Le créateur de Flappy Bird saborde son appli

/ le 10 février 2014
On a sabordé Flappy Bird
L’application gratuite la plus téléchargée sur smartphones et tablettes a été mystérieusement retirée dimanche des plates-formes de téléchargements légales par son créateur. Le jeu était pourtant téléchargé 2 à 3 millions de fois par jour sur iOS et Android.

 

Les accros aux applis peuvent reprendre une vie normale : Flappy Bird a été retiré dimanche des plates-formes de téléchargements légales par Nguyen Ha Dong, son créateur.

Dans l’immense diversité des volatiles pénibles, Flappy Bird était sans doute le plus agaçant. A son tableau de chasse : crise de nerfs, smartphones envoyés contre les murs. Et des heures perdues à tenter de passer le premier niveau de cette application hyper addictive. Lancé en mai, le jeu propose de faire avancer un petit oiseau en tapotant sur l’écran pour le faire passer entre des tuyaux tueurs et lui éviter les crashes au sol. Le principe du jeu est simplissime, mais dépasser les 10 points relève du quasi exploit olympique. En somme, la recette miracle pour rendre accro… et faire décoller chaque jour davantage le nombre de téléchargements de l’appli, la plus populaire sur smartphones, téléchargée 2 à 3 millions de fois par jour sur iOS et Android.

 

50.000 dollars par jour de recettes publicitaires

Quelle mouche a donc piqué Nguyen Ha Dong ? Dimanche, le jeune Vietnamien de 29 ans avait expliqué laconiquement sur Twitter que son jeu avait "ruiné sa vie", que maintenant il le "détestait". Et que donc, "dans 22 heures", il allait retirer son jeu des boutiques en lignes. Dont acte : lundi, Flappy Bird n'était pas disponible dans les App store d'Apple aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

Stupeur et incompréhension dans la planète appli : en plus d’être l’application la plus téléchargée sur les plates-formes, le jeu générait 50.000 dollars par jour de recettes publicitaires de l’aveu même du jeune développeur. Alors, autour de ce mystérieux retrait, les spéculations vont bon train.

 


Avec son graphisme dépouillé et ses pixels rétros, l'appli rappelle furieusement les premiers Mario.

Des menaces de Nintendo ?

Graphisme barbouillé au pixel, peu de couleurs, deux dimensions, de grandes colonnes, un petit animal sauteur... Et, justement, un furieux air de déjà vu du côté de Piou Piou Contre les Cactus, un jeu français du développeur Kek. Et de Super Mario Bros, l'un des premiers "Mario" de Nintendo. Le pionnier japonais des jeux vidéos aurait-il fait pression sur le jeune Dong ? Des amis du développeur murmurent que Nintendo lui aurait envoyé une lettre d'avertissement. Avait-il envisagé de poursuivre le créateur de Flappy Bird pour plagiat ? L’éditeur de jeux japonais assure que non : "On dirait bien une rumeur et si c'est le cas, nous ne ferons certainement pas de commentaire".

it is not anything related to legal issues. I just cannot keep anymore


 

Même son de cloche du côté de Nguyen Ha Dong, qui affirme que le retrait n’est "pas du tout lié aux questions juridiques", qu’il ne pouvait "simplement plus le garder". Les mauvaises langues ricanent déjà sous cape : pour une firme comme Nintendo, avouer poursuivre en justice un jeune créateur aurait été désastreux en termes d’image, tandis que reconnaître le plagiat aurait été honteux pour le jeune Vietnamien.

L’ombre des addicts vengeurs

D’autres avancent l’hypothèse d’une pression insoutenable provoquée par le flot des insultes de joueurs à bout de nerfs, notamment sur les forums. Les utilisateurs à cran ont même leur page Facebook I Hate Flappy Bird, tandis que les vidéos de smartphones explosés contre les murs fleurissent sur YouTube. Voilà pour le spectre des passions meurtrières d’addicts vengeurs.

 

Les accros à bout de nerfs ont leur page sur Facebook (Capture d'écran)

Plagiats de plagieur

Plus près de considérations bassement terriennes, il y a, ailleurs, l’hypothèse du coup de com’. Nguyen Ha Dong a bien répété sur Twitter que son jeu n’était pas à vendre, mais aussi qu’il continuerait à développer d’autres jeux. Après avoir rendu accro des millions de joueurs, certains y voient donc une manière comme une autre de faire parler de lui et de ses nouveaux projets.

Le mystère reste entier et l’affaire à suivre. En attendant, certains surfent déjà sur la vague : Flappy Bee, Flappy Bird Flyer, Flappy Plane, avec graphisme plus ou moins identique et principe quasi similaire… A peine Flappy Bird était-il sabordé en plein vol, qu’un flot ahurissant de petits frères lui empruntait un peu de son succès : pour une poignée de dollars, les plagiats du plagieur pouvaient bien faire cuicui… Pendant ce temps, d'autres oiseaux bien avisés proposaient leurs antiques smartphones sur e-bay avec l'appli déjà chargée, à des prix défiant toute cohérence.

Le mardi 11 février, après la polémique, Nguyen Ha Dong expliquait dans Forbes qu'il avait retiré son appli des circuits de téléchargements parce qu'elle était devenue un produit "addictif", et que ç'en était donc devenu un "problème".

Ludovic Pauchant

/ le 10 février 2014

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