La révolution tunisienne sent-elle encore le jasmin ?

Par Augustin Arrivé / le 14 janvier 2014
La révolution tunisienne sent-elle encore le jasmin ?
Trois ans ont passé depuis la chute de Zine Ben Ali. Berceau des printemps arabes, la Tunisie est parvenue à maintenir une certaine stabilité républicaine. Mais tout n'est pas réglé, loin de là. Une opposition populaire s'organise sur Internet.

 

Ce mardi après-midi, avenue Habib Bourguiba, à Tunis, plusieurs milliers de personnes sont rassemblées devant le ministère de l'Intérieur. Elles brandissent des drapeaux. On célèbre les trois ans de la Révolution de Jasmin. Trois années ont passé depuis que les manifestants se sont réunis ici, une première fois, pour réclamer le départ de leur dictateur. Aujourd'hui, la police est encore là. Mais cette fois, elle surveille la foule dans le calme.

 

Avenue Habib Bourguiba, à Tunis, ce 14 janvier © SHEMSFM Tunisie

 

Comparé au fondamentalisme du nouveau régime libyen ou à la violence quasi-permanente en Egypte, la situation tunisienne fait presque figure d'exemple. Le printemps arabe est né ici, et il s'est déroulé un peu mieux qu'ailleurs. L'Assemblée Constituante s'apprête à adopter une nouvelle constitution, et le gouvernement Ennahda, qui marquait le retour des islamistes au pouvoir, doit être remplacé par une nouvelle équipe s'affichant comme "indépendante".

 

Les déceptions sont pourtant nombreuses au sein du peuple. Beaucoup estiment que les objectifs de la Révolution ne sont pas atteints, notamment la liberté d'expression, toujours malmenée, et la corruption, loin d'être éradiquée. Sur Facebook, un mouvement d'opposition populaire demande, par exemple, la vérité sur l'assassinat de Chokri Belaïd.

 

Quelques uns des clichés postés sur la page Facebook de cette campagne d'opposition

 

Des dizaines et des dizaines d'internautes se sont photographiés brandissant une photo du leader politique accompagnée de ce message : "Qui a tué Chokri ?". Les organisateurs du mouvement, l'Instance pour la Recherche de la Vérité sur l'Assassinat (l'IRVA, fondée en avril dernier), espèrent connaître le nom du commanditaire du meurtre, perpétré le 6 février dernier.

 

Figure intellectuelle de la Tunisie nouvelle, avocat de la chaîne de télévision Nessma lors du procès Persepolis, il s'élevait contre la montée de l'islamisme dans le pays. Le 6 février dernier, il était abattu à la sortie de son domicile. Six mois plus tard, un ancien agent de la police tunisienne, Ezzeddine Abdellaoui, était arrêté et avouait sa participation au meurtre.

 


Document BFMTV - Assassinnat de Chokri Belaïd... par BFMTV

 

Mais qui était aux commandes ? François Hollande a dénoncé un crime politique. Le frère de la victime accuse toujours Ennahda. L'IRVA est persuadée que l'ancien chef du gouvernement provisoire, Ali Larayedh, était au courant des menaces de mort mais n'a rien fait pour protéger l'avocat. L'enquête officielle, elle, ne progresse pas. Un appel à manifester est lancé pour le premier anniversaire de l'événement.

 

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Photo de couverture : cliché posté sur la page Facebook Qui a tué Chokri ?


Par Augustin Arrivé / le 14 janvier 2014

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