Le top 20 du rap west coast français

Par Genono / le 25 avril 2016
Le top 20 du rap west coast français
Il n'y a pas que New York et Atlanta dans le rap. La France a depuis longtemps déclaré sa flamme au rap californien et ne cesse de l'entretenir. Qui sont les meilleurs représentants du "westside" aux lyrics explictes dans l'Hexagone ?

Au pays de MC Eiht et Cypress Hill, la West Side s'étend de San Diego à Seattle en passant par Los Angeles et San Francisco. En France, San Diego correspondrait à Bayonne, Seattle au Havre, et Los Angeles et San Francisco seraient les équivalents de Bordeaux et Saint-Nazaire. En termes de folkore hip-hop et de gangsta-attitude, on peut mieux faire. Et puis, surtout, il n'existe chez nous aucune rivalité entre côte Ouest et côte Est : un Nantais peut parfaitement croiser un Strasbourgeois dans la rue sans lui lancer des regards glaçants.

Malgré cette dissemblance géographique, le rap français s'est très tôt entiché des codes de la west-coast américaine. Qu'elle soit purement musicale -avec sirènes et ambiances funky- ou plus globale, avec tout l'attirail bandanas, low-riders et barbecues ensoleillés, la frange westeuse du rap US a influencé la scène française avec plus ou moins d'importance selon les époques.

Southcide 13 : chasser les skins en low-rider

Contrairement à ce que le nom du groupe pourrait laisser penser Southcide 13 vient de Paris, et pas de Marseille -le 13 correspond donc au 13ème arrondissement. OG Kim et BG Lolo (un temps épaulés par 1K et Bobbax) ont l'un des parcours les plus fascinants de tout le rap français. Chasseurs de skinheads au sein des Ducky Boys pendant les années 80, les rappeurs racontent -entre autres- leurs aventures et leurs parties de chasse dans deux très grands albums sortis en 2000 et 2007 (Album de Famille et Du Berceau à la Tombe). La grande particularité du groupe réside dans son attirance pour les sonorités purement G-Funk, qui créent un contraste saisissant -et donc bienvenue- avec le contenu lyrical beaucoup plus dur.

 

Expression Direkt : le Val Fourré, capitale de la Californie

Si Snoop Dogg était né au beau milieu du Val Fourré, il aurait très certainement fini au sein d'Express D : casquettes Lacoste plutôt que Bandana, 205 cabossée plutôt qu'Impala, et, en arrière-plan dans les clips, quarante cailleras plutôt que quarante tasspé. Pionnier des sonorités west en France, Expression Direkt a toujours conservé cette identité très franco-française en termes de style. Mon Esprit Part en Couilles ou Dealer pour Survivre ont été parmi les premiers classiques orientés west coast du rap français. Jonction parfaite entre la musicalité de la West Coast et le style plus lyrical français, Expression Direkt a ouvert la voie a toute une génération de rappeurs très street.

 

Ministère Amer : Sarcelles in the hood

On a parfois comparé le Ministère à une version française de N.W.A. Une exagération faramineuse, bien entendu, mais l'idée de fond est juste. Tout au long de 95200, l'influence de Dre et consorts se ressent en creux et le titre Plus vite que les balles renvoie par exemple immanquablement à 100 miles and runnin'. Tout de même moins marqué que d'autres groupes de l'époque, le Ministère est un véritable carrefour d'influences, le plus froid Passi contrebalançant idéalement le très californien Stomy. Ce dernier s'engouffrera d'ailleurs complètement dans le style westeux une fois lancé en solo, avec une dégaine et un discours très inspirés par 2Pac.

 

Mafia Canine : Dogg, Dogg et Dogg

Dogg Master, Doggy G, Dogg Soso … Personne n’a jamais compris cettte fascination des westeux pour les clébards.

 

La scène grygnoise : Grignyfornia

La banlieue la plus westeuse d'Ile-de-France est orientée plein-Sud (on vous avait prévenu, la géographie n'a plus aucun sens ici). Si vous avez un ami californien, et qu'il débarque demain à Charles de Gaulle, montez avec lui dans le RER D et descendez à Grigny Hood. Soyez certain qu'il ne sera pas dépaysé. Que ce soit dans le style vestimentaire, dans la dégaine, ou dans les influences musicales, tout, absolument tout, à Grigny, semble importé de Los Angeles. Meilleur exemple de cette passion pour la cité des Anges : la scène rap locale. De la LMC Click à Cokein en passant par D.O.Z ou Myssa, tous pourraient s'intégrer à Compton sans le moindre décalage culturel.

 

Bougnoul Smala : le meilleur nom de groupe de toute l’histoire du rap

Nique un keuf, nique sa meuf. Techniquement, on ne fera pas programme plus west-coast.

 

Les Sales Blancs : plus cainri, tu meurs

Pour des questions logiques de flux migratoires, la diaspora mexicaine est beaucoup moins présente en France que dans le Sud-Ouest des États-Unis. Pourtant, si vous jetez un oeil sur un clip des Sales Blancs, vous aurez l'impression de voir une bande de latinos réfugiés politiques dans fin-fond le Val-de-Marne. Porteurs de l'identité westeuse en France tout au long de la dernière décennie, ces garçons à la dégaine étonnante ont tout de même donné des leçons de rap à tout le monde, avec une palette technique extrêmement large et une maitrise assez folle des roulements. Restés à l'écart du game classique, Les Sales Blancs ont trouvé un public restreint mais fidèle, et ont été pendant dix ans les ambassadeurs de la G-Funk à la française.

 

Bass Click : 92-Compton

Femmes, baise, fumette. Vous connaissez le refrain. Putain, Bass Click, c’était vraiment bien.

 

Aelpeacha -et tous ses groupes : Val II Marne Rider

Aelpeacha est à la french west-coast ce que Marlon Brando est au premier film de la trilogie de Francis Ford Coppola : un putain de Parrain. Deux décennies d'activisme forcené, une trentaine de disques -en solo ou en collaboration- dans les bacs, et un nombre incalculable de productions placées de tous les cotés. Techniquement, Aelpeacha est complètement engouffré dans le cliché westeux : amour de la ride, Chevrolet Impala sur les covers, et thématiques fluctuant entre "gros culs, jolies fesses et bouls astronomiques". Évidemment, on caricature, et Alpha s'aventure parfois sur d'autres terrains, comme par exemple "l'entrejambe, le pubis, ou la chatte". Membre de plusieurs groupes (Spliff Town Concept, puis Club Splifton, puis CSRD), le A a collaboré avec la quasi-totalité du rap français, que ce soit par en featuring (A2H, Stomy Bugsy, Disiz), en freestyle (Big Flo et Oli ou, tout aussi comique, Fabrice Eboué), en concerts (Orelsan), et même avec des cainris comme Coolio.

Les Little : le Val-de-Marne, encore et encore.

Quand on parle de précurseurs, on a une malheureuse tendance à les oublier. Mais que serait devenu le rap français sans Sulee B Wax ?

 

Pass Pass : l'équivalent provincial des Sales Blancs. 

La preuve que le soleil californien s'est exporté jusqu'en Rhône-Alpes. Injustement méconnu à l'échelle nationale, le groupe lyonnais Pass Pass est pourtant l'un des plus actifs de toute l'histoire de la scène westeuse en France. Quinze ans de carrière, une dizaine de disques produits, et une capacité à s'exporter assez impressionnante, entre scènes à l'étranger et featurings avec des rappeurs de la West-Coast.

 

Sté Strausz : California Girl

D’une part parce qu’il faut toujours au moins une fille dans chaque classement, d’autre part parce qu’elle déclasse pas mal de monde dans cette liste.

 

TSN : Goute à ma …

"Des tasspé, des tasspé, sous tous les aspects, elles sont toutes des tasspé" ... Tout Simplement Noir a toujours su faire honneur aux thèmes chers à la West-Coast. Grosses sirènes, amour des filles faciles, textes à la fois durs et empreints d'humour : si on peut débattre longtemps pour savoir qui est le premier à avoir importé le style westeux en France, nul doute que TSN est le groupe qui a le mieux intégré tous les codes inhérents au genre. Rapper sur du 70bpm à une époque où la norme était à 95, parler cul et fumette quand le dogme était de faire dans le socio-politique de surface, et évoquer sa funky-bite à une époque où le divertissement était un pêché mortel : TSN, c'était tout ça, et bien plus encore.

 

La Clinique / Les Sales Gosses : westeux, mais pas seulement

Si vous ne devez écouter qu’un seul album de rap westeux, jetez-vous sur Choc Thermique, le solo de Papillon Bandana.


Alliance Ethnik : et oui !

Vous allez probablement trouver honteux de voir un groupe comme Alliance Ethnik cité entre le Ministère Amer, Aelpeacha et Expression Direkt, mais techniquement, K-Mel et ses potes ont été le premier succès commercial de l'histoire de la G-Funk française -et reste toujours l'un des seuls. Dans un rap français presque exclusivement tourné vers New-York dans les 90's, Alliance Ethnik a pris de véritables risques du point de vue musical. Pas forcément reconnu à sa juste valeur, le travail amorcé par le groupe est sapé par l'image un brin naïve véhiculée par les textes toujours positifs et les clips colorés. Pire : dans la moitié de ses clips, K-Mel sourit -ce qui est très mal vu, dans le petit monde déprimé du rap.

 

1Treuk : westeux, mais pas seulement (bis)

Caen, c’est un peu la West Side, nan ?

 

Ghetto Fabulous Gang : 2Pac est de retour !

Le Ghetto Fab a toujours été un immense carrefour d'influences toutes très assumées. "Pour les thugs, je crie West Side", scandait ainsi Alpha 5.20 en 2007. De West Coast Dakar à Tupac est de retour, l'ancien leader du groupe a toujours porté haut les sonorités californiennes et le mode de vie gangsta véhiculé par les héros du rap ouest-étatsunien. Mais Alpha n'a pas été le seul, et KER, Balastik Dogg ou Shone ont tous, sur des périodes plus ou moins importantes, revendiqué leur amour de la West Side, avec, un peu à la manière d'Expression Direkt, un ancrage permanent dans la réalité banlieusarde -ou blédarde- purement française.

 

Driver : Sarcelles in the hood (bis)

Driver est beaucoup plus cool que tous les bougs de Compton ou de Crenshaw.

 

Rohff : Le Val de Marne, encore et toujours

Les remixes de Cypress Hill et de Dr Dre, les références à Tupac, Suge Knight ou Menace II Society, les prods de Trop Gang, Sans Forcer, La Puissance, Vitry-sur-haine, les bandanas, les clips à Los Angeles : Rohff est le plus westeux des poids lourds du game. Et confirme que le 94 est décidément le département le plus ouest-sidisé de France.

 

Doc Gynéco : classez-le dans la G-Funk

Bon, vous avez compris, on ne va pas vous refaire toute l'histoire.

 


 

Photo : Capture YouTube Rohff "Suge Knight"

 

Par Genono / le 25 avril 2016

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