"Le lendemain" : crime à la suédoise [Cinéma]

Par Sébastien Sabiron / le 01 juin 2016
"Le lendemain" : spleen à la suédoise [Cinéma]
Le premier long métrage du suédois Magnus Von Horn évoque l'impossible réinsertion d'un ado dans son village, après avoir passé deux ans sous les verrous. Un drame sur le fil du rasoir, prenant et magnifiquement interprété par le Justin Bieber suédois.

John rentre chez lui. Lycéen, il a passé deux ans en détention, pour un crime qui a choqué toute la communauté. Ses camarades de classe ne lui ont pas pardonné, sa famille ignore comment gérer ce retour, la culpabilité, la honte. 


Pour son premier long métrage, Magnus Von Horn s'attaque a un sujet difficile. Le réalisateur suédois de 32 ans choisit d'ancrer son récit dans un petit bourg, au fin fond de la campagne suédoise. Un choix qui ne doit rien au hasard :

Cela ne pouvait pas se passer dans une grande ville. Il était important que le personnage ne puisse pas être anonyme. Tout le monde le connait. Tout le monde sait ce qu'il a fait. Il n'a nulle part où se cacher


 

Le réalisateur Magnus Von Horn © Sébastien Sabiron


Et la mise en scène retranscrit parfaitement ce sentiment oppressant. A l'image du ciel bas qui écrase la campagne suédoise, John plie sous le poids de la culpabilité autant que sous celui des regards accusateurs.

Il a payé sa dette envers la société, mais la communauté ne lui a pas pardonné. Une forme de double peine que l'ado devra assumer, quitte à vivre un martyre social.
 


La grande force du film repose sur son personnage principal, incarné par Ulrik Munther. Le suédois de 22 ans est une pop star en Scandinavie. Il s'est fait connaître avec des chansons sucrées et gentillettes, à mille lieues de son personnage à l'écran, froid et énigmatique.

Ulrik Munther © Nour Films


Véritable révélation du film, le jeune acteur débutant livre une partition tout en finesse et offre son visage d'ange à cet ado au passé démoniaque. Il n'était pourtant pas le premier choix du réalisateur Magnus Von Horn :

Le comédien qui devait incarner John a démissionné. Un jour, j'ai vu Ulrik à la télé. Je ne le connaissait pas, mais j'ai été fasciné par son visage, à la fois très beau et mystérieux. J'étais sceptique, ca je n'avais pas prévu d'engager un musicien célèbre. Mais il a fait un très bon casting. Et il a prouvé qu'il était parfait pour le rôle.



Malgré son dépouillement et une certaine économie de dialogues, Le Lendemain nous happe pour ne plus lâcher. Le récit ménage habilement le suspense quant au crime commis par le personnage principal. Si tout le village est au courant, le spectateur reste assez longtemps dans le flou pour porter sur John un regard dénué de jugement. 

© Nour Films


C'est aussi la grande force du film, qui ne porte aucun jugement sur ses personnages. On aurait pu craindre un film à thèse  un peu plombant, sur la rédemption d'un jeune criminel. Mais le récit ne verse jamais dans la démonstration et interroge sur la culpabilité, le pardon, l'adolescence... Un film qui bouscule et pose les bonnes questions.

> Le Lendemain, de Magnus Von Horn. Avec Ulrik Munther, Mats Blomgren, Alexander Nordgren, Wlesław Komasa, Loa Ek, Ellen Jelinek. Au cinéma le 1er juin.
 


 

Images d'illustration : © Nour Films

 

 

Par Sébastien Sabiron / le 01 juin 2016

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