Le rap de Houston (part. 2/2) : Travi$ Scott, RiFF RaFF, Kirko Bangz et la scène actuelle

Par Yérim Sar / le 11 août 2017
Le rap de Houston (part. 2/2)
Si la scène de H-Town a influencé l’ensemble du rap américain, étrangement, elle n’est aujourd’hui plus vraiment au premier plan, ou en tout cas, pas autant que prévu, et c’est bien dommage. A moins que la nouvelle génération change la donne ?

Une fois l’enthousiasme et le phénomène de mode un peu passés, toutes les têtes de la ville ne sont pas vraiment devenues des superstars du rap alors que tout les destinait à ça. Evidemment, il reste la nouvelle génération, qui a de son côté mélangé pas mal d’influences pour arriver à se trouver une identité un peu hybride.

Que sont-ils devenus ?

Paul Wall, Chamillionaire se sont faits un peu plus discrets, Mike Jones a accumulé les embrouilles et les bourdes (ainsi qu’un procès autour d’une instru) ce qui l’a amené à s’éteindre presque aussi rapidement qu’il était monté. Slim Thug et Trae ont continué continué de charbonner, que ce soit sur le terrain des mixtapes ou des albums ; la qualité était toujours au rendez-vous mais les médias les ont un peu délaissés. Quant à Z-Ro, il a été retardé un temps par un problème de contrat avec son label mais a poursuivi son chemin en larguant régulièrement EP et projets en tout genre, sans jamais perdre son talent. Là encore, dans une relative confidentialité.

 

UGK a lâché l’album que tout le monde attendait, et on peut parler de classique pour Underground Kingz sauf que la mort de Pimp C a clairement tué dans l’oeuf ce qui aurait dû être la « seconde carrière » du groupe leader de la région. Bun B a continué en solo et quelques projets posthumes sont sortis malgré tout. Quant aux anciens comme Scarface, le bonhomme a également continué de livrer des solos de qualité, mais on est clairement plus proche de la fin de sa carrière que du début.

En 2014 a eu lieu un concert exceptionnel qui réunissait Paul Wall, Mike Jones, Bun B, Devin the dude, Z-Ro et Slim Thug, et il faut bien le dire ça sonnait surtout comme un trip nostalgique malgré les annonces de nouveaux projets de chacun.

 

Des artistes de premier plan comme A$AP Rocky ont totalement assumé l’influence des classiques de Houston sur leur travail, et pourtant on parle là d’un rappeur new yorkais à 100 %, ce genre de filiation était impensable à une époque. Drake également a très souvent chanté les louanges du rap de H-Town, allant jusqu’à faire un featuring virtuel avec le regretté Pimp C sur son album Views. Difficile aussi de ne pas mentionner Big K.R.I.T., qui ne rate jamais une occasion de mettre en avant les auteurs des classiques qui l’ont bercé.

Du coup, on se retrouve paradoxalement dans le même type de situation ingrate qu’à Memphis, à savoir une influence et une reconnaissance durable du rap game tout entier, mais une ville qui en elle-même, n’est plus vraiment au niveau d’exposition que l’on pouvait espérer. A une différence près : Houston continue de produire des stars.

Travis Scott

 

Le rappeur est un des plus connus actuellement, il fait des featurings avec à peu près toutes les têtes d’affiche du moment, connaît un succès monstre, il est même pote avec Bill Clinton (si si) bref, il n’a pas à se plaindre. En revanche, la plupart du grand public ne l’identifie pas vraiment comme un rappeur de Houston et lui-même ne le revendique pas plus que ça. Logique : Travis a passé toute sa jeunesse là-bas (avant de déménager à Washington puis à Los Angeles) mais il appartient à la nouvelle génération qui s’affranchit des codes spécifiques à leur ville ou région d’origine pour aller d’abord vers ce qui leur plaît, sans souci de la provenance. Ainsi il y a chez Travis des influences de Gucci Mane, de Young Thug (avec parfois un côté copycat un peu dérangeant m’enfin c’est pas le sujet) de la scène d’Atlanta en général mais pas vraiment de Houston. Forcément, ses choix de featurings suivent, mettant rarement en avant ses concitoyens. Et ça c'est mal, vilain Travis.

 

Riff Raff

 

Le roi des trolls. Riff Raff a défrayé régulièrement la chronique par ses frasques et a su se construire toute une carrière à partir de rien, uniquement bâtie sur son image hors-norme, volontairement comique. Même souci que précédemment, Riff Raff est avant tout vu comme un freak, ce qui empêche la plupart des gens de le considérer comme un rappeur de Houston, alors que pour le coup, quiconque tend l’oreille sur son travail reconnaîtra des influences affirmées derrière le côté cartoonesque de l’artiste.

 

Sauce Walka

 

Sauce Walka est peut-être celui qui assume et représente le plus l’héritage classique de sa ville. Après s’être fait connaître avec le tube 2 Legited 2 Quited, il a enchaîné en 2014 avec l’album In Sauce We Trust aux côtés de son compère Sancho Sauce. Et c’est peut-être un des meilleurs projets de la relève de Houston, en plus d’avoir été un succès régional : les lyrics sont plus soignés qu’il n’y paraît et le choix de beat toujours de qualité. Malheureusement (ou pas) c’est surtout le beef de Sauce Walka contre Drake qui a fait parler. En même temps c’est vrai qu’il était incroyable.

 

Kirko Bangz

 

Apparu aux yeux du monde vers 2009, Kirko Bangz s’inscrit dans un style plutôt chanté que rappé, autotuné et totalement dans les standards de son époque, plutôt orienté tubes de lover la plupart du temps. Il a lâché plusieurs tapes avant de prendre du retard en terme de sortie d’album, ce qui lui a un peu porté préjudice. Il pose régulièrement avec des gros noms mais n’oublie pas les vétérans de sa propre ville, d’où des collaborations avec Bun B, Z-Ro, Slim Thug ou Paul Wall.

 

Boss Hogg Outlaws

Il s’agit du groupe monté par Slim Thug, désireux de passer le flambeau autant que de croiser le micro avec des petits jeunes qui n’en veulent. L’aventure s’est arrêté en 2011 et tous les membres n’étaient pas forcément appelés à devenir des foudres de guerre mais au moins deux retiennent l’attention.

D’abord il y a Killa Kyleon, qui n’est pour le coup plus vraiment tout jeune (37 ans) mais qui reste une valeur sûre, tant pour son flow double time que pour le style général de ses projets, totalement ancrés dans ce qui a fait les belles heures du rap de la ville.

 

Settle 4 L.E.$ est le plus bosseur : Settle 4 L.E.$, anciennement connu sous le nom de L.E.$ (problème de droits autour du nom, il a dû changer, on ne juge pas), est le plus productif des rappeurs de la ville, lâchant mixtape sur mixtape à un rythme hallucinant. Influencé par la West Coast autant que par sa ville, il est attaché aux classiques auxquels il rend régulièrement hommage (en posant sur des faces B notamment) même s’il n’a aucun souci à tracer sa propre route.

 

Beyoncé

Ce n’est pas forcément ce qu’elle a mis le plus en avant mais à la base la star de RnB la plus connue du monde vient quand même de Houston. D’où le remix assez incroyable de I Been On qui réunit Scarface, Willie D, Bun B, Z-Ro, Lil Keke et Slim Thug... avec les confidences wtf en outro avec sa voix chopped & screwed où elle explique qu’elles et ses copines écoutaient du UGK en cachette quand elles étaient toutes petites. Alors hein.

 

Difficile de dire qui sera la relève de demain mais de nouvelles têtes comme Rob Gullatte, Cannon, Doughbeezy, Tawn P, KAB Tha Don, Dustin Prestige, Delo ou encore Dante Higgins devraient faire parler d'eux. Dans tous les cas, quoi qu’il advienne de la scène de Houston, la maxime que Slim Thug lâche dans Long Time restera toujours vraie :

If you don’t like Texas music, bitch you must be stupid  





Crédit photo : Johnny Nunez / Getty images

 

Par Yérim Sar / le 11 août 2017

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