La parité dans le vélo, c'est pour quand ?

Par Augustin Arrivé / le 07 août 2013
La parité dans le vélo, c'est pour quand ?
Jusqu'à samedi, la crème du cyclisme féminin mondial dispute la Route de France, l'équivalent pour dames du Tour de France. A ceci près que le budget est rikiki : la gagnante empochera 1.500 fois moins d'argent que Chris Froome.

 

Ecoutez ici le reportage d'Augustin Arrivé, de la rédac du Mouv'. Les oreilles de tous sexes sont les bienvenues :

 

Les habitants de Loudéac, dans les Côtes d'Armor connaissent peut-être Audrey Cordon. Elle y est éducatrice sportive. Mais cette semaine, elle court la Route de France, l'équivalent féminin du Tour. Elle est leader de son équipe, Vienne-Futuroscope. Elle a dû quitter ses collègues de mairie pour pouvoir participer : en France, les femmes cyclistes n'ont pas de statut pro. Contrairement aux mecs, elles doivent jongler avec un autre métier.

 

Audrey Cordon l'an dernier aux Jeux Olympiques de Londres

 

Ca demande à Paul Brousse un sacré sens de l'organisation. Directeur sportif chez Vienne-Futuroscope, il ne peut pas toujours compter sur toutes ses coureuses. "Je ne peux pas leur demander des résultats réguliers alors qu'elles ont un boulot à côté." Il ne se plaint pas : il s'en dépatouille plutôt bien.

 

Pauline Ferrand-Prévot, première Française au classement général de cette Route, a choisi une autre voie : l'expatriation. Double-championne du monde junior en VTT et championne du monde junior en cyclisme sur route, elle est partie aux Pays-Bas pour sa carrière d'adulte. Elle porte les couleurs de la Rabobank, et elle est payée pour ça. "C'est vraiment le pays du vélo, et quand j'ai eu l'opportunité de partir, j'y suis allée."

 

Ambiance (très) tranquille au départ de la Route de France 2013, à Soissons © Ville de Soissons

 

Le nerf de la guerre, comme souvent, c'est l'argent. Si les messieurs attirent les projecteurs, les dames roulent dans l'ombre, loin des médias et donc loin des sponsors qui n'y trouvent pas d'intérêt économique. Rendez-vous compte : Chris Froome, le vainqueur du dernier Tour a empoché 450.000€, alors que la future gagnante de la Route de France devra se contenter d'un chèque de 315€.

 

L'idée de Paul Brousse serait d'obliger les grandes courses masculines à organiser, au même moment, des versions féminines comme c'est le cas dans le tennis pour les tournois du grand chelem. "On profiterait des caméras."

 

Tableau d'honneur de la Route de France 2012 © Daniel Chateau, Route de France

 

Le directeur général de la Route, Hervé Gérardin, prône plutôt la patience. "Nous n'en sommes qu'à notre septième édition, il faut laisser le temps à l'épreuve de s'installer, et certaines marches ont déjà été franchies." Au moins, l'avantage de cette semi-confidentialité, c'est que ça éloigne les affaires de dopage. "Les filles évoluent dans un milieu beaucoup plus sain", assure Paul Brousse. On le croit sur parole.

 

Par Augustin Arrivé / le 07 août 2013

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