Le demi-siècle du "casse du siècle"

Par Augustin Arrivé / le 08 août 2013
Le demi-siècle du "casse du siècle"
C'était le 8 août 1963. Deux millions et demi de livres sterling étaient dérobées dans un train postal qui reliait Glasgow à Londres. Cinquante ans après, on ne connait toujours pas le fin mot de l'histoire. Un survivant s'apprêterait à parler.
[MaJ] L'un des braqueurs du fameux "casse du siècle" est décédé le 18 décembre. L'occasion de relire notre dossier sur la fameuse affaire, et de faire la connaissance de Mister Ronnie Biggs.

 

Il s'appelle Douglas Gordon Goody. Au début des swinging sixties, il tient un salon de coiffure en Grande-Bretagne. Le 7 août, avant de quitter le boulot, il récupère quelques trousses de maquillage et des masques, qu'il utilise habituellement pour ses clientes. Cette fois, il ne s'agit pas de ça.

 

 

La nuit suivante, avec 17 potes, il se poste près d'un chemin de fer, court-circuite la signalisation. Un train postal est forcé de s'arrêter. Ils montent à bord. Le fric est dans le deuxième wagon, ils abandonnent les autres. Dans la bande, un ancien cheminot mène la loco et les deux voitures dans un coin plus calme, sur un vieux pont de banlieue, le Bridego Bridge.

 

David Niven est le cerveau du casse dans Le cerveau, réalisé par Gérard Oury © Gaumont, 1969

 

Ils assomment les postiers, mais aucun coup de feu ne sera tiré. 128 sacs bourrés de billets sont subtilisés. Deux millions et demi de livres sterling. L'équivalent actuel de soixante millions d'euros. Comment étaient-ils au courant de l'existence de ce butin ? Mystère. L'informateur n'est jamais identifié.

 

Horst Tappert, membre du gang dans Die Gentlemen bitten zur Kasse, de John Olden © Egon Monk, 1966

 

A défaut de retrouver l'oseille, les gangsters sont rapidement identifiés. Les empreintes digitales ne trompent pas. Douglas, comme une bonne partie de ses camarades, sont arrêtés. Bruce Reynolds et Ronnie Biggs, deux des leaders du groupe, réussissent à s'enfuir au Brésil. Le second recevra à Rio la visite d'Albert Spaggiari, autre gangster fantasque, tout en perruque le temps d'un petit entretien vidéo :

 

Interview de Ronnie Biggs par Albert Spaggiari, 1981

 

Ronnie rencontre aussi les Sex Pistols, avec lesquels il enregistre deux chansons. Il rentre au Royaume Uni en 2001. Il y sera emprisonné jusqu'en 2010, où il est relâché pour raison de santé. Bruce Reynolds est rentré lui aussi. C'était en 1968. Condamné à 25 ans de tôle, il n'en purge que dix avant d'être libéré. Il est mort en mars dernier. A son enterrement, Ronnie signera avec ses doigts le V de la victoire.

 

Douglas Gordon Goody a pris trente ans, comme la plupart de ses copains, mais il est sorti dès 1975. Il rejoint l'Espagne avec sa famille. Il s'y était acheté une petite villa avec le magot, et bosse dans un bar en attendant la retraite. Aujourd'hui, il a 84ans, et il a annoncé le week-end dernier qu'il allait bientôt révéler l'identité de leur informateur. Ce sera dans un documentaire diffusé avant la fin de l'année. Sacré teasing !

 

Phil Collins, bandit en fuite dans Buster, réalisé par David Green © Hemdale Film Corporation, 1988

 

Depuis cinquante ans, son histoire a excité des dizaines de romanciers, scénaristes et autres artistes en tout genre. L'attaque du train-postal, surnommé en son temps "le casse du siècle", a été rejouée par Horst Tappert (période pré-Derrick), Jean-Paul Belmondo et Phil Collins. Une grande histoire de gangster, arrogants et pleins de panache. Un côté punk qui leur assure l'éternité.

 

Par Augustin Arrivé / le 08 août 2013

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