Le navrant racisme country des dîners de l’officier Myers

Par Ludovic Pauchant / le 26 décembre 2014
A L.A, le navrant racisme country des dîners de l’officier Myers
Une vidéo postée sur le site de TMZ laisse entendre des policiers de Los Angeles entonner une parodie raciste d'une rengaine country de Jim Croce, qui vise ouvertement Michael Brown, le jeune afro-américain abattu par la police il y a quelques mois.

A l’heure où les cadeaux s’empilaient sous les sapins européens, que résonnaient dans les chaumières grelots de rênes et flutes de bambins pour célébrer Noël et pleurer le sacrifice d’un contingent de dindes, Outre-Atlantique, un aréopage de vieux briscards de la police s’essayait, lui, à l’exercice périlleux du chant raciste. Sur fond d’extrême tensions communautaires, le succès de la prestation a, semble-t-il, largement dépassé les espoirs de ses commanditaires. Un peu comme du pétrole sur un littoral breton. Ou comme de l’huile sur le feu, c’est selon.

Golf, ripaille caritative et chants racistes

Ainsi, alors que les ouailles de l’Oncle Sam se réchauffaient doucement après le froid glacial jeté par la mort de Michael Brown, ce jeune adolescent noir abattu il y a quelques mois par la police alors qu’il n’était pas armé, Joe Myers, retraité de la police de Los Angeles, lui, organisait un tournoi de golf caritatif.

Belle initiative que celle-ci, couronnée pour le plaisir de sa cinquantaine de participants par un joyeux repas dans un restaurant de la ville. La ripaille allait bon train, quand, dans les airs, s’éleva la voix de Gary Fishell, détective privé et ancien officier de la police fédérale, convoqué pour pousser la chansonnette.

Michael ressemblait à un vieux gruyère

Il a choisi Bad bad Leroy Brown, une rengaine country de Jim Croce. Le choix n’était pas malheureux, l’assaisonnement, lui, avait dès les premières notes un goût de vinaigre rance. Sauce saindoux xéno-wasp : "Michael Brown a pris une leçon en voulant se confronter à un policier qui déchire", "Michael ressemblait à un vieux gruyère ", "sa cervelle a éclaboussé le sol".

And he's bad, bad Michael Brown

Dans le texte, ça donne quelque chose comme :

Michael Brown learned a lesson about a messin, with a badass policeman

And he’s bad, bad Michael Brown, baddest thug in the whole damn town

Badder than King Kong, meaner than a junkyard dog

Two men took to fightin’, and Michael punched in throught the door

And Michael looked like some old swiss cheese, his brain was splattered on the floor

And he’s dead dead dead Michael Brown, deadest man in the whole damn town

His whole life’s long gone, deader than a roadkill dog

And he’s dead, dead, Michael Brown, deadest man in the whole damn town

 

Et un florilège de quasi-noms d’oiseau pour le jeune adolescent trépassé. Le soliste est rejoint par d’autres officiers. Un anonyme filme la scène, la publie sur le site américain TMZ.

Comme beaucoup d’entre vous, je trouve ça offensant et ridicule. Cela ne reflète pas les valeurs de la police de Los Angeles


Puis vint le tollé. D’abord la réaction, indignée, des internautes. Puis celle, émue, du chef de la police de Los Angeles, Charlie Beck, qui, sentant probablement l’odeur soufrée du scandale à venir, réagit vertement sur Twitter pour dénoncer l’écart 

 

 

"Comme beaucoup d’entre vous, je trouve ça offensant et ridicule. Cela ne reflète pas les valeurs de la police de Los Angeles". En assurant qu’une enquête serait menée pour identifier lesquels de ses ouailles étaient présents, que des sanctions seront prises.

La toile, elle, s’emballe, et le feu des morts de Michael Brown, Eric Garner, Akai Gurley, Tamir Rice, tous Noirs victimes de la police, est ranimé. Las, le mal était fait.

 

L'original, quand même beaucoup plus sympa, de Bad Bad Leroy Brown :

 

Crédit photo : Stephen Melkisethian

Par Ludovic Pauchant / le 26 décembre 2014

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