Le Chat errant du Rabbin

Par Augustin Arrivé / le 30 août 2015
Le Chat errant du Rabbin
Le quadrupède de Joann Sfar est de retour après neuf ans de silence. Autant dire que ce bavard a emmagasiné de quoi palabrer. Dans ce nouvel opus, plutôt désespéré, il erre avant tout en lui-même.

"Trois heures sans toi, c'est long comme une vie", avoue le chat à sa maîtresse dans ce tome 6. Joann Sfar doit certainement penser de même à propos de sa table à dessin.

Nous avions laissé l'auteur, fin mai, lorsqu'il nous livrait son dernier carnet intime, le passionnant Si Dieu Existe. Entretemps, il a sorti un film (La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil), et a donc eu le temps de boucler deux nouveaux albums félins : un autre carnet, Je t'aime ma chatte, et ce sixième Chat du Rabbin.

 

Extrait de "Le Chat du Rabbin", tome 6, par Joann Sfar © Dargaud, 2015

 

L'hyperactivité de Sfar n'avait pourtant pas profité, ces dernières années, à ce Chat qui fit sa renommée. Disparu des librairies depuis 2006, on n'avait eu de ses nouvelles qu'au cinéma. C'était en 2011 : une adaptation parfaitement menée, portée par la voix de François Morel.

Le manque était peut-être trop grand pour repartir sur les mêmes sentiers. Si notre matou n'a pas changé (toujours amoureux, jaloux, philosophe et égocentrique : "si c'est pas moi, qui ça peut bien être, le centre du monde ?"), en revanche il ne bouge plus de sa ville. Il va l'arpenter, de long en large, de bonds en larmes.

 

Extrait de "Le Chat du Rabbin", tome 6, par Joann Sfar © Dargaud, 2015

 

On retrouve son angoisse du tome 3 : il a l'impression de perdre sa place dans le cœur de madame. Le fautif n'est plus le mari mais le futur enfant. Car Zlabya est enceinte. "Est-ce que tu m'embrasseras encore quand tu auras ton enfant ?"  Désespéré des humains, il cherchera d'abord l'aide de Dieu, avant de tenter de se retrouver parmi les animaux. Il ira de désillusion en désillusion. Malin mais pas très réjouissant, ce chat.

 

Extrait de "Le Chat du Rabbin", tome 6, par Joann Sfar © Dargaud, 2015

 

Un nihilisme plane sur l'ensemble. "Je ne crois même plus aux êtres humains." Et s'il parait lucide, il est aussi, par définition, bien triste. Le bonheur serait de pouvoir se contenter d'un monde plus qu'imparfait. Il faut accepter les défauts des hommes, apprécier malgré tout leur compagnie. 2015 n'est pas l'année la plus heureuse qui soit, Tu n'auras pas d'autre dieu que moi suit la même ligne. La ligne obscure.

 


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Illustration de couverture : Le Chat du Rabbin, tome 6, par Joann Sfar © Dargaud, 2015


Par Augustin Arrivé / le 30 août 2015

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