Mafia blues

Par Augustin Arrivé / le 03 octobre 2014
Le blues peut-il surpasser la mafia ?
Dans ce second et ultime tome de "Blue Note", Mathieu Mariolle et Mikaël Bourgouin nous replongent dans le New York des années 1930, vérolé par la corruption. Cette fois, notre compagnon de voyage est un jeune bluesman surdoué, courtisé par les gangs.

 

Vous pensiez qu'une bande dessinée était une oeuvre silencieuse, purement picturale ? Ouvrez ce deuxième tome de Blue Note. Au hasard : page 10. La musique danse à vos oreilles, frappe vos tympans. Quand RJ commence à gratter sa sèche, sa guitare quitte les pages de l'album et embaume votre pièce. "Une sensation que j'ai jamais pu expliquer...", raconte le narrateur, "l'essence du blues".

 

Extrait de "Blue Note, tome 2", par Mathieu Mariolle et Mikaël Bourgouin © Dargaud, 2014

 

Déjà remarquable dans le précédent volet, le dessin de Mikaël Bourgouin est ici, dans ces scènes de concerts, d'une splendeur éreintante. Ses pages sont des peintures vivantes, teintées de brun lorsqu'il présente la jungle new yorkaise, sa violence et ses excès, plongées dans le bleu quand la musique commence.

Le premier volume du diptyque suivait la remontée sur le ring de Jack Doyle, boxeur fatigué, émigré irlandais qui s'était juré de ne plus toucher à l'alcool prohibé des clubs new-yorkais. Point de Jack dans ce tome 2, ou si peu. On le croise. Ceux qui ne le connaissent pas ne seront donc pas perdus. Le scénariste Mathieu Mariolle nous présente un autre garnement, RJ, p'tit mec de la campagne sudiste venu tenter sa chance comme guitariste dans une ville qui ne dort jamais.

 

Extrait de "Blue Note, tome 2", par Mathieu Mariolle et Mikaël Bourgouin © Dargaud, 2014

 

RJ est un génie, ses doigts surpassent toute la concurrence, et le voilà vite remarqué. A qui doit-il s'offrir ? Vincenzo lui propose de monter sur scène, Théo lui promet l'enregistrement d'un album. Problème : tous deux sont mafieux jusqu'au bout du costard. Et s'ils n'aimaient pas danser, on jurerait qu'ils respirent des mélodies de Nino Rota.

 

Extrait de "Blue Note, tome 2", par Mathieu Mariolle et Mikaël Bourgouin © Dargaud, 2014

 

Les destins de Jack et RJ sont liés. Autour d'eux, les patrons de club commencent à flipper. Les dernières heures de la prohibition, ça veut dire la fin d'un business. Et un homme d'affaires doit savoir s'affairer. La musique de RJ, cette musique du diable qui fait se pâmer ces dames, pourra-t-elle leur sauver la mise ? Mariolle et Bourgouin laissent s'installer le suspens. On se soucie finalement moins de l'intrigue principale que de l'évolution artistique du héros. A la fin de l'album, vous vous dirigerez d'ailleurs sans y penser vers votre platine vinyle.

 

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Critique : Augustin Arrivé

Illustration de couverture : Blue Note, les dernières heures de la prohibition, tome 2, par M.Mariolle et M.Bourgouin © Dargaud, 2014

Par Augustin Arrivé / le 03 octobre 2014

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