côtés d'un autre talent du genre le nigérian Patoranking, récompensé d'ailleurs d'un prix aux BET Awards cette année.

 

COTE D'IVOIRE – Kiff No Beat et la trap à l'Africaine

 

Cette année à Abidjan on a dansé sur les titres des togolais Toofan, sur le classique Kukere du nigérian Iyanya et bien entendu sur les musiques des stars du pays : Serge Beynaud, DJ Arafat, Bebi Philip, Tour 2 Garde. Le point commun de tous ces titres ? leur veine Coupé-décalé. Le style phare dans les discothèques ivoiriennes, né au départ dans le milieu de la diaspora à Paris dans les années 2000.

Et au pays de la sagacité, où il existe un nombre incalculable de danses Coupé-décalé – dont le Décalé chinois ou la Grippe aviaire - et que Jessy Matador avait entre autres popularisé chez nous avec son tube de l'été en 2008 Décalé Gwada, un groupe s'est depuis illustré dans un tout autre genre : la trap music.

 

Retour en 2014. Cinq jeunes rappeurs, qui se présentent sous le nom Kiff No Beat, débarquent avec Tu es dans Pain. Le titre sonne comme une révolution, nul ne s'attendait à voir un groupe ivoirien faire cette musique-là. Le succès est immédiat.

Avec Tu es dans Pain, Kiff No Beat se fait un nom à l'international. En France, le titre est relayé par de nombreux artistes sur les réseaux sociaux. Et quelques mois plus tard, Alonzo enregistre même sa version sur cette production signée Shado Chris. Lui - qui s'illustre également en tant qu'artiste - il est celui qui va façonner le style Kiff No Beat, celui qui va penser toutes ces musiques dont ils vont faire des hits. Ca Gate Coeur, Bebe ou plus récemment Gor La Montagne ou La Vie de Louga laissent penser que Kiff No Beat n'a pas fini de nous surprendre.

 

A noter : cette année marquait également le 25e anniversaire de la musique Zouglou, genre né en périphérie du centre ville d'Abidjan dans la commune de Yopougon – qui abritait aussi jusqu'à 2011, la fameuse rue Princesse et ses nombreux maquis et boites de nuit. Le Zouglou c'est cette musique que  Magic System a popularisé chez nous au début des années 2000 et qui est aujourd'hui portée par une jeune génération d'artistes dont le groupe Révolution ou les Magic Diezel font partis.

 

AFRIQUE DU SUD – la Champions League du rap

 

Oublions Tumi, bien qu'il soit l'un des premiers à nous avoir fait connaître le rap de là-bas, ou les bizarreries de Die Antwoord. Et regardons plutôt du côté de toute cette mouvance d'une dizaine de rappeurs dont certains sont réunis sur ce titre Amantombazane Remix.

De l'extérieur, ils ne sont pour le moment que des outsiders. On utilise d'ailleurs le mot « Rise » (la montée) en anglais pour parler de cette nouvelle scène à l'étranger. Mais en Afrique du sud ils font déjà partie de la Major League.

 

Dans cette vidéo, trois d'entre eux : Cassper Nyovest considéré comme le numéro un du rap dans son pays, Riky Rick et Okmalumkoolkat réunis autour des jumeaux, les producteurs Major League Djz.

Leur musique transpire les townships, on y entend des grosses basses qui dégueulent, du rap qui cogne. On y entend toute cette musique électronique portée depuis de nombreuses années par un pays mondialement reconnu pour sa musique club.

Car le rap en Afrique du sud c'est aussi ça : des emcees qui posent dans des langues vernaculaires sur des musiques Hip Hop, Trap ou Kwaito et House se confondent. C'est la touche Mzansi pour reprendre cette expression de chez eux qui signifie Sud (d'Afrique du sud) où les vidéos – à l'image du Sebenza du rappeur de Durban Okmalumkoolkat -  sont des odes à la Volkswagen Caravelle, moyen de locomotion populaire dans les townships pour tous ces kids nostalgiques qui ont grandi dans les années 90.

 

K.O et Kid X, deux autres de ces rappeurs, ont d'ailleurs rendu hommage à la Caravelle sur « Caracara ». Un titre qui a permis à K.O de devenir l'une des stars de son pays. De vétéran du rap un peu has been, il est passé au statut de celui dont tout le monde parlait en 2014 et a même remporté le prix du meilleur album de l'année lors des South African Music Awards. La recette du succès : ici encore, un titre profondément ancré dans son territoire.

A suivre : le tout jeune Emtee, vu comme l'un des nouveaux talents dans  le milieu et ce depuis la sortie de son morceau Roll Up en août dernier. Un remix est depuis peu disponible sur la toile. On le retrouve aux côtés de Wizkid et AKA. AKA, autre rappeur super star en Afrique du Sud, qui est numéro un des artistes  en rotation radio dans son pays.

 


 

Photo : Capture YouTube

Par Narjes Bahhar / le 28 décembre 2015

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