Le 24e homme, #2 : Hollande au Brésil

/ le 09 juin 2014
Le 24e homme, ép. 2 : Hollande au Brésil
Le Président est venu s'ajouter en catimini au groupe Bleu. Tous les moyens sont bons pour quitter le pays. Kevin Kohler, 23 ans, joueur du PSG, a été appelé par Didier Deschamps pour disputer la Coupe du monde. Ce footballeur fictif raconte sans tabou les coulisses du parcours des Bleus.

Dès mardi dernier, toutes les valises étaient prêtes, bourrées d’excuses en cas d’échec. Toutes, sauf une, que Varane ne parvenait pas à fermer. Nous l’avons ouverte et puis nous l’avons vu, recroquevillé en boule, tel un tatou : le président de la République.

Il s’était incrusté de la même manière qu’il avait accédé au pouvoir : en profitant de l’agitation née de la crise. « Ribéry va partir mais je suis là, moi ! Je vais vous accompagner au Brésil et tous ensemble, on gagnera ! » Quand il a entendu cela, Franck a voulu officialiser son forfait plus tôt que prévu, de peur d’être photographié avec lui. 18 % d’opinions favorables dans les sondages : à côté, Anelka, c’est Mère Teresa. Politiques, journalistes, footballeurs, stadiers, mascottes : un jour, il faudra se demander pourquoi ce milieu regroupe les professions les plus détestées par les Français.

François Hollande nouveau membre des Bleus ? Photo de Kevin Kohler.

Dès sa sortie du sac, Hollande nous a répétés les mêmes inepties balancées lors de son premier passage à Clairefontaine. Son devoir était d’accompagner en croisade les représentants de notre beau pays – qu’il voulait « quitter à n’importe quel prix », précisa-t-il dans la foulée à Deschamps. Bien sûr, nous avons eu droit au discours de l’éclaircie dans la grisaille, du football comme facteur de réconciliation, aux valeurs qu’il exhale. Ah, les valeurs… Un homme politique qui demande à des footballeurs d’avoir des valeurs, c’est un peu comme si Bernard Madoff réclamait à Sepp Blatter d’être honnête, non ?

Évidemment, il nous a demandés de le soutenir publiquement, mais c’était impossible. La FFF bâillonne notre liberté d’expression pour ne pas voir nos prises de position récupérées et déformées. Pourtant, nous aimerions tellement nous engager en politique ! Montrer aux Français que nous ne sommes pas si superficiels ! Bénéficier de l’impunité des Balkany ! Avoir la même villa que lui ! Après tout, les politiciens critiquent le football sans rien connaître du sport. Pourquoi les footballeurs qui ne votent pas ne parlerait-il pas de politique ?

Se tirer en Amérique du Sud quand le vent tourne : le modèle allemand, encore et toujours

Finalement, Hollande est resté. Je n’ai pas vraiment su pourquoi. Peut-être parce que la blessure de Ribéry nous minait le moral et que ce mec nous faisait marrer. Deschamps a reçu des tas de lettres de motivation de types voulant remplacer Franck, toutes signées de députés. Pour nous convaincre, ils en sont venus à créer une équipe de foot à l’Assemblée. Se tirer en Amérique du Sud quand le vent tourne : le modèle allemand, encore et toujours.

Le président nous a suivis toute la semaine. Il nous escortait dans les footings, il insistait pour jouer à la PlayStation. Le matin, il arrivait coiffé d’une casquette à l’envers, saluait Sakho d’une poignée de main moite puis mettait du rap dans le vestiaire. Stomy Bugsy. Plus personne n’écoute ça. Il m’a rappelé ces pères de famille qui tentent de rester jeune en pratiquant des sports extrêmes menaçant leur vie. D’ailleurs, on l’a plusieurs fois menacé, Hollande. Mais un homme politique, c’est comme un footballeur : il n’écoute que les compliments, jamais les reproches.

C’était un boulet attaché aux jambes de culs-de-jatte. Un poissard. Mercredi, l’eau de la cantine avait un goût de chlore. Jeudi, il a plu de la choucroute sur le terrain d’entraînement. Vendredi, l’UGC de Clairefontaine a passé l’intégral de l’œuvre de Fabien Onteniente. Samedi, Moussa Sissoko était toujours dans le groupe. On commençait à penser qu’il allait falloir limiter la casse face au Honduras. Un bon nul 0-0. Au pire, une défaite par un but d’écart qui ne ruinerait pas notre goal average.

Troisième meilleur gardien de la France. Photo de Kevin Kohler.

Et plus Hollande traînait, plus on s’habituait à lui. Il nous racontait qu’après chaque médaille olympique, il devait passer des heures à discuter avec des biathlètes, des lugeurs et des joueurs de pétanque. Il disait qu’il gagnait à peine mieux qu’un joueur de National. Il disait que dès qu’il trompait sa femme, il se faisait griller. Cela nous faisait chialer. Et plus on pleurait, plus on se sentait mieux. C’était comme être triste et soudain se rendre compte qu’il existait un plus malheureux que soi, quelque part sur la Terre.

Et plus il répétait qu’il voulait aller au Brésil avec nous, plus on hésitait. Nous ne souhaitions pas particulièrement finir au fond de l’Atlantique, retrouvés par une boîte noire puis placés dans d’autres en bois, mais il s’agissait du président, merde ! De la France, certes, mais un président quand même !

Alors Landreau lui a parlé :

: « Vous savez, moi, je sers à rien. Je vous laisse ma place bien volontiers. »


 

C’était beau, putain. On a pleuré encore. Hollande a souri. Au Brésil, il sera notre troisième gardien.

Kevin Kohler



Retrouvez le premier épisode du voyage de Kevin Kohler au Brésil, avec l'annonce de la liste des 24.

Compte Twitter : @kevinkohlerpsg 
Son roman : Micmac Football Club, City Éditions, 2014, Maxime Mianat

/ le 09 juin 2014

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