Le procès de la "1ère dinguerie"

/ le 20 juillet 2015
Le procès de la "1ère dinguerie"
Les rappeurs Poposte et Rémy comparaissent mardi 21 juillet devant le tribunal correctionnel d’Angoulême. Leur morceau « 1ère dinguerie » n’a pas du tout fait rire les forces de l’ordre qui se font ouvertement insulter. Le syndicat de police Alliance a porté plainte pour incitation à la haine après que le clip ait été posté sur YouTube le 21 mars dernier.

"J'aime quand un flic va à l'enterrement d'un de ses collègues" ou "Toujours un sourire quand un flic crève" : voilà quelques extraits du single 1ère dinguerie.

Avec plus de 8 000 vues en six jours, la vidéo (qui a depuis été supprimée de YouTube) de Poposte et Rémy a fait le buzz. Mais les deux cousins originaires de Gond-Pontouvre (Charente) se sont mis à dos le syndicat de police Alliance qui qualifie leur clip de "déplorable" et d' "ordurier". Le 25 mars 2015, le parquet d’Angoulême a ouvert une enquête pour déterminer si les paroles de la chanson rentrent dans le champ des provocations à la violence ou à la haine.  

Rémy, 18 ans, déclare dans un article de Sud-Ouest que ce n’était que du second degré :

Ce n'est pas pour tout public. C'est vrai qu'on a des paroles “hard”, mais quand on écoute le rap de maintenant, ce n'est pas plus vulgaire pour les gens qui y sont habitués.


 

Mais pour Patrice Renet, policier de la Bac (Brigade anti-criminalité) ces attaques verbales ne passent plus :

On a l'habitude de se faire traiter de tous les noms mais, là, je pense à tous mes collègues qui sont tombés récemment en défendant nos institutions.


 

Depuis les attentats du mois de janvier, le contexte est beaucoup plus tendu. Genono, rédacteur en chef de Captchamag (site web spécialisé dans le rap), confirme :

Ca devient un peu plus compliqué d’appeler au meurtre, même si c’est fait avec du second degré. Dans le climat actuel ça passe encore, mais moins bien qu’il y a 20 ans.


 

 

Les rappeurs et les “flics“, une guéguerre éternelle ?

Les chanteurs ne s’attendaient pas à avoir des problèmes avec la justice, ce qui semble un peu naïf de leur part. Cela fait des années que des rappeurs sont condamnés pour avoir insulté la police dans leurs chansons ou sur scène.

 

 

Genono, rédacteur en chef de Captchamag :

De la haine antipolice dans le rap français, il y en a toujours eu. C’est quelque chose qu’on a le droit de faire.


 

En 1996, Joey Starr et Kool Shen prennent six mois de prison dont trois fermes pour « outrages » envers des policiers, à l’époque où NTM chante « Nique la police » dans le morceau Police.

Un an plus tôt, c’est le groupe Ministère A.M.E.R qui fait désordre avec Sacrifice de poulets écrit pour la bande originale du film La Haine.

Kenzy (le porte-parole) dérape complètement dans des interviews pour Rock & Folk et Entrevue:

Au lieu de s'en prendre à son voisin ou à l'épicier du coin, on dit dans notre disque qu'il faut aller brûler un commissariat et sacrifier un poulet. Quoi de plus normal ?


 

Dans Libération le manager de Ministère A.M.E.R est un peu trop optimiste :

Avec le rap, c'est la première fois qu'une partie de la population peut s'exprimer. Je comprends que ça fasse bizarre. Dans dix ans, il n'y aura plus de poursuites là-dessus..


 

C’était en... 1997. Kenzi s'était un peu avancé.

Pour Genono, c'est absurde de poursuivre ces jeunes :

Tu es au lycée, tu écris "Nique la police" sur la table. C'est un peu pareil sauf qu'eux, ils l'ont fait dans une chanson...

Dans ce cas-là faut qu'ils fassent un gros coup de filet et qu'ils s'attaquent à tous les groupes de rap de France.


 

En attendant, les deux jeunes Charentais risquent gros. S’ils sont jugés coupables de « provocation aux crimes et délits » (loi de 1881), la peine peut aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

A défaut du clip  de 1ère dinguerie qui n’existe plus sur YouTube, voilà le morceau D.S.P de Poposte et Rémy.

 


Crédit photos : POPOSTE / REMY capture-écran du clip 1ère dinguerie

Par Justine Chauvin

/ le 20 juillet 2015

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