La France mobilisée contre la suppression des "Guignols"

Par Augustin Arrivé / le 02 juillet 2015
La France mobilisée contre la suppression des "Guignols"
Après deux jours d'une indignation populaire qui s'est étendue des réseaux sociaux jusqu'aux travées de l'Assemblée Nationale, l'actionnaire majoritaire de Canal+ a finalement renoncé à supprimer "Les Guignols de l'info" à la rentrée. Mais leur diffusion pourrait changer.

 

MAJ vendredi 3 juillet : Face à la mobilisation, Vincent Bolloré a annoncé le maintien des "Guignols de l'Info" à l'antenne en septembre prochain. En revanche, le format et la périodicité ne sont pas encore décidés. Le programme pourrait notamment devenir hebdomadaire, ou quitter les horaires de diffusion en clair.

 

 

"Je sais qu'il y a des trucs plus graves", remarquait lucidement mercredi le comédien Michaël Youn sur Twitter, "mais faites un maximum de bruit pour que les Guignols ne disparaissent pas". Les médisants diront qu'il défend son ancien complice du Morning Live, Benjamin Morgaine, devenu auteur pour le programme court. La réalité, c'est que Michaël Youn a raison : la disparition des Guignols de l'Info, moins d'une semaine après la mort de leur créateur, Alain de Greef, et six mois après le massacre des satiristes de Charlie Hebdo, aurait été un très mauvais symbole, pour Canal+ et pour le pays.

 

 

 

"Il faut les sauver", reprenait d'ailleurs jeudi matin Claude Bartolone, le président de l'Assemblée Nationale, invité de France Info. "Ce côté acide a toujours existé, dans tous les régimes, c'est le fou du roi. Ca aère l'actualité et la manière de commenter la politique."

 

 

Il est loin d'être le seul à avoir réagi. A deux ans des élections présidentielles, cette suppression d'une des rares émissions d'humour d'actualité politique, sur demande de Vincent Bolloré, suscitait de gros soupçons. Car l'actionnaire majoritaire du groupe Canal+ depuis avril est également un ami du président du parti Les Républicains, Nicolas Sarkozy (en 2007, il avait d'ailleurs fêté son accession à l'Elysée sur le yacht de l'homme d'affaires). Lequel Nicolas Sarkozy est brocardé par les humoristes de la chaîne depuis son retour en politique avec cette punchline : "Il a vraiment changé : il est pire qu'avant."

 

 

Pas de nouvelle, à ce sujet, de Nicolas Sarkozy ; en revanche son meilleur ennemi Alain Juppé avait carrément remplacé ce jeudi après-midi sa photo de profil par une image de sa propre figure de caoutchouc. Une fois le buzz passé, il a rétabli la photo initiale ce vendredi matin. Mais heureusement, il y a les captures d'écran :

 

 

De fait, si quelques élus de droite s'insurgeaient contre cette éventualité, ce sont surtout les figures de gauche qui sont montées au créneau : Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche), Benoît Hamon (PS), Cécile Duflot (EELV)... non sans auto-dérision.

 

 

 

 

 

 

 

Des célébrités de la société civile ont également fait entendre leur voix. Même Patrick Poivre d'Arvor, dont le double présente la séquence depuis 27 ans (ponctuellement remplacé par Harry Roselmack), se prononce pour la sauvegarde de l'un des derniers remparts de "l'esprit Canal".

 

 

 

 

Ajoutons à ça qu'une pétition en ligne a déjà recueilli plus de 23.000 signatures à l'heure où nous écrivons ces lignes et vous comprendrez que la pression était grande sur la direction de la chaîne. Il semble qu'elle ait reculé. Les Guignols demeureront à l'antenne sur Canal+, reste à savoir sous quelle forme.

 

Par Augustin Arrivé / le 02 juillet 2015

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