Le rap horrorcore à la française

Par Yérim Sar / le 12 octobre 2017
Le rap horrorcore à la française
Parce que le mois d'octobre n'est rien d'autre qu'une ligne droite jusqu'à Halloween, petit focus sur ces moments de grâce où des rappeurs français ont donné libre cours à leurs penchants les plus sombres.

L'année dernière nous faisions un focus sur le registre de l'horrorcore dans le rap américain, et comme le recyclage c'est l'avenir, nous allons à présent nous pencher sur ce que ça donne en version franchouillarde.

Si aux USA ce style de rap hardcore très porté sur les références gore et horrifiques n'est pas exactement le plus populaire malgré quelques artistes à succès, c'est évidemment encore pire en France où finalement très peu de rappeurs se sont engouffrés là-dedans. On les comprend : déjà que se faire connaître n'est pas aisé, se faire connaître dans un style pareil l'est encore moins. Du coup, l'horrorcore est souvent présent la plupart du temps par intermittence dans les textes et l'ambiance de certains, mais rarement à 100%. C'est souvent passager, mais lorsque le MC s'y donne à fond, cela nous offre quelques perles. Petit florilège non exhaustif.

 

VII

 

VII est le seul de la liste à avoir réellement passé la majeure partie de sa carrière dans l'horrorcore, même s'il s'en est un peu éloigné dernièrement sur son  album Les Matins sous la lune. Ce n'est pas le seul en France, il existe des artistes du gouffre qui brandissent bravement l'étendard horrorcore, mais le souci c'est qu'en général ils n'ont pas vraiment le niveau minimum requis. VII lui, sans être un dieu du flow, pose suffisamment bien pour être agréable à l'écoute. Dans le titre ci-dessus il enchaîne un nombre impressionnant de name-dropping d'acteurs, actrices, personnages et titres de films d'horreur. Pas pour épater la galerie mais à chaque fois pour dresser des parallèles assez noirs avec son propre parcours.

LA phrase : « c’est un rappeur blanc qui sera le plus noir : l’avant-garde du gore, du genre de Francis Heaulme »

 

Alkpote

 

Là encore ça n’a été qu’une passade mais Alkpote a lui aussi trempé dans l’horrorcore avant de passer à autre chose. Concrètement son obsession pour les lyrics les plus choquants possibles l’ont amené à aller joyeusement dans le gore et le glauque en expliquant tour à tour qu’il faisait « l’amour à des moignons », qu'il souhaitait vous "fister le cul avec le museau d'un labrador" et tout un tas de joyeusetés du côté de la nécrophilie. Cela s’accompagnait de descriptions perchées sur son état d’esprit tourné vers la mort et l’enfer, et évidemment tout ça allait de pair avec sa découverte et son amour quasi immédiat pour le rap de Memphis, au point qu’il a d’ailleurs fait un remix avec Evil Pimp, figure de l’horrorcore de la ville.

LA phrase : « Quand je dors je pense que des fantômes d'enfants morts dansent autour de moi »

 

Escobar Macson

 

Escobar a concrètement toujours rejeté l’étiquette horrorcore dans ses interviews, dans la mesure où cela ne représente pas l’ensemble de son œuvre. En revanche vers le milieu des années 2000 il n’a jamais pu refréner son goût immodéré pour les punchlines à base de torture, d’amputation, et d’allusions à l’apocalypse, sans compter plusieurs morceaux qui utilisaient des extraits de films tels Massacre à la tronçonneuse le commencement, L’enfer des zombies, Predator 2, La Crypte. Le clip Introçonneuse l’a fait entrer dans l’histoire comme étant le premier rappeur à se mettre en scène en train de découper quelqu’un à la tronçonneuse.

LA phrase : « Me montre pas du doigt ou c’est la machette, tu vas jouer du tam-tam avec le coude ».

 

Vîrus

 

Vîrus quant à lui s’amuse à multiplier les jeux de mots et double-sens pour à peu près tous les sujets qu’il aborde, et il va sans dire que lorsqu’il se concentre sur ses idées les plus lugubres, il n’y va pas de main morte. On retrouve donc tranquillement des allusions à des envies de meurtres et plus globalement un coup de projecteur sur ce qui se passe à l’intérieur de la tête d’un fou. Le clip de Faites entrer l’accusé est parfait pour illustrer tout ça puisque l’on suit un homme bien sous tous rapports qui s’avère être un serial killer.

LA phrase : « Je n’attire que des cinglées mais je n’ai jamais aussi bien fait l’amour qu’après les avoir étranglées »

 

Vald

 

Dans plusieurs morceaux et freestyles posés à ses débuts, Vald laissait une place importante au côté macabre et aux références précisément tournées vers le gore ou l’horrifique (« mes sextapes sont en fait des snuff movies »), et sur ses projets suivants il a toujours gardé au moins un morceau qui va dans ce sens -à, même s’il a souvent inclus des double-sens et plus de subtilités, notamment dans Elle me regarde, Infanticide ou de l’humour dans Strip. Selon l’artiste, ce sera toujours présent : « c’est vrai que je trouve ça indispensable, j'en faisais beaucoup avant des sons comme ça, instinctivement, j'avais que des références de films d'horreur, de snuff movies, maintenant je trouve ça un peu dur... mais il en faut un quand même»

LA phrase : « Eh, les tripes à l'air t'as l'air assez débile  »

 

Siboy

 

C’est peut-être moins évident depuis Mobali mais Siboy a toujours eu un côté porté sur le gore, que ce soit au détour d’un texte parlant de morts diverses et variées mais surtout dans l’ambiance de ses sons et ses clips, où on est surpris par des backs de psychopathes façon train fantôme.

Encore une fois parole à l’artiste : « Je suis pas très loin de l'horrorcore, et aussi de l'univers un peu métal, un peu rock. Un morceau comme Mula, quand ça commence avec le cri... si t'es pas au courant que c'est du rap, ça peut être le début d'autre chose. Je sais pas comment appeler mon style, du métal-trap ? Aucune idée. Le côté horreur est plus personnel je crois. J'aime bien mater les films d'horreur, ces conneries là. Peut-être aussi par rapport à mon vécu… Hannibal c'est vraiment des coïncidences : sur « Kiubb 5 », j'avais même pas fait gaffe que c'était encore lui dans l'intro. Mais en vrai c'est un perso que je kiffe de ouf. Les films et la série, le personnage est excellent. Apparemment c'est inspiré d'un mec qui a existé et qui franchement devait faire des repas super bons [Rires]. J'aime ce genre de personnage sombre, même si lui était très maîtrisé. Mais quand il va dans le sale, il y va à fond. Ça me fait penser à moi quand je mets ma cagoule en fait : dès que je l'enlève on me dit « hé mais t'es calme en fait ». Y'a cette contradiction. »

LA phrase : « Tuer sans la torture je trouve que c’est du gâchis »

 

Ärsenik

 

Laissons la parole aux concernés, en l’occurrence Lino : « ouais on était dans un délire peut-être un peu gothique, on parlait de cimetière, c’était très dark, tout ça, puis on est passés à autre chose, mais le truc c’est qu’aujourd’hui on a perdu le second degré. On n’a plus le droit aux images vraiment poussées. Donc oui, il y aura toujours des gens pour dire ‘’oui mais gnagnagna, l’enfer, blabla, pourquoi vous dites ça, c’est pas bien’’… C’est une métaphore, faut se calmer. L’enfer remonte à la surface, c’était juste notre manière à nous de dire que l’underground arrivait dans la lumière et allait bousculer le rap. C’est tout. »

LA phrase : « L'enfer remonte à la surface, aigres nègres hostiles sortis des ténèbres avec un style sponsorisé par les pompes funèbres », forcément.

 

Swift Guad

 

Pour Swift Guad on est clairement dans l’exercice de style assumé. Habituellement le bonhomme ne fait pas du tout de morceaux comme ça, mais il faut reconnaître qu’il a redoublé d’effort et franchement ça vaut le détour : description dégueu, menaces en tout genre, et clip soigné où on le découvre maquillé et surexcité au milieu de potes et de victimes bâillonnées.

LA phrase : « Je peux pas rester car chez moi j’ai des filles à ligoter, si tu veux avorter j’ai des aiguilles à tricoter »

 

 

Anfalsh

Le crew désormais composé par Casey, B. James et Prodige a toujours cultivé une passion pour l’esthétique des films d’horreur, depuis les pochettes des mixtapes Que d’la haine jusqu’à un grand nombre de freestyles où chacun se déchaîne et décrit les exactions qu’il souhaite infliger à différents ennemis : policiers, bourgeois en tout genre, racistes, rappeurs nuls, la liste est longue.

LA phrase : « l'équipe banlieusarde ne t'accorde ni pitié ni même miséricorde, te poignarde entre l'aorte et le myocarde et traîne ton corps sur plusieurs mètres à l'aide d'une corde »

 

Neochrome Hall Stars

 

Là c’est purement esthétique. Seth Gueko, Zekwe et Alkpote ont opté pour un clip qui n’a finalement presque aucun rapport avec ce qu’ils racontent sur le morceau, mais là encore on était obligé de le placer parce qu’en plus de transformer Zekwe en docteur tordu, le tout filmé dans un décor bien glauque, la vidéo intègre des séquences tirées du film La Maison des 1000 morts. Et ça c’est bien.

LA phrase : aucune, c’est vraiment de l’ambiance et du visuel.

 

La Rumeur

 

Autre incursion ponctuelle dans ce registre avec Hamé et le Bavar du groupe La Rumeur. Fidèle à leur style, ici rien n’est gratuit. Le premier couplet cible un juge et le second un commissaire, sauf que plutôt qu’une diatribe classique pleine d’insultes, ils décrivent, façon Freddy Krueger, le pire cauchemar de l’un et de l’autre, rattrapés par tous ceux qu’ils ont condamnés et enfermés.

LA phrase : « Et on fait bouillir la marmite et on danse autour sur une rythmique tribale, ce soir j’ai l’âme du cannibale et la rage de l’animal qui vise les parties vitales : comment se porte le commissaire avec les organes à l’air ? »

 

Don Choa

 

Là on est sur la version Disney/tout public de l’horrorcore mais ce serait injuste de ne pas mentionner ce morceau dans la mesure où c’est le seul qui a été exploité comme single et qui a donc touché un très large public à l’époque. Concrètement Don Choa part en egotrip en se mettant dans la peau de divers personnage de tueur en série de fiction et le clip monté « à l’envers » permet quelques surprises.

LA phrase : « J'aime bien le goût délicat qu'à la jeunesse dorée, les fils à papa, je te les soigne façon goret »

 

Sheitan (La Caution)

 

En réalité, ce n’est pas un « vrai » clip de La Caution dans le sens où Hi-Tekk joue un rôle : celui du rappeur leader d’un crew fictif nommé Sheitan (le morceau était utilisé dans le film du même nom), défini comme un groupe musical terroriste sans morale ni cause. Du coup, tout relève de la violence gratuite et de l’enchaînement absurde : des gens tabassés au hasard sans raison, un égorgement, un innocent brûlé vif, des prostituées d’un certain âge, des nains, des danseurs armés...

LA phrase : « Je déterre ta grand-mère et la viole comme une chienne et si t’es pas content je viole ton père. »

 


Crédit photo : VALDVEVO

 

Par Yérim Sar / le 12 octobre 2017

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