La Mostra, festival d'origine fasciste

Par Augustin Arrivé / le 28 août 2013
La Mostra, festival d'origine fasciste
La 70e Mostra de Venise débute ce soir avec George Clooney et Sandra Bullock pour ouvrir la compétition. Pas sûr qu'ils soient au courant que ce superbe festival de cinéma était à l'origine une vitrine du fascisme italien.

 

Augustin Arrivé vous emmène sur le tapis rouge. Enfin plutôt sur le tapis brun :

 

La Mostra de Venise, aujourd'hui aussi sublime que respectable, est le plus ancien festival de cinéma du monde. La chose est entendue. Alors que Cannes a dégainé ses starlettes en 1946, les cinéphiles vénitiens avait déjà leur Esposizione Internazionale d'Arte Cinematografica depuis 1932. Merci qui ? Merci Mussolini !

 

Affiche de la toute première Mostra

 

Benito n'était pas encore le Duce, mais il était déjà président du conseil et on ne lui refusait pas grand chose. Son frère Vittorio, fan de cinoche, voyait le septième art comme un moyen de propagande idéal, une méthode efficace pour prouver la grandeur du régime. Il fondera en 1937 les studios Cinecittà, mais dès le début des années '30, il imagine un grand rassemblement à la gloire du cinéma.

 

Pourquoi pas à Venise, qui accueille déjà une biennale internationale d'art depuis 1895 ? Son président, le comte Giuseppe Volpi di Misurata est d'accord. Le temps d'envoyer les invitations aux plus grandes vedettes de la planète et la Mostra est inaugurée le 6 août 1932, avec la projection d'un film américain : Docteur Jekyll et Mister Hyde, de Rouben Mamoulian.

 

Fredric March dans Docteur Jekyll et Mister Hyde, de Rouben Mamoulian

 

Cinq soirs plus tard, le premier film italien sera signé Mario Camerini. Le titre est digne des meilleures comédies de boulevard : Les hommes, quels mufles. C'est effectivement une comédie, mais pas des pires. Avec en prime Vittorio de Sica parmi les premiers rôles.

 

Greta Garbo, le Frankenstein Boris Karloff ou Clark Gable sont également au rendez-vous. Et ça suffit amplement pour ramener du monde. 25.000 spectateurs environ dès cette première édition. Heureusement qu'ils sont nombreux, d'ailleurs, puisque ce sont eux qui votent. Il n'y a pas encore de jury. Un sondage en sortie de salles permet de constituer un semblant de palmarès.

 

A nous la liberté, film "le plus amusant" de cette Mostra, réalisé par René Clair

 

Dans la catégorie "film le plus amusant" (c'est la terminologie officielle), le Français René Clair impose son A nous la liberté, alors que La faute de Madelon Claudet, de l'Américain Edgar Selwyn est désigné "film le plus émouvant". Le russe Nikolaï Ekk est élu meilleur réalisateur. Et la "coupe Mussolini", qui deviendra en 1935 la "coupe Volpi", désigne les meilleurs actrice et acteur : Helen Hayes et Fredric March pour commencer.

 

Les premiers lauréats de la coppa Volpi

 

Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la pression fasciste ne cessera pas de grimper. Dès 1935, les films soviétiques sont exclus de la compétition. A partir de 1938, le palmarès est imposé au jury par le gouvernement. Et en 1939, on décide de ne plus recevoir d'artistes américains.

 

Le juif Süss, de Veit Harlan, sacré meilleur film de la Mostra 1940

 

En 1940, le prix du meilleur film est attribué à une oeuvre antisémite, Le juif Süss, de Veit Harlan, supervisé par Goebbels. Les éditions de 1940, 1941 et 1942 seront déclassifiées a posteriori, et la Mostra digne de ce nom ne reprendra qu'en 1946, avec un nouveau directeur, Elio Zorzi. Le festival internazionale d'arte cinematografica est devenu ce rendez-vous de prestige que l'on connait aujourd'hui.

 

Par Augustin Arrivé / le 28 août 2013

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