Le charmant désenchantement des années Mitterrand

Par Augustin Arrivé / le 20 août 2014
Le charmant désenchantement des années Mitterrand
Pour son premier long-métrage de fiction, Nicolas Castro raconte les espoirs déçus du peuple de gauche après l'élection de François Mitterrand. Un sujet rarement (et bien) traité, quelques grosses ficelles, et une camaraderie communicative.

 

La critique d'Augustin Arrivé :

 

Fallait-il s'appeler Castro pour parler enfin de l'arrivée de la gauche au pouvoir ? En tout cas, avec ces Lendemains qui chantent, le Nicolas du même nom conte ça très bien, entre plongeon nostalgique et comédie tendre : Mitterrand qui s'affiche ligne par ligne sur une télé de 1981, l'espoir qu'il suscitait dans les classes ouvrières (ici une famille portée par un syndicaliste de l'usine Manufrance de St-Etienne), espoir vite réduit à néant, le tournant de la rigueur et les années fric qui mêlait politique de renoncement et business crapuleux, télévision et vulgarité, minitel et sexe tarifé.

 

Bande-annonce de "Des lendemains qui chantent" de Nicolas Castro © UGC Distribution, 2014

 

Un désenchantement jamais traité jusqu'ici sous cette forme. Les années Mitterrand au cinéma ne se focalisaient que sur des détails (les cuisines de l'Elysée dans le récent Les saveurs du palais, ou la maladie du président dans Le promeneur du Champ-de-Mars). Cette fois, avec la rupture entre Pio Marmai, militant intransigeant, et Gaspard Proust, son frère opportuniste, Nicolas Castro nous décrit une vague qui emporta le peuple français dans son ensemble : la division des valeurs à la base de la gauche.

 

Extrait de "Des lendemains qui chantent", de Nicolas Castro © UGC Distribution, 2014

 

Le scénario se fait plus claudiquant quand il s'agit de parler d'amour (l'intrigue inutile qui voit hésiter Laetitia Casta entre les deux frères sent le réchauffé), mais la reconstitution eighties est très bien rendue, avec une utilisation maline de quelques archives d'actualités navrantes. En somme, une version légère du Nos Meilleures années de Marco Tullio Giordana, moins époustouflante mais simple et charmante. Le mérite en revient en partie au casting, juste et empli de sympathie (mention spéciale à Ramzy Bédia qu'on n'aurait pas imaginé, a priori, dans ce rôle de Xavier Niel). Inquiétant tout de même pour les élections qui viennent.

 

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Photo de couverture : affiche du film © UGC Distribution, 2014

Par Augustin Arrivé / le 20 août 2014

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