La playlist d’automne du rap français

Par Genono / le 09 octobre 2017
La playlist d’automne du rap français
On écoute quoi quand la fête est finie et que les feuilles des arbres et d'impôts tombent ?

Pour les habitants de certaines régions de France, l’automne 2017 a commencé en juin, avec pour seule période de répit une pause caniculaire d’une quinzaine de jours au beau milieu du mois d'août. Pour les autres, l’entrée dans la saison des feuilles mortes et de la pluie se fait progressivement depuis la fin du mois de septembre. Si certains coins de France métropolitaine ont échappé jusqu’ici à l’adoucissement des températures et l’installation épisodique de grisaille, personne n’y coupera : automne is coming. Pour vous permettre de lutter efficacement contre la déprime automnale, pensez donc à deux choses essentielles : les fruits et légumes de saison -figue et courge, notamment- et le rap français, avec cette petite playlist spécialement préparée pour l’occasion.

 

La Rumeur - Que tremblent les feuilles mortes

 

Plus en phase avec la période grise et déprimante englobant l’automne et l’hiver qu’avec les ambiances légères et ensoleillées de la période printemps-été, l’immense majorité de la discographie de La Rumeur pourrait être sélectionnée au sein de cette playlist. Que tremblent les feuilles mortes, extrait du troisième volet des Inédits sorti en 2015, colle parfaitement au contexte, bien que la thématique soit plus le mépris d’Hamé et Ekoué envers le reste du rap français, cette musique qui “vaut mieux que ce qu'une ribambelle de cloportes a fait d'elle”, que la couleur orangée des arbres dans les parcs.

À écouter si : dans votre tête, c’est l’automne toute l’année

 

Nysay - Automne

 

Exs et Salif ont toujours eu tendance à voir le monde uniquement à travers le prisme de la vie de cité et de ses aléas, et l’alternance des saisons n’échappe pas à la règle : le business de la drogue change (“Celui qui ramène du shit à la rentrée, il est bien, il annonce les tarots, il a pas à t’arranger”) ; les filles sont moins pimpantes (“sans les UV et le bronzage naturellement c'est plus la même, tu te rends comptes qu'elles puent la merde”) ; et on se prépare doucement mais surement pour l’hiver (“ganté pour les braquos, pas pour les engelures”).

À écouter si : vous avez passé l’été à flamber et qu’il faut maintenant vous acquitter de vos dettes.

 

Kalash - Après l’automne

 

Extrait de l’album Kaos en 2016, Après l’Automne, joli succès avec notamment 6 millions de vues sur Youtube, n’a pas réellement grand-chose à voir avec la saison qui nous intéresse ici en dehors de son titre et de la fameuse question “seras-tu encore Charlie après l’automne ?”, mais il y a des feuilles qui tombent dans le clip, donc ça compte.

À écouter si : vous n’êtes pas resté Charlie très longtemps

 

IAM - Chanson d’automne

 

Long parallèle entre cette saison pendant laquelle les feuilles s’amoncellent, et l’état actuel d’une humanité qui ne se nourrit que de conflits meurtriers -et dont les corps s’enchevêtrent, donc-, Chanson d’Automne reprend une à une toutes les images habituelles : les feuilles “écarlates” et “emportées par le vent”, les “branches échevelées”, la “lune voilée”. Aucune mention, cependant, de la taxe d’habitation, qui tombe généralement à cette période, et qui est clairement bien pire qu’une simple chute des températures.

À écouter si : la grisaille ne vous suffit pas et vous voulez déprimer encore un peu plus

 

VII - Cet automne

 

On change complètement d’ambiance avec VII, un mec qui a longtemps été l’un des fers de lance de l’horrorcore français, avant de se réorienter il y a quelques années vers un type de rap moins crado et plus politisé. Heureusement pour nous, à l’époque de ce titre, il était encore dans sa période torture-bondage-satanisme, comme le résume très simplement dans le refrain : “cet automne, moi je fais dans le gore car j'ai l'espèce humaine en travers de la gorge”. Un programme champêtre et ludique en cette saison où les dimanches pluvieux s'enchaînent : ça va du suicide collectif au trafic d’organes, en passant par le moment où VII urine tranquillement sur un cadavre.

À écouter si : vous préférez le sang à la pluie

 

Gradur - Freestyle #Enléger 1

 

Parce que le rap français a produit peu de phrases aussi vraies que “les impôts tombent comme des feuilles en automne”.

À écouter si : Vous n’avez pas choisi la mensualisation, et que ça va donc faire très mal

 

Jeune LC - Début d’automne

 

Son le plus récent de la liste, puisqu’il est sorti en otobre 2017, le titre de ce morceau fait uniquement référence au moment où il a été enregistré : le début de l’automne. On ne va pas se mentir, c’est surtout une occasion de placer une fois de plus Jeune LC, ce rappeur à mi-temps dont on vous a également touché un mot dans #AfterRap.

À écouter si : vous avez des oreilles.

 

Orties - Autotune d’automne

Il est assez consternant de se dire que personne d’autre que les Orties n’ait pensé à faire rimer automne avec autotune. Malgré le style toujours très chelou des deux rappeuses, on apprécie le fait qu’il s’agisse effectivement d’une vraie chanson consacrée à l’automne, avec un peu plus de contenu que de simples feuilles mortes -techniquement, on parle surtout beaucoup de drogue et de ses effets hallucinatoires. Petit bonus pour ceux qui veulent voir la pluie au ralenti et les feuilles des arbres tendre vers le violet plutôt que vers le rouge, une version screwed and chopped existe :

 

À écouter si : pour vous, l’automne est surtout synonyme de balades en forêt pour choper des champignons hallucinogènes

 

Sch - Mac11

Parce que passer sans transition d’une intro mélancolique marquée par ce terriblement maussade “les arbres ont maigri tout l’automne” à un “skuuu” et un refrain enjoué, c’est une excellente métaphore de ce qu’est parfois l’automne : du gris et de la pluie de 7h à 13h, suivi d’un grand soleil qui tape de 14h à 16h.

À écouter si : vous changez d’humeur en fonction de la météo

 

Médine - 17 Octobre / Disiz - 27 Octobre

Parce que visiblement le mois d’octobre n’évoque pas la même chose pour tout le monde : souvenir de la tristement célèbre nuit de 1961 pour Médine, qui tâche de faire vivre le souvenir des victimes et de continuer à évoquer le sujet afin que les jeunes générations puissent elles aussi en prendre conscience ; souvenir beaucoup plus personnel pour Disiz, qui raconte une triste période de sa vie pendant laquelle des individus mal intentionnés tentent de le racketter.

À écouter si : vous voulez relativiser au sujet de cette humidité permanente qui vous gêne tant, en vous disant qu’il existe quand même des choses plus graves dans la vie

 

Octobre Rouge

N’importe quel titre de leur discographie, mais pitié, soyez original, et laissez de côté Week-end à Meda, pour une fois. 

 


Crédit photo : Getty Images

 

Par Genono / le 09 octobre 2017

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