Le top 5 des faux retraités du rap français

Par Julien Bihan / le 31 mai 2017
Le Top 5 des faux retraités du rap français
Ils ont dit qu'ils arrêtaient mais ils sont encore là et tout le monde est corda (globalement). On vous a listé les meilleurs artistes du rap français a être revenus de la pré-retraite.

Dans le tourbillon de la gloire, certains artistes cherchent à retrouver la tranquillité d’un tempo qu’ils ont perdu au rythme des albums, des clips, des concerts. Mais dès que le silence de la retraite remplace le bruit de la musique, il semble difficile d’arrêter de s’exprimer définitivement. Alors le rap les appelle à nouveau par réflexe, par mission, par passion… Pendant que certains s’avèrent tourmentés par ce paradoxe, d’autres s’amusent des réactions engendrées par ces annonces. Cinq cas de rappeurs qui n’arrivent pas à raccrocher, sans ordre particulier

 

Kery James

Année de la pré-retraite : 1999

Meurtri par la disparition de Las Montana et transformé par sa conversion à l’Islam, Kery James se retrouve face à une décision existentielle. Barclay revient à la charge pour prolonger l’aventure artistique du groupe dans l’enthousiasme du Combat continue. DJ Mehdi raconte cette étape charnière : « Il a dit assez courageusement en nous regardant tous dans les yeux : « Voilà, on ne va pas signer ce contrat, on ne va pas encaisser ce chèque. On ne va pas continuer du tout parce que je vais arrêter de rapper. » L’homme déconstruit pour mieux se reconstruire. Il court après une nouvelle vie, loin des vices de la rue et des cabines de studio. Une période dont se souvient l’ancien leader d’Ideal J : « Je vais chercher du travail. Je me rappelle avoir fait un rendez-vous pour travailler dans un truc pour laver les voitures… Et je n’ai pas été pris. »

Progressivement, l’artiste mesure l’impact qu’il peut avoir dans la vie de son public. Une prise de conscience qui le pousse à reprendre le micro. Cette fois sa voix ne se posera plus sur des instruments à vent et à cordes. Un choix religieux. Si c’était à refaire provoque une méfiance malveillante dès sa conception. « Dans les maisons de disques l’idée de cet album était une blague.  « Il est fou, il a pété les plombs »… Les gens disaient ça. » rapporte Kery James. Un projet qui posera les bases d’une carrière solo de plus de 15 ans

 

Quote d’un retraité introspectif :

Je faisais du rap avec des gens avec lesquels j’étais dans la rue. Donc si je voulais quitter la rue, il fallait aussi que j’arrête le rap.


 

 

 

 

Nessbeal

Année de la pré-retraite : 2011

« Au fond du puit les ailes brisées, j’suis un homme libre / J’ai ai payé le prix, j’suis épuisé, j’ai… » Nessbeal peine à finir ses phrases pour conclure son quatrième album Sélection Naturelle. Sur ce titre éponyme, le rappeur apparaît éreinté comme une Bugatti de 1 550 chevaux qui s’éteint progressivement pour panne d’essence. En 2011, Nessbeal a déjà plusieurs bornes au compteur entre son parcours en groupe avec Dicidens et sa carrière solo. En pleine promotion pour son quatrième album, l’artiste lâche ses doutes face caméra : « Je suis sur le fil du rasoir en ce moment, je ne sais pas quelle est la suite que je vais donner à tout ça. On verra. Franchement à l’heure actuelle, j’ai envie d’arrêter de rapper. J’ai envie de tourner une page. » À l’heure où la communication des artistes est millimétrée, Nessbeal s’exprime sans détour quitte à se mettre en danger.

Pendant 4 ans, le Viliérain disparaît des radars. Sa retraite paraît tenace. En réalité, NE2S ressent le besoin d’une coupure sans vraiment réussir à se couper du rap : « Le lendemain [de l’annonce de son arrêt de la musique, ndlr], j’écoutais des morceaux, une semaine plus tard j’écoutais des prods. » Il revient d’abord avec Lacrim pour son premier volume de RIPRO, puis enchaîne avec l’explosif Jeune Vétéran : « Je reviens dans le game c’est quoi les bails ? » Un album serait dans les tuyaux avec DJ Bellek.

Quote d’un retraité spontané :

Je pense que tous les rappeurs se le disent une fois dans leur carrière. Sauf que moi, impulsif que je suis, je l’ai dit devant la caméra.


 

 

 

 

Alkpote

Année de la pré-retraite : 2014

« Le rap c’est pour les jeunes. Moi je suis trop vieux là, c’est l’heure de passer le relais. Je me sens complètement « has been », dépassé par les événements. » En 2014 Alkpote semble définitif, il bouclera ses projets sur le feu puis se retirera. Les années passent et le rappeur d’Evry multiplie les collaborations : Ténébreuse musique avec Butter Bullets, Sadisme & Perversion et Les putains de marches avec DJ Weedim. Pourquoi ?

L’aigle royal de Carthage a du mal à retourner dans son nid. Détestant l’ennui, Alkpote continue de rapper avec sa créativité comme moteur. Mais surtout, l’artiste reconnaît être marqué par la mécanique du genre : « Je dois l’arrêter mais ça me titille encore. Mon système dans ma tête pour faire des rimes est là. Même quand je n’ai pas envie de rapper, je trouve des rimes quand même. Je pense que ça ne va pas partir comme ça. » L’homme déteste viscéralement le rap mais l’artiste n’arrive pas à s’en défaire. Malgré tout, Alkpote persiste. Il est sur le départ, il l’écrit, il l'affirme : « Je sens que c’est la fin, je me fais plaisir avant d’en finir une fois pour toute. J’abats mes dernières cartes, je crache mes derniers textes, j’écris mes plus belles rimes. »


Quote d’un retraité dégoûté :

Je pense que nettoyer des slips, c’est mieux que d’être rappeur. Je te jure que c’est vrai.


 

 

 

 

Gradur

Année de la pré-retraite : 2016

En salle de conférence de presse du stade Pierre Mauroy, Gradur porte le maillot de Lille sur les épaules. Son visage est sérieux, ses mots assurés : « Aujourd’hui, le rap c’est fini, c’est une page qui est tournée. Maintenant c’est le foot et on va faire ça à fond. » Actuel entraîneur du LOSC, Frédéric Antonetti confirme : « Je pense qu’il peut faire un futur grand attaquant. » Le scénario est parfaitement huilé mais n’est que le fruit de l’inventivité de l’artiste sur Snapchat. Même DJ Khaled ne sera pas allé aussi loin.

Quote d’un retraité amusé :

Je pense que je peux largement dépasser Boufal.


 

 

 

Maître Gims

Année de la pré-retraite : 2016

Comment remuer Internet aussi rapidement que le fessier de Kim Kardashian ? Demandez à Maître Gims. Tout se passe en une journée, celle du 9 novembre. Le lendemain de l’élection de Donald Trump, le membre de la Sexion d’Assaut est déboussolé. Il se saisit des réseaux sociaux et poste sur Snapchat et Instagram ces quelques mots sur un fond noir : « Je vous annonce que j’arrête officiellement la musique… Merci pour tout. » Ni une, ni deux, le Web réagit : « Maître Gims arrête la musique » titre GQ, « Maître Gims annonce arrêter la musique… à cause de l’élection de Donald Trump » détaille Gala, « Fâché comme jamais, Maître Gims « arrête officiellement la musique » s’amuse Vanity Fair.

Quelques instants plus tard, le rappeur/chanteur continue de prendre de court son monde. Et encore une fois, l’artiste suit le même mode opératoire sur les réseaux sociaux. Quand le visuel annonce « Mon troisième album s’intitulera la ceinture noire », la légende raconte « Après le poisson d’avril, je vous présente l’écureuil de novembre !!! » Plus personne ne comprend. Il s’en explique : « C’était surtout un cri intérieur pour dire : « Vraiment c’est dingue quoi ». En tout cas le rap français a assisté à sa retraite la plus éphémère.

Quote d’un retraité militant :

C’était une manière de montrer que j’était choqué quand on sait ce qu’il représente, ses idées...


 

 

 

 

 



 

Crédit photo : Fifou / DR

 

Par Julien Bihan / le 31 mai 2017

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