Le monde du rap complètement Charlie ... mais pas très loquace

/ le 14 janvier 2015
Le monde du rap complètement Charlie ... mais pas très loquace
Ils craignent peut être le retour de flamme. Du coup, impossible ou presque d'entendre un rappeur s'exprimer au micro ou devant les caméras après les attentats survenus la semaine dernière à Paris et dans sa banlieue. Pourtant, ils sont nombreux à s'être indignés sur Internet ou sur les réseaux sociaux, et ont apporté un soutien sans faille aux familles de victimes. En même temps, ça n'étonnera personne.

"Je tiens à présenter mes sincères condoléances aux familles et proches des victimes de la tuerie sauvage qui a eu lieu aujourd'hui au siège de Charlie Hebdo." Ces mots, ce sont ceux de Nekfeu, le leader du groupe de rap 1995. Des mots écrits sur sa page Facebook dans un post où le jeune homme avoue être "choqué" parl'attentat qui a touché l'hebdo satirique. Un post conclu par ces mots : "Paix et Amour . Pour de vrai". Le symbole est d'autant plus fort que Nekfeu, avait réclamé dans une de ses chansons « un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo". Ce qui n'avait pas manqué de créer une polémique l'an passé. "Monsieur Sable" a tenu à désamorcer tout de suite. "Certaines personnes malveillantes ont cru pertinent d’associer mon nom à cette horreur, en rappelant une pseudo-polémique dont j’ai fait l’objet il y a plus d’un an. Mes intentions de l'époque n'étaient évidemment pas de m'attaquer aux personnes sous quelque forme que ce soit, mais de me positionner en utilisant la liberté d'expression à égale provocation de celle revendiquée par le journal et ses auteurs." Au moins, c'est clair.

Diam's : "Française, musulmane et affligée."

Et Nekfeu n'est pas le seul a condamner fermement et sans reserve les tueries perpétrées par les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. Parmi les réactions les plus touchante, celle de Diam’s. La jeune femme a elle aussi utilisé Facebook pour dire son dégoût. "Française, musulmane et affligée. Je m’indigne de toutes les barbaries perpétrées ici et là au nom de l’islam. Je crains qu’une porte ne soit ouverte de haine mutuelle, de violence. Des fous agissent, du sang coule et c’est bien plus de gens qu’on ne pense qui sont touchés". Facebook, c'est aussi par ce biais que s'est exprimé Disiz. "Dévasté, triste", il y explique avoir "peur pour ses enfants. Je suis tétanisé par un cocktail de peur, de tristesse et de colère. Ça me touche et me remue le cœur sur trop de choses, je retiens des larmes depuis ce matin, des larmes de rage". Sur Twitter aussi, les rappeurs se sont exprimés. Nekfeu, encore lui, mais aussi Youssoupha.

Alors pourquoi tous ces rappeurs ne parlent-ils qu'à leurs fan via les réseaux sociaux ? Pourquoi ne s'expriment-ils pas ou presque dans la presse ? En effet, le seul à l'avoir fait, c'est Abd Al Malik, dimanche sur le plateau du 20h de Laurent Delahousse sur France 2. Tous deux sont revenus sur la marche républicaine. Pour l’artiste, c’est l’après qu’il est nécessaire de voir ensuite : « Pour qu’émerge une spiritualité laïque, une spiritualité républicaine dont la profession de foi serait pour de vrai : liberté, égalité, mais surtout fraternité ». La marche républicaine oui, mais c’est aux « politiques de pérenniser ça, de légiférer ».Les médias ont eux aussi leur rôle d’information à jouer selon lui, notamment parce que « les gens ne savent pas réellement ce qu’est l’islam, mais les gens ne savent pas réellement ce que signifie le concept de démocratie, de laïcité, de républicain ».

"Fatwa sur les cons", "Crucifions les laïcards"

Mais si Abd Al Malik est le seul à avoir fait des grandes déclarations, c'est aussi et peut être parce que les rappeurs craignent certaines formes d'amalgames. Médine par exemple a ainsi répondu à une demande d'interviex du quotidien Le Monde après les attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de la Porte de Vincennes : "Je doute que le contexte permette d’avoir un quelconque dialogue serein autour de cette question". Car Médine avait mis en ligne début janvier une vidéo qui avec le recul ne tombait vraiment pas bien. Le rappeur havrais y présentait sur YouTube le clip d’un nouveau titre, Don’t Laïk. "Fatwa sur les cons", "Crucifions les laïcards". Des paroles sujettes à interprétations après coup même si le jeune homme s'est exprimé sans détour condamnant les fusillades et témoignant son "soutien aux familles des victimes" dans un message posté sur sa page Facebook. Et Nekfeu de conclure, un peu pour tout le monde et lui aussi sur le réseau social  Facebook : "je suis juste un rappeur sincère issu du monde des clash : une discipline où les figures de style violentes ne sont jamais à prendre au pied de la lettre". Le message est clair. Il résume aussi, ce pourquoi les rappeurs n'ont pas forcément envie de répondre aux questions des journalistes. Sans doute n'ont ils pas envie de rentrer dans la polémique. Eux qui sont pour le coup des chantres de l'expression libre, au sens premier du terme.


Illustration Photo : Le rappeur parisien Nekfeu. Capture vidéo. 

Nekfeu & Alpha Wann (1995) -- Monsieur Sable (Prod. by Basement Beatzz) Clip Officiel.

/ le 14 janvier 2015

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