Le modèle allemand… en question

Par Gaële Joly / le 03 février 2012
Les bons et les … moins bons côtés du modèle allemand… épisode 2
A quel prix les Allemands ont-ils réussi à consolider leur économie ces dernières années? Le Mouv est allé prendre la température à Francfort, symbole de la réussite allemande, mais où les travailleurs pauvres sont aussi de plus en plus nombreux.

 

Flexibilité, dérégulation du marché du travail, baisse des charges, recours au chômage partiel, allocation universelle. Le modèle de compétitivité à l’allemande est-il si efficace ? Ces derniers mois, Nicolas Sarkozy l’a en tout cas cité de nombreuses fois en exemple, proposant même que la France amorce de grandes réformes pour ressembler au premier exportateur européen. Mais à quel prix les Allemands ont-ils tiré leur épingle du jeu ?

Lorsqu’on pose la question du secret de la compétitivité à l’allemande, la réponse est toujours la même quel que soit l’interlocuteur. L’indigné de Francfort installé au pied de la Banque Centrale Européenne, le jeune ingénieur du son du théâtre de Francfort, le patron de l’agence d’intérim en face de la gare centrale, l’ouvrier de chez Continental et les représentants de Verdi et IG Metall, les deux principales centrales syndicales parlent tous d’une baisse des salaires... et notamment des plus bas salaires en Allemagne.

Promenade dans Francfort, reportage de Claire Chaudière:

 

 

Tour d'IG Metall à Francfort

A la rencontre des Contis de Francfort

« Il y a deux mondes ici, les CDI et les intérimaires qui gagnent moitié moins », explique Pascal Annerfelt, 24 ans, qui travaille au sein du département jeunesse du puissant syndicat de l’industrie IG Metall. Il n’y a plus de limite pour les employeurs. Les jeunes ouvriers restent intérimaires plusieurs années, parfois 10 ans. L’apprentissage n’est plus la solution

Reportage à Continental Teves, Francfort, Claire Chaudière:

Un point positif: la flexibilité liée au chômage partiel qui aurait permis de sauver beaucoup d’emplois. « Il y a trois ans, lorsque la crise a frappé de plein fouet le secteur industriel, et notamment l’industrie automobile et ses sous-traitants, on a été d’accord pour assouplir encore la réglementation autour des mesures de chômage partiel » poursuit Pascal, notre guide d’IG Metall. « On est passé d’un an à deux ans maximum. Certains salariés ont touché 60% de leur paye pendant 24 mois. Ça a été dur. Mais aujourd’hui l’activité est repartie et on a sauvé les meubles ».

L’Allemagne, le paradis des petits boulots

« Depuis la réforme permettant aux employeurs de ne pas payer de charges pour les jobs à 400 euros ou moins, les petits boulots  se multiplient. Il y a de plus en plus de personnes avec un, deux, trois, quatre, cinq jobs à 400 euros ! Une récente étude a montré qu’autour de Francfort, un emploi sur cinq s’accompagne d’un salaire qui ne permet pas de vivre » s’inquiète le directeur exécutif régional de Verdi, le syndicat des commerces et services.

 

Association d'aide aux chômeurs à Francfort

 

Aïmat, 38 ans, bénévole dans une association d’aide aux chômeurs et « minijobbers » travaille dans un café de Francfort. L’équipe, raconte-elle, est composée de deux travailleurs en CDI à temps plein et de 23 minijobbers. En plus de ses 170 euros par mois pour 5 heures par semaines, Aïmat  touche 660 euros d’aide de l’Etat, dans le cadre de l’allocation universelle que touchent les travailleurs pauvres.

Reportage dans une association d’aide aux chômeurs de Francfort, Claire Chaudière:

 

 

Prospectus de l'association d'aide aux chômeurs : pour un salaire minimum

L’Organisation International du Travail épingle ce mois-ci la politique de compétitivité allemande par les bas salaires, y voyant une « cause structurelle de la crise de la zone euro » dans un rapport publié le 24 janvier. Les réformes amorcées dans les années 2000 sous Schroëder et présentées par beaucoup comme un modèle à suivre ont mis, selon l’OIT, la croissance des pays européens concurrents sous pression et expliquent indirectement les conséquences néfastes sur la viabilité de leurs finances publiques.

 

Les indignés de Francfort, devant la Banque Centrale Européenne

Plus d'infos :

http://www.mediapart.fr/journal/economie/300112/lallemagne-de-sarkozy-un...

http://www.slate.fr/lien/49391/obsession-allemande-sarkozy

 

Par Gaële Joly / le 03 février 2012

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