Le top 10 des "Lil" du rap game

Par Julien Bihan / le 20 avril 2017
TOP 10 : Les "Lil" du rap game
Le "Lil" est au rap ce que le "De" est à l’aristocratie, une particule noble. Depuis plus de 20 ans, les "petits" viennent grossir les bacs des disquaires du monde entier. Une galerie de personnalités truculentes au parcours cabossé et au talent inclassable. De Lil’ Kim à Lil Yachty, tour d’horizon "particulier".

      Lil’ Kim :

Première impression du Lil : En 1996, pour son premier album solo Hard Core… Ça fait maintenant plus de dix ans que « Petite Kim » a jugé photogénique de poser à califourchon sur une peau de bête entourée de roses rouges.

I don’t want dick tonight, eat my pussy right   


 

Les paroles sont crues, les visuels explicites. Nous sommes en 1996, Lil’ Kim sort son premier album et place le curseur de l’outrance et de la polémique à un niveau jamais atteint auparavant dans le rap féminin. De Missy Elliott à Nicki Minaj, elles lui doivent toutes d’avoir essuyé les plaques. Dans une fable pas tellement connue de La Fontaine, le gâte-papier écrit : "Rien ne sert de courir, il faut partir à point." Le problème de Lil’ Kim est sûrement d’être partie bien avant les autres. Quand elle était subversive, ses successeuses sont aujourd’hui complètement "meanstream".

Cette avance, Kimberly la paye aujourd’hui. Ses projets musicaux actuels déclenchent autant d’intérêt qu’un retour de Larusso. L’appellation "Lil’ Kim" qui sentait le souffre autrefois ne dégage aujourd’hui plus qu’une odeur de polémique foireuse entre ses supposées interventions chirurgicales et un énième crêpage de perruques avec Nicki Minaj. Le hip-hop retiendra quand même un début de carrière enthousiasmant, Junior M.A.F.I.A et son attachement pour Notorious BIG qu’elle continuera de créditer comme producteur exécutif, même après son dernier souffle.

Quote de Lil Kim :

Les gens ne savent pas que je peux vraiment être timide. 


 

 

      Lil Wayne :

Première impression du Lil : En 1999, pour son premier album solo, Tha Block Is Hot… Un photomontage qui nous rappelle la sombre époque des Skyblogs.

Si Lil’ Kim est la reine du "Lil", son roi est incontestablement Lil Wayne. C’est lui qui en a démocratisé l’usage planétaire. Le rappeur aura vendu des containers de sa saga musicale Tha Carter. Selon Statistic Brain, au cumulé il s’en serait écoulé près de 11 753 000 soit un tout petit peu plus d’un album par habitant pour un pays comme la Belgique. Le gars a de tout en magasin : du "street banger" (A Milli), des collaborations historiques (Mr. Carter avec Jay Z), de la balade (How To Love) et même un featuring avec la mèche de David Guetta.

Artistiquement, son sens des métaphores, sa voix criarde, son utilisation singulière de l’auto-tune a influencé une flopée de bambins devenus les rappeurs incontournables d’aujourd’hui : Drake, Future, Young Thug…  Mais depuis quelques années la carrière de Weezy bat de l’aile. Après sa rupture filiale et contractuelle avec Birdman, puis l’annonce de sa détresse en rafale sur Twitter, le monde aurait eu l’impression d’avoir perdu le "Petit Wayne" pour de bon… Pas si sûr, Tha Carter V serait dans les tuyaux.

Quote de Lil Wayne : 

La chose la plus bizarre que j’ai lu à mon propos c’est que j’étais mort. C’était surtout bizarre parce que j’étais en train de le lire. 


 

 

      Lil Bow Wow :

Première impression du Lil : En 2000, pour son album Beware of Dog… Des tresses plaquées et un chien, ça vous rappelle quelqu’un ?

À 5 ans, Snoop Dogg lui donne son nom de scène lors d’un concert avec Dr. Dre. À 6 ans, Snopp Dogg le fait jouer dans un de ses clips, Gin & Juice. À 13 ans, Snoop Dogg rappe avec lui dans un morceau introductif qui deviendra un succès mondial, Bow Wow (That’s My Name). Et voilà c’était la fin de carrière de Lil Bow Wow

C’est faux, après avoir enlevé son "Lil", Bow Wow a continué de faire des albums, des films même. Mais, la puberté l’a rendu moins attachant, moins unique. À la différence de Justin Timberlake, l’artiste n’aura pas réussi à concrétiser son succès précoce à l’âge adulte. Peut-être à cause du genre musical, le rap aime s’attacher à un vécu tumultueux. Difficile d’en vendre un quand on a mangé ses céréales dans des bureaux de grosses majors.

Quote de Lil Bow Wow :

À 5 ans, je savais déjà ce que je voulais faire. 



 

      Lil’ Boosie :

Première impression du Lil : En 2002, pour son deuxième album For My Thugz… L’indécis avait commencé en prenant comme nom d’artiste Boosie.

Lil’ Boosie représente la dureté de la rue, sa musique aussi. Dans son cas, les deux se confondent toujours de manière troublante. En 2009, Torrence Hatch, notre Lil, est accusé d’avoir tué Terry Boyd. Aucune trace d’ADN, aucun témoin, la procureur Dana Cummings s’appuie alors sur les paroles des morceaux 187  et Bodybag  comme preuves. Elle les croit écrits la nuit du meurtre. Il y a du boulot pour adapter Les Experts en Louisiane… Boosie sera finalement innocenté.

« Boosie est à Baton Rouge ce que Tupac était à la Californie », ce sont les mots du DJ du coin, Ya Boy Earl. Une voix nasillarde, des dizaines de projets, des lyrics qui racontent sans concessions son parcours tempétueux, ont fait du rap de Boosie la bande-son de toute une ville. Un respect qui trouve écho chez ses collègues rappeurs. Quand Boosie Badazz annonce qu’il est atteint d’un cancer en 2015 (une maladie qu’il a vaincue depuis), Young Thug et Quavo lui rendent hommage par un morceau, le bien nommé « F Cancer ».

 Quote de Lil’ Boosie :

Je n’écoute personne à part Boosie. Si j’écoutais quoi que ce soit d’autre, je rentrerais dans la même catégorie que ceux qui passent en radio.


 

      Lil’ B :

Première impression du Lil : En 2009, pour son premier projet solo I’m Thraxx... Une pochette minimaliste.

L’inénarrable Lil’ B… Amusez-vous un jour à taper son nom dans la barre de recherche DatPiff, et vous comprendrez ce à quoi ressemble une discographie fleuve.  Musicalement il y a autant de facettes de Lil’B que de changements sur le visage de Kylie Jenner. B peut autant rapper de manière structurée sur des beats aux accents soulful sur le fameux I’m Gay, que répéter 16 fois le nom du cosmologiste Stephen Hawking avant de démarrer son premier couplet et recommencer une fois terminé. Un refrain un peu radin.
L’homme ne se définit pas seulement comme un rappeur, il se veut aussi philosophe et gourou. Celui qui se surnomme lui-même The Based God dispense sur Twitter sa pensée humaniste, écologiste et donne à ses followers des astuces de développement personnel. Bon plan.

Ce n’est pas tout, amoureux des Golden State Warriors, Lil B menace de maudire n’importe quel joueur de basket qui ne se tiendrait pas à carreau : James Harden quand il pique sa "cooking dance", Shaquille O’Neal quand il menace un joueur de sa franchise ou Kevin Durant quand il affirme que "Lil B is a wack rapper". L’artiste avait promis à ce dernier qu’il ne remporterait jamais un titre NBA.  Dès que KD exporte ses talents aux côtés de Stephen Curry, immédiatement The Based God le désensorcelle.

Quote de Lil B :

Le système du capitalisme me perturbe. Qui en tire profit ? Qu’est-ce qu’il signifie ? Les arbres ont les réponses, pas les humains. 


 

      Lil Dicky :

Première impression du Lil : En 2013, pour sa mixtape Lil Dicky – So Hard… Ça ne s’invente pas.

Lil Dicky… Un nom d’artiste impossible à traduire pour Dora l’Exploratrice. Le rappeur est l’enfant illégitime de la décontraction géniale de Ben Stiller et du flow chaloupé de Snoop Dogg. C’est justement avec le Doggfather, encore lui, que Dicky avait passé un entretien d’embauche pour obtenir un job de rappeur sur un track délicieusement surréaliste dans son premier album. Professional Rapper, un projet bourré de second degré, d’un rap de qualité, et de clips décalés qui viennent nourrir la viralité gloutonne du Web.

Les 71 millions de vues de Save That Money le prouvent. Le concept : "Faire le clip le plus épique de l’histoire du rap sans argent." Comme un pompier en fin d’année, LD s’en va taper aux portes des villas, des yachts, des clubs et des concessionnaires automobiles. Mais ce n’est pas assez, il envoie un message privé à Kevin Durant pour un caméo, il réquisitionne un camion de glace avec l’aide de Rich Homie Quan et gratte le tournage d’un clip de T-Pain. Une pince marrante.

Quote de Lil Dicky :

À un moment, mon dealer a vu le clip de "Ex-boyfriend" (son premier succès, ndlr) et il m’a texté : "Mec, c’est quoi ce délire ? Tu es un rappeur ?! Je crois qu’il a ressenti de la fierté. 


 

      Lil Uzi Vert :

Première impression du Lil : En 2014, pour son EP Purple Toughtz… La cover est le fruit d’une expérience entre un cours d’histoire de l’art et sa teinture hebdomadaire.

Le "Lil" a une relève, elle est inconsciente, insouciante, insolente. Le grimoire du rap trouvera certainement une place au jour où Lil Uzi Vert a refusé un freestyle à l’émission d’Ebro en lui répondant que "ses fans allaient être déçus, tous les anciens du rap là". L’arrogant sublime. Le rappeur est à l’image de ses cheveux, différent. Une voix abîmée par la weed et transformée par l’autotune, une technique capable de rapper à la vitesse de l’arme de son nom d’artiste, le tout saupoudré d’onomatopées, Lil Uzi Vert est dans l’air du temps… En fait, Lil Uzi Vert est l’air du temps.

L’artiste vient de prendre sa place sur la fusée du succès et depuis son hublot, il voit toutes les planètes s’aligner : acteur principal d’un réel banger, Money Longer, au casting du déjà classique Bad and Boujee, il compose même la bande son d’une publicité pour Jordan Brand. S’il devient la "rock star" qu’il souhaite incarner, Lil Uzi Vert risque bien d’être à l’origine d’un désastre capillaire mondial sans précédent.

Quote de Lil Uzi Vert :

 Ce rap-là, je le déteste. Tu veux savoir quelle est ma malédiction ? Je dois prendre soin de toute ma famille, c’est pour ça que je ne peux pas arrêter.


 

 

      Lil Yachty :

Première impression du Lil : En 2015, pour son EP Summer Songs… Artwork réalisé sur Paint.

Pour ceux qui cherchent encore des réponses aux raisons du freestyle Chicha de Kaaris, la réponse se trouve dans l’instrumental hypnotisant de Minnesota  de Lil Yachty. En plus d’une coupe de cheveux indescriptible, Uzi Vert et Yachty partagent le ciseau en titane qui coupe le cordon avec leurs prédécesseurs. Certains désignent même ce dernier comme un hérétique quand il explique que Drake rappe mieux que Tupac et Biggie.

Yachty se fiche des problématiques du genre, il construit son propre univers et lui a trouvé un nom qui lui ressemble : "le bubble-gum trap". Pour définir ce monde parallèle, il suffit d’écouter l’introduction de son projet Lil Boat où il installe une discussion avec Dory du Monde de Némo. Le featuring est parfait. Nonchalant, perché, talentueux, chacun des tracks de Yachty nous plonge dans un niveau de jeu vidéo en 16 bits.

Quote de Lil Yachty :

J’étais la risée de toute l’université à cause de mes cheveux. La fac m’a fait comprendre que je ne voulais pas d’une vie normale.



 

BONUS :

      Lil Gangsta Wow :

Première impression du Lil : Jamais… Merci pour le rap.

En 2009, Carole Rousseau annonce dans C’est quoi l’amour ? : "un jeune futur rappeur". Forcément, on écoute. Brandon a 15 ans et dès la première scène du sujet, il livre un showcase exclusif dans son salon devant sa mère au bord des larmes. Puis, il raconte qu’après avoir hésité avec Young Gangsta Wow, c’est le "Lil" qui a fini par l’emporter. CQFD.

« Passions envahissantes : comment protéger sa vie de famille ? », un reportage gênant dont TF1 a le secret. On y voit pendant presque 25 minutes, le jeune rappeur : en session shopping pour acheter une paire de Timberland, chez le coiffeur pour faire des tresses, en studio pour essayer ses nouvelles punchlines.

Quote de Lil Gangsta Wow : 

Lil Gangsta Wow ! Représente 57, le 5.7 cousin. Hein hein ! 



 

      PhiLil’ Poutou :

Première impression du Lil : En 2012, pour sa première élection présidentielle.

On peut le croiser sur Instagram les doigts tordus pour faire le signe de JUL ou en train de faire un remake d’8 Mile lors d’un débat présidentiel, PhiLil’ Poutou est incontestablement le emcee du moment. Malgré tout, il faut reconnaître qu’on a un peu peur pour ses chiffres de ventes de dimanche prochain.

Quote de PhiLil’ Poutou :

 Quand on est convoqué par la police, on n’a pas d’immunité ouvrière. Désolé, on y va (à Marine Le Pen, ndlr)



 

Crédit photo : Kenny Rodriguez / Flickr

Par Julien Bihan / le 20 avril 2017

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