Le guide du routard du rap français

Par Yérim Sar / le 14 juillet 2016
Le guide du routard du rap français
Il y a peu sortait le nouveau clip de Sofiane, 93 Empire, qui marquait le coup en réunissant de nombreux rappeurs du département. L'occasion de se remémorer les innombrables hits du rap français qui font honneur à leur provenance.

Cocorico ! Plus que toute autre musique, le rap est particulièrement attaché au code postal de ses interprètes, qui n'hésitent pas à le mettre en avant au détour d'une rime. Mais cela ne s'arrête pas là, parfois leur ville, quartier, département ou autre leur inspirent carrément des morceaux entiers où il s'agit de représenter le mieux possible sa zone d'origine, comme cela se fait régulièrement outre atlantique. Petit florilège façon guide du routard du rap français : ça tombe bien, on est le 14 juillet. Et c'est évidemment une liste non-exhaustive, sinon l'article ferait 30 pages.

 

La Seine Saint-Denis

 

 

Forcément, celui-ci est incontournable, tant il a été multi-diffusé à l'époque, que ce soit en radio ou à la télévision. Kool Shen et Joey Starr marquent leur appartenance au 93 en le clamant haut et fort sur un son entier. Ce qui est amusant c'est qu'ils ne comptent malgré tout pas vraiment sur des images qui font la part belle à un décor made in Seine-Saint-Denis. L'unique plan du clip est centré sur eux-même et ne montre que les deux artistes plus excités que jamais.

 

 

Descendant très énervé de l'hymne dionysien, le morceau de Tandem a largement marqué les esprits au moment de sa sortie. Pour se remettre dans le contexte, en terme de clip qui rameutent des foules entières, il n'y avait que Pour Ceux à l'époque, et c'était rétrospectivement assez bon enfant dans l'esprit. Mac Tyer et Mac Kregor, eux, ramènent une ambiance bien plus hostile et agressive et c'est ainsi qu'ils ont laissé leur empreinte dans le rap français.

 

 

Avec Kaaris on est plutôt dans l'egotrip mais son département n'est jamais très loin, que ce soit dans le plutôt planant 80 Zetrei qui réunissait autour d'une table pas mal d'autres rappeurs de Seine-Saint-Denis : Joey Starr, Despo, Nakk, Escobar, Shone, MacTyer. On a ensuite l'énervé S.E.V.R.A.N, qui résume l'ambiance de la ville avec un original « 2.7 Z.E.R.O. 9.3 : dans le fiacre à Ghislaine et Geoffroy ». On ne comprend pas bien pourquoi personne n'a repris la phrase sur les brochures touristiques de la commune mais il n'est jamais trop tard.

 

Casey a élargi sa zone d'appartenance puisque son morceau ne concerne pas que le 93 d'où elle est issue mais la banlieue nord dans son ensemble. Ni à fond dans l'egotrip ni dans la pleurniche la rappeuse énumère tout ce qui fait la particularité de son secteur. Comme le rappelle la reprise de sa rime en début de morceau « la banlieue nord reste première en matière de hardcore ».

 

Le petit dernier de la sélection est signé Sofiane et le bonhomme a réuni pas mal de têtes du département : Alpha 5.20, Shone, Kaaris, Nakk Mendosa, Busta Flex, Lartiste, Bakyl, Dinos Punchlinovic, Vald, GLK, Worms-T, Ixzo, Escobar Macson, Samat sans oublier Mac Tyer et Mac Kregor qui "reforment" leur groupe Tandem le temps d'une apparition aux côtés de Sofiane qui reprend la phrase culte "j'baiserai la France jusqu'à ce qu'elle m'aime" : l'héritage, la transmission, c'est aussi ça le hip hop et ça fait chaud au coeur. Bien sûr tout ce petit monde n'est pas là pour rapper avec Sofiane mais simplement pour faire acte de présence (on croise les doigts pour un remix collectif mais le morceau aurait duré un quart d'heure, c'est pas top) ; niveau couplets, le rappeur est simplement en duo avec Kalash Criminel et sa cagoule fétiche.

Paris

Concernant la capitale, nous en avions déjà fait le tour dans ce précédent article qu'on vous invite à (re)découvrir, mais n'oublions pas les artistes qui à défaut de dédicacer tout Paris sont restés concentrés sur leur quartier, en particulier le XVIIIe arrondissement.

Ainsi il est impossible de faire l'impasse sur le classique Dans ma rue de Doc Gynéco, qui porte un regard tendre et amusé sur l'ambiance et la population du secteur, en se payant le luxe de ne préciser qu'à la toute fin du morceau qu'il parle bien du XVIIIe, même si c'était assez évident pour les oreilles attentives.

Vient ensuite Aki avec Quartier Rouge, qui désigne en fait Pigalle. Ici c'est l'ambiance nocturne et ouvertement crapuleuse qui est mise en avant par le rappeur : les sex shops, le strip tease, les demoiselles de petite vertu, les embrouilles, etc. Ce n'est pas un hasard si Aki a choisi l'analogie avec le Quartier Rouge d'Amsterdam : les connaisseurs, et ils sont nombreux, apprécieront la référence.

 

Enfin, difficile de ne pas parler de la Scred Connexion, groupe emblématique de Barbès. Pour le coup ils ont signé plusieurs morceaux dédiés à leur quartier, une quantité astronomique de rimes et d'allusion à « Bezbar ». Bref, à moins d'être sourd et aveugle, nul n'est censé ignorer que « Scred Connexion, c'est le groupe qui habite à côté de Tati ».

Les Yvelines

Le département du 78 a connu une première heure de gloire avec les légendaires enfants sauvages qui constituaient le groupe Expression Direkt. Pour leur entrée dans le rap, Kertra, Weedy, le T.I.N et Delta mettent les pieds dans le plat en compagnie de Big Red au refrain et revendiquent directement leur provenance pour mieux se distinguer du rap parisien. On se souvient, ému de l'ouverture fracassante de Kertra et son « débarquement de Mantes-La-Jolie, en provenance du Val Fourré, quiconque me redit qu'on vient de Paris, j'm'occupe de lui et de sa re-mè ». En plus, le clip est assez original pour l'époque, et met en scène les membres du groupe en résistants/évadés/gangsters qui combattent le pouvoir en place.

 

Gros bond en avant avec cet anthem qui réunit plusieurs têtes du 78. Cette fois l'inspiration et l'esthétique sont clairement basées sur les codes US, et le résultat est sympathique, ne serait-ce que pour les passages de Moms et Gued'1.

Le Val de Marne

 

Kery James est plus connu pour ses morceaux engagés sur des thématiques précises, mais lorsqu'il décide de se lâcher niveau egotrip, il n'a pas vraiment grand-chose à envier aux pros du genre. En témoigne ce hit très énergique où il identifie son département au célèbre club de foot espagnol. A noter que dans le morceau Différents, Ademo (PNL) reprend la rime à sa façon : « 94 c'est le Barça, 91 c'est le Brésil, ouais connard va le dire à Kery ».

 

Rohff a été un des premiers à signer un morceau entier qui repose sur l'énumération des communes de son département. Il n'y a pas à dire, le MC de Vitry aime son 94 comme personne.

 

Nouveau posse-cut made in Vitry. Le 113 a invité pas moins d'une trentaine de rappeurs de leur ville pour poser sur le morceau sobrement intitulé Vitry Nocturne.

L'Essonne

Fier représentant des Ulis, Sinik a lui aussi offert un hymne à son département avec L'Essonne-gelesse (jeu de mot avec Los Angeles). Un morceau tout ce qu'il y a de plus classique, mais on notera la légère faute de goût lorsque le cri récurrent « OH » fait suite à la phrase « c'est ici que sont les hommes », ce qui donne vous l'aurez compris un involontaire « c'est ici que sont les homos », mais personne n'est parfait.

Issus de Grigny, les LMC Click ont signé un banger à la gloire de leur code postal et l'ont remixé en invitant un bon nombre de leurs collègues (Grodash, Al Kpote, Nubi, Ol Kainry...) pour un résultat bien entraînant. Le rappeur Grodash a en quelque sorte offert une sorte de suite au morceau avec son Yeah Moggo Remix, qui réunit lui aussi beaucoup d'artistes du 91 mais n'a malheureusement pas été clippé. Dommage.

 

Le morceau Panam Boss de La Fouine a été l'objet de plusieurs remix, dont celui-ci, qui fait la part belle aux rappeurs de Corbeil. Même si les membres de PNL en sont absents, on a droit à des apparitions d'une très grande partie des artistes de la ville.

Marseille

La deuxième capitale du rap a également engendré de nombreux hymnes, comme l'incontournable Bad Boys de Marseille qui était illustré par un joli clip à l'époque. Bien des années plus tard, Grodash offrira une version parisienne du morceau, sans doute soucieux de la demande du public allergique à l'accent sudiste. De son côté, Sat a quant à lui prolongé l'aventure avec Marseille City, focalisé sur le côté dur de la ville, avec des allusions à la grande époque de la French Connexion.

A l'occasion de la sortie du film Comme un aimant réalisé par Akhenaton, un ovni issu de la BO n'en finit plus de tourner en radio : Belsunce Breakdown de Bouga. Cette fois le son est indissociable du clip qui nous emmène en virée avec l'artiste dans les rues de sa ville.

 

Keny Arkana a elle aussi posé un morceau entier qui sonne comme une déclaration d'amour aux quartiers populaires marseillais avec Les Murs de ma ville. Il existe d'ailleurs une autre version du morceau que celle ci-dessus, mais elle est moins entraînante. Celle-ci a le mérite d'avoir une instru très sudiste dans l'ambiance (ce qui ne veut strictement rien dire mais c'est l'impression que ça donne).

Bordeaux

Même s'il vient directement d'Afrique, le rappeur Black Kent a offert à sa ville d'adoption un hymne façon tube à l'américaine en bonne et due forme. 

Montpellier

Même chose pour Joke qui a mis Montpellier sur la carte avec son MTP Anthem, entre egotrip et attachement à sa ville de base.

Le Havre

Le soldat de Din Records a lui aussi rendu un bel hommage à sa ville avec un banger en featuring avec son compère Brav. A la fois fier de sa commune et pragmatique, le texte reste optimiste tout en ne cachant rien des réalités du Havre : la pauvreté de certains quartiers mais aussi la météo, sur laquelle le rappeur ironise complètement ("Je considère comme radieux ce que t'appelle ciel de merde, j'y vois plus clair quand le soleil est voilé, chez nous les ultra-violets portent la burqa toute l'année"). En prime on a même droit à une blagounette en fin de morceau.

 

Le Val d'Oise

 

Pour son retour au hardcore avec l'album Rimes Passionnelles, Stomy Bugzy a remis le Z dans son nom (c'est peut-être un détail pour vous mais pour lui ça veut dire beaucoup) et accouché d'une déclaration d'amour à sa ville d'origine en compagnie de Driver. Efficace.

 

Les Hauts de Seine

En ce qui concerne le 92, c'est surtout la ville de Boulogne qui est représentée ; logique puisque c'est là que se trouve un véritable vivier de rappeurs, depuis l'époque des Sages Poètes de la Rue jusqu'à aujourd'hui. On peut espérer que cela change avec Kekra, et c'est vrai que ce serait pas mal d'avoir enfin un rappeur qui sait compter et dit "80 zedou" plutôt que "9 zedou" quand il évoque le département. En attendant, Salif a livré plusieurs hits de rue dédiés à sa ville, comme Boulogne Boy qui met les points sur les i avec son sympathique « Quartier Pont de Sèvres, nos familles vivent dans le rouge, quel est le fils de pute qui nous a traité de banlieue bourge ? »

Accompagné de son collègue Exs et du rappeur Fofo 44, il a récidivé sur Big City du crime où il lâche un couplet qui prend un malin plaisir à faire du name-dropping avec les noms de ville du département, ce qui donne des phrases joyeusement hasardeuses comme « moi je vends comme à Vanves, nique ta mère comme à Asnières ». Et dans la bouche de Salif, ça passe bien, parce que c'est comme ça.

Moins connu que les autres exercices de style de son confrère, le morceau de Sir Doum's n'est pas à négliger, déjà parce qu'il porte carrément le nom de sa ville mais surtout parce que le rappeur n'a rien perdu de sa technique et son flow hargneux.

On pourrait inclure Boulbi de Booba mais malgré le titre le morceau ne parle finalement pas ou peu de la ville d'origine du rappeur. A l'inverse, le refrain d'Ecoute bien est, lui, parfaitement dans le thème.

 

La totale

Sur le modèle du morceau des Ruff Ryders, le groupe Sniper a invité un représentant de chaque secteur d'Île-De-France sur leur morceau, ce qui donne une combinaison inédite entre Diam's, Sinik, Haroun, Salif, Zoxea, L'Skdrille et bien d'autres.

Et ne soyons pas chauvins, ce style de morceaux n'est pas limité aux frontières hexagonales, la preuve il n'y a pas si longtemps avec le banger Bruxelles Vie signé Damso, qui tenait à être identifié comme Belge avant tout comme il nous le disait explicitement.

 



 

Crédit photo : capture d'écran youtube

+ de Sofiane sur Mouv

Par Yérim Sar / le 14 juillet 2016

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