Le boss d'Amazon s'offre le Washington Post

/ le 06 août 2013
Le boss d'Amazon s'offre le Washington Post
Jeff Bezos, fondateur du géant du commerce en ligne rachète le quotidien américain pour une bouchée de pain. En France, le patron de Free possède une partie du "Monde". Où quand les magnats du numérique font main basse sur la presse traditionnelle.

 

Good news or bad news ? En tout cas, la nouvelle a surpris tout le monde, à commencer par les journalistes du Washington Post. Jeffrey P. Bezos, s'offre l'un des fleurons de la presse américaine pour 250 millions de dollars (190 millions d'euros.) Une acquisition "en son nom propre" et non en tant que patron d'Amazon.com.

Jeff Bezos, papa d'Amazon

 

Contrôlé depuis près de 80 ans par la famille Graham, le "Wapo" a révélé le scandale du Watergate, à l'origine de la démission de Richard Nixon en 1974. Plus récemment, le quotidien a été le premier a sortir l'affaire Prism, programme de surveillance des internautes du monde entier par les Etats-Unis. 136 ans d'enquêtes et de révélations, mis à mal ces dernières années par le déclin des ventes de publicité dans la presse papier.

"Nixon démissionne", une du WP le 9 août 1974

A 49 ans, la 19 ème fortune mondiale fait figure d'homme providentiel. Mais Jeff Bezos est aussi une personnalité controversée, souvent détesté dans le monde de l'édition pour avoir écrasé les prix du livre afin de contrôler le marché.

"Les valeurs du Post ne changeront pas"

Dans une lettre adressée aux salariés, Jeff Bezos promet de laisser en place l'équipe dirigeante et de ne pas interférer dans la ligne éditoriale du journal.

"Je comprends le rôle crucial que le Post joue à Washington et dans notre pays, et les valeurs du Post ne changeront pas"


 

Mais il promet aussi des "changements dans les années à venir", sans doute dans le sens d'une convergence avec Amazon. Premier site de E-commerce au monde, la plateforme a su se diversifier en lançant la liseuse Kindle, puis le Kindle Fire, tablette numérique à bas prix venue chasser sur les terres d'Apple.

Kindle Fire HD

On peut imaginer que la version numérique du Post se retrouvera très vite sur le Kindle Fire, sans doute à travers un abonnement offert avec la tablette. Les contenus du Post pourraient apparaître également sur le portail en ligne d'Amazon, une perspective salutaire pour le journal, qui à l'inverse du New York Times, a très mal négocié le virage numérique (du tout gratuit financé par une publicité en plein déclin.)

Bon samaritains 2.0

Pour la presse traditionnelle, le soutien des magnats de l'économie numérique semble aujourd'hui l'une des rares planche de salut. En France, Le Monde a récemment ouvert son capital au triumvirat Pierre Bergé, Matthieu Pigasse, Xavier Niel : un mécène, un banquier et un "E-patron".

Xavier Niel © AFP

Pour Xavier Niel, fondateur de Free, patron d'Iliad, ex-magnat du minitel rose et repris de justice, l'opération a tout d'une quête de respectabilité. Tout comme Bezos avec le Post, Niel rassure à coup de déclarations d'intentions :

Le Monde est un bien commun. Nous avons décidé d’investir dans cette institution, certes parfois élitiste, mais nécessaire, afin de la sauver tout en évitant qu’elle tombe dans des mains partisanes.


 

Mais les observateurs d'Acrimed (Action-Critique-Médias) dénoncent bien vite ce qu'ils considèrent comme une prise d'influence du nouvel actionnaire : une couverture très large de l'arrivée de Free Mobile dans les colonnes du journal, pas un mot en revanche des pratiques managériales brutales évoquées par certains salariés de Free dans les autres médias.

Les acteurs du numérique sauveront-ils la presse ? Ou vont-ils l'asservir ? On s'inquiétera sans doute un peu plus quand Google rachètera le New York Times. En attendant, pas sûr que Dassault et Lagardère agissent toujours en faveur du pluralisme de l'information.

 
Suivez Sébastien Sabiron sur Twitter : (@sebsabiron)

 

/ le 06 août 2013

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